La GBTA veut simplifier les voyages d’affaires en Europe

La GBTA pousse Bruxelles à aller plus loin dans la réforme des déplacements ferroviaires et multimodaux. Son objectif : permettre aux entreprises de réserver, modifier et gérer les voyages de leurs collaborateurs dans un cadre plus ouvert et mieux protégé.

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David Keller

David Keller

14 octobre 20264 min de lecture

Europe
© AdobeStock

Pour les travel managers, la simplification ne se résume pas à trouver un billet au meilleur prix. Elle suppose aussi de conserver la maîtrise des réservations, de suivre les voyageurs en temps réel et de pouvoir réagir efficacement en cas de perturbation. C’est tout l’enjeu des trois textes réunis dans le Passenger Package de la Commission européenne, sur lesquels la Global Business Travel Association (GBTA) formule ses recommandations dans un document publié en septembre 2026.

Un accès plus ouvert aux offres ferroviaires

Présenté le 13 mai 2026 par la Commission européenne, le Passenger Package entend faciliter la réservation des déplacements en Europe, notamment pour les trajets transfrontaliers et ceux qui combinent plusieurs opérateurs ferroviaires. Le dispositif s’articule autour de trois volets : la réglementation de la billetterie ferroviaire, celle de la réservation multimodale et la révision des droits des voyageurs ferroviaires.

La Commission européenne entend notamment simplifier la comparaison et l’achat de trajets impliquant plusieurs transporteurs. Un chantier qui concerne directement les entreprises, pour lesquelles la combinaison du train avec d’autres modes de transport peut constituer une alternative à l’avion, à condition que l’offre soit accessible et que le parcours reste gérable.

Dans sa prise de position de septembre, la GBTA soutient cette orientation, mais estime que l’accès aux horaires et aux tarifs ne suffit pas. Les agences de voyages d’affaire et les outils de réservation en ligne doivent également pouvoir modifier les billets, procéder aux échanges, gérer les annulations et les remboursements, ou encore organiser le réacheminement des voyageurs.

L’association réclame un accès aux contenus et aux fonctionnalités dans des conditions équitables, raisonnables et non discriminatoires. Elle souhaite notamment éviter que des obstacles techniques, commerciaux ou contractuels empêchent les distributeurs indépendants de proposer une offre aussi complète que celle accessible sur les canaux directs des transporteurs.

Préserver la maîtrise des politiques voyages

Le deuxième volet porte sur la réservation multimodale. Pour la GBTA, la possibilité de comparer les trajets aériens, ferroviaires et combinés dans un même environnement représente une avancée, à condition que les entreprises conservent la main sur la présentation des résultats.

Les outils de réservation corporate ne peuvent pas fonctionner comme de simples comparateurs grand public. Ils doivent intégrer les tarifs négociés, les fournisseurs préférentiels, les règles internes, les moyens de paiement, les exigences de sécurité et les objectifs de durabilité. La GBTA demande donc que la future réglementation reconnaisse explicitement la possibilité pour les entreprises de classer et de présenter les offres en fonction de leur politique voyages.

Cette exigence soulève un enjeu de concurrence et de distribution. L’ouverture des contenus doit favoriser l’émergence de nouveaux intermédiaires et de solutions technologiques, sans contraindre les entreprises à dépendre d’un nombre limité de plateformes. Mais l’association insiste également sur la nécessité de distinguer l’accès équitable aux offres de la liberté laissée aux clients de les organiser selon leurs propres critères.

L’intégration air-rail constitue un autre point central. La comparaison ne doit pas se limiter au prix du billet : elle doit prendre en compte le temps de trajet de porte à porte, les correspondances, la fiabilité, la flexibilité et les émissions associées au déplacement. L’objectif est de permettre aux travel managers de choisir l’option la plus pertinente, sans faire de la réduction des déplacements le seul indicateur de performance environnementale.

Un voyage perturbé doit rester un voyage protégé

Le troisième volet concerne les droits des passagers ferroviaires. Sur ce terrain, la GBTA défend un principe simple : lorsqu’un itinéraire impliquant plusieurs opérateurs est acheté au cours d’une seule transaction commerciale, le voyageur doit bénéficier d’une protection couvrant l’ensemble du parcours.

En cas de correspondance manquée ou de perturbation, le salarié ne devrait donc pas avoir à déterminer lui-même quel transporteur est responsable, ni à multiplier les démarches auprès de différents interlocuteurs. La priorité doit être donnée à la poursuite du voyage, grâce à un réacheminement rapide, à une assistance concrète et, lorsque cela est possible, à un réacheminement automatique.

La GBTA demande également que les pratiques de fractionnement artificiel des billets ne puissent pas priver les voyageurs de leurs droits. Lorsque plusieurs contrats distincts sont inévitables, leurs conséquences doivent être clairement expliquées avant l’achat.

Pour les entreprises, l’enjeu dépasse le confort du salarié. Une perturbation mal gérée peut compromettre un rendez-vous, désorganiser un déplacement collectif et compliquer le suivi des collaborateurs. La visibilité sur l’itinéraire, la clarté des responsabilités et l’accès à des informations actualisées sont donc des éléments essentiels de la gestion du risque voyage.

La GBTA souhaite enfin que le partage des données reste proportionné aux besoins réels de réservation, de paiement, de suivi et d’assistance. L’ouverture des systèmes ne doit pas se traduire par une circulation incontrôlée des informations personnelles ou professionnelles.

Le Passenger Package ouvre ainsi un chantier important pour le voyage d’affaires européen. Pour la GBTA, sa réussite dépendra moins de la promesse d’un parcours de réservation plus simple que de la capacité des futurs textes à garantir un accès effectif aux contenus, une gestion complète des billets et une protection cohérente des voyageurs. Reste à savoir jusqu’où les institutions européennes iront dans la traduction de ces objectifs en obligations concrètes pour les opérateurs et les plateformes.

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