Exclu – Sodexo cherche à se retirer du Business travel en vendant Rydoo

Sodexo cherche à se retirer du Business travel en vendant Rydoo
(Crédit : Gonzalo Fuentes)

Selon nos informations, le géant français Sodexo veut vendre sa solution travel & expense Rydoo. Ce serait le retrait d'un potentiel gros acteur du business travel et la fin d'une aventure prometteuse.

Sodexo veut se séparer de Rydoo, son fer de lance sur le marché du business travel (BT). Selon nos informations, le groupe français a mandaté, depuis le mois de septembre 2020, la banque Rothschild, à la recherche de repreneurs.

Que ce soit du côté de Sodexo, ou de la part de Sébastien Marchon, CEO de Rydoo, on se refuse à confirmer cette information, ni à l'infirmer. Pas de discordance entre ces deux voix, seulement quelques nuances. Du côté de Sodexo, on reconnaît que "la période est difficile pour le BT, et qu'en conséquence, on réfléchit à une façon de se réorganiser".

Sébastien Marchon est un peu plus précis : "Notre activité expense se porte bien : sa croissance, en 2020, est bien sûr inférieure à la période ante-crise, mais elle est toujours à deux chiffres... En revanche, en ce qui concerne notre activité voyage, c'est du moins 95 %. Logiquement, dans cette période difficile, on discute avec d'autres acteurs du BT pour envisager le voyage pro de façon plus smart. Ces discussions - pas seulement à mon initiative, d'ailleurs, ont lieu avec des OBT, des TMC, des agrégateurs d'hôtels, des GDS... et pourraient aboutir à des partenariats".

Cession partielle ou totale

L'idée - ou l'objectif - de partenariat telle que l'évoque Sébastien Marchon n'est d'ailleurs pas en contradiction avec la démarche commanditée à la Banque Rothschild, puisque son mandat consiste en une proposition d'une cession partielle (ce qui peut être l'autre nom d'un partenariat, quelle que soit sa forme, notamment au niveau de la structuration capitalistique), d'une cession par étape, ou d'une cession pure et simple, autrement dit : une vente. 

Durant l'année qui vient de s'écouler, Rydoo s'est séparée de près de 150 collaborateurs sur les 500 qu'elle comptait. Et, sans que Sodexo nous le confirme, un nouveau plan social serait en préparation concernant une cinquantaine de salariés sur les 350 restants.

Reste que, d'après nos informations, l'arrêt du BT dans le contexte de la crise n'a fait que mettre en lumière une situation structurellement déficitaire de Rydoo. A la clôture de ses comptes en août 2020, Rydoo affichait un chiffre d'affaires de 17 M€ et une perte de 13 M€, partiellement imputable à la crise. Mais en 2019, année faste pour le BT, ces chiffres s'élevaient respectivement à 17 M€ et 6 M€. Sodexo aurait mis la main au pot pour développer, certes, mais aussi renflouer la pépite BT à hauteur de plusieurs dizaines de millions d'euros, ces deux dernières années.

Or et plomb

"Pépite", c'est un terme choisi à dessein, concernant Rydoo, comme le rappelle cet article de nos confrères de TOM.Travel, datant de 2018, époque à laquelle l'application Rydoo, fusion du SBT ialbatros et de l'outil expense Xpenditure, était lancée. La solution avait en effet de quoi séduire : elle couvrait l'ensemble des étapes du voyage d'affaires, "avant-pendant-après", de la réservation au traitement des notes de frais. Sa démarche partait du besoin de l'utilisateur, suivant ainsi les codes appartenant traditionnellement à la planète leisure dans la galaxie digitale.

Adossée à la force de frappe d'une multinationale telle que Sodexo, dont le chiffre d'affaires s'élevait à 22 milliards en août 2019, une telle ambition semblait promise à un bel avenir.

La promesse d'efficacité et de convivialité de l'appli a plutôt été tenue, reconnaissent la plupart des professionnels. Mais les embauches, notamment au sein des équipes de développeurs, salariés hautement qualifiés et rémunérés comme tels, ont rapidement pris une tournure inflationniste. Rydoo compte aujourd'hui environ 150 développeurs.

Qui et à quel prix ?

Quels acheteurs potentiels ? Pour l'heure, nous devons nous contenter de conjectures. En tout état de cause, la partie s'annonce serrée pour le vendeur Sodexo. En effet, on pourrait spontanément penser, comme acquéreurs, à de grosses TMC, désireuses d'appuyer leur offre sur la performance de l'outil Rydoo. Mais ces agences XXL s'appuient déjà sur des éditeurs de solution, à l'image d'Amex GBT qui a racheté KDS en 2016.

Quant aux TMC de taille plus modeste, auraient-elles la surface financière pour une telle acquisition ? Et peuvent-elles avoir la volonté de grever leurs revenus, pour un temps difficilement déterminable, en s'attachant les services d'une entité structurellement déficitaire ? On peut enfin imaginer que la "brique" expense en intéresse certains - puisque, nous le rappelons, la cession pourrait être partielle. Mais est-ce bien là l'objectif de Sodexo, que de se séparer de la partie potentiellement la plus rentable du business ?

Nous ne connaissons pas le prix affiché par Sodexo. Et, selon nos informations, il n'y en a pas. La démarche est autre : les comptes de Rydoo ont été présentés à certains acheteurs potentiels depuis plusieurs mois, et, dans quelques jours, à ceux-ci de proposer le montant de leur offre, de façon non engageante. On peut supposer que - depuis le mois de septembre - il ne s'agit pas du premier tour de table.

Recentrage

Cette volonté de Sodexo de céder Rydoo - autant dire : de se retirer du marché du BT - intervient dans un contexte difficile pour le "roi de la cantine". Son activité "restauration collective" (64 % de son chiffre d'affaires) a été très fortement impactée par la fermeture de nombreuses entreprises mais aussi d'établissement scolaires, lors des divers confinements qui ont jalonné l'année 2020, partout dans le monde (la France ne représente qu'environ 12 % de son CA, toutes activités confondues).

Le groupe avait même prévenu, en mars 2020, alors même que les deuxièmes confinements n'étaient, bien sûr, pas d'actualité, que la crise sanitaire amputerait son chiffre d'affaires 2020 de 2 milliards d'euros. Mais, déjà en août 2020 (le groupe fonctionne en exercice décalé), il l'était en réalité de 700 M€ supplémentaire (19,3 mds contre 22 Mds en août 2019). En outre, un plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) impliquant la suppression de 2083 emplois en France (7 % des effectifs) était annoncé en octobre dernier. Cinq mois auparavant, en mai 2020, la sortie du groupe de la famille Bellon (qui en détient 42,2 % du capital) du CAC 40 constituait une retentissante illustration de ces difficultés.

Aujourd'hui, le groupe a manifestement l'intention de traverser la crise en se recentrant sur ses cœurs de métier. Les services dits "Avantages et Récompenses", incluant le BT, représentant 4 % au total du chiffre d'affaires du groupe, n'en font pas partie. S'il y a bien cession de Rydoo - en d'autres termes : si un repreneur est trouvé, ou, le cas échéant, cessation de ses activités, on pourra tirer une morale douce-amère de cet épisode funeste : avoir pour actionnaire principal un grand groupe qui cherche à se diversifier, c'est certes disposer de sa surface financière, mais c'est aussi n'être pas perçu comme essentiel. Rydoo aura profité de cela, et ferait les frais de ceci.