La Competition and Markets Authority (CMA), le régulateur britannique de la concurrence et des marchés, a ouvert trois enquêtes formelles pour pratiques tarifaires trompeuses. En cause : le «drip pricing», une technique consistant à ne présenter qu'une partie du prix réel lors des premières étapes d'un achat en ligne, avant d'ajouter des frais obligatoires plus loin dans le processus. Outre l'auto-école RED Driving School, les deux entreprises visées sont la plateforme ferroviaire Trainline et la compagnie aérienne Virgin Atlantic. Toutes trois avaient pourtant déjà reçu des lettres d'avertissement de la CMA. Les préoccupations du régulateur n'ayant pas été levées, celui-ci passe désormais à une phase d'investigation formelle.
Trainline et Virgin Atlantic dans le viseur
La CMA concentre une partie de ses investigations sur la plateforme de réservation de billets de train et de bus Trainline, soupçonnée de ne pas intégrer la totalité des frais obligatoires dans les prix affichés en amont. Pour les billets de train, des frais compris entre 0,59 et 2,79 livres sterling (environ 0,70 et 3,30 €) ont été observés lors de transactions par le régulateur. Pour les réservations de cars, une commission de réservation de 1,50 livre sterling (environ 1,78 €) s'ajouterait au prix affiché.
Des montants qui peuvent paraître anodins pris isolément, mais qui représentent une charge réelle pour les voyageurs réguliers, au premier rang desquels les professionnels effectuant de nombreux déplacements. La CMA souligne par ailleurs que le drip pricing fausse la comparaison entre opérateurs : un acteur qui dissocie les frais du prix de base peut ainsi sembler moins cher qu'un concurrent affichant d'emblée le prix tout compris, introduisant une distorsion de concurrence au détriment du consommateur.
Concernant Virgin Atlantic, l'enquête se concentre sur les forfaits vacances commercialisés en ligne : la CMA examine si les «resort fees» - des frais de séjour obligatoires imposés par certains établissements hôteliers, ainsi que les taxes locales sont bien intégrés dans les prix affichés dès la première étape de la réservation. Ces montants, variables selon les destinations, peuvent atteindre plusieurs centaines de livres sterling et alourdir considérablement la facture finale.
Des sanctions potentiellement lourdes
Les trois entreprises avaient reçu au préalable des "advisory letters", ces lettres d'avertissement adressées par la CMA dans le cadre de sa première vague d'action contre les pratiques tarifaires trompeuses. L'ouverture d'enquêtes formelles marque une escalade significative de la procédure. Si des infractions à la loi sur la protection des consommateurs sont établies, le régulateur dispose du pouvoir d'infliger des amendes pouvant atteindre 10% du chiffre d'affaires mondial des entreprises concernées, et d'ordonner le remboursement des clients lésés.
"Le premier prix que voit le consommateur doit être le prix qu'il paie", a déclaré Emma Cochrane, directrice exécutive en charge de la protection des consommateurs à la CMA. L'autorité précise qu'elle en est encore au début de ses investigations et qu'aucune conclusion n'a été tirée quant à d'éventuelles infractions. Depuis l'entrée en vigueur de ses nouveaux pouvoirs, la CMA a déjà obtenu plus de 1,95 million de livres sterling (environ 2,32 millions d'euros) de remboursements pour des consommateurs britanniques, et infligé des amendes avoisinant 6,2 millions de livres sterling (environ 7,37 millions d'euros). Parmi les entreprises déjà sanctionnées figurent les auto-écoles AA et BSM ainsi que la plateforme de revente de billets StubHub UK.