Alors que le week-end de Pâques approche, le système d'entrée et de sortie européen s'apprête à affronter son premier véritable test d'ampleur. Ce dispositif EES, entré en vigueur le 12 octobre 2025, remplace progressivement le tamponnage traditionnel des passeports et doit être pleinement opérationnel le 10 avril 2026, soit quelques jours seulement avant les congés pascaux. Cette échéance préoccupe l'association britannique ABTA, qui représente plus de 4.300 entreprises du secteur du voyage au Royaume-Uni.
L'association s'était déjà émue, en octobre 2025, que, selon une enquête, un Britannique sur deux n'était pas au fait des nouvelles procédures de passage des frontières. En outre, dans une lettre adressée le 4 février 2026 à Magnus Brunner, commissaire européen aux Affaires intérieures et à la Migration, l'organisation alerte sur les incohérences dans l'application des mesures de contingence destinées à éviter les files d'attente excessives aux frontières.
Pâques, un test grandeur nature
Le week-end de Pâques, qui constitue traditionnellement l'une des périodes de déplacement les plus intenses de l'année en Europe, intervient à un moment critique pour le système EES, qui doit achever son déploiement progressif d'ici le 10 avril 2026. Le dispositif enregistre numériquement les entrées et sorties des ressortissants de pays tiers dans 29 pays européens en capturant des données biométriques telles que les empreintes digitales et les images faciales.
Selon le calendrier établi par la Commission européenne, tous les points de passage frontaliers devaient traiter l'ensemble des passagers via l'EES à cette date du 10 avril, avec collecte systématique des données biométriques. Mark Tanzer, directeur général de l'ABTA, a souligné l'urgence de la situation en affirmant : "Alors que le déploiement s'élargit et que nous nous dirigeons vers les périodes de pointe des voyages, nous exhortons les autorités frontalières à planifier les périodes chargées et à utiliser les mesures de contingence disponibles".
L'association demande à la Commission européenne de surveiller étroitement la situation tout au long du déploiement et au-delà, particulièrement durant ces premières semaines d'exploitation à pleine capacité qui coïncident donc avec les vacances pascales. Les retours d'expérience des entreprises membres de l'ABTA montrent déjà que les pays n'appliquent pas de manière cohérente les mesures permettant de suspendre le système ou de limiter les contrôles pour éviter des perturbations importantes.
Un déploiement par phases critiqué
Depuis le 12 octobre 2025, le système EES est mis en œuvre progressivement selon un calendrier strict défini par les autorités européennes. Au moins un point de passage frontalier dans chaque pays devait exploiter le nouveau système dès le lancement, ce nombre devant atteindre 10% des points de passage après les 60 premiers jours. En décembre 2025, les contrôles biométriques ont commencé à être déployés sur le terrain.
Au 90ème jour, chaque État membre devait exploiter l'EES avec des fonctionnalités biométriques dans au moins la moitié de ses points de passage frontaliers et enregistrer au moins 35% du nombre estimé de franchissements de frontières. Au 150ème jour, tous les points de passage frontaliers devaient exploiter l'EES avec des fonctionnalités biométriques et enregistrer au moins 50% des franchissements. Enfin, au 170ème jour, tous les ressortissants de pays tiers concernés devaient être enregistrés dans le système.
Toutefois, l'expérience des passagers face au système EES s'est révélée contrastée depuis son lancement. Certaines personnes n'ont rencontré aucun problème, tandis que d'autres ont été confrontées à des files d'attente ou à des problèmes techniques. La sous-utilisation des mesures de contingence a conduit à des situations où les passagers ont été inutilement pris dans de longs délais lors du passage du contrôle des passeports, ce qui peut avoir des répercussions sur leurs déplacements ultérieurs, une situation particulièrement problématique à l'approche de la période de forte affluence à venir.
Des mesures d'urgence insuffisamment utilisées
Le règlement 2025/1534, adopté par le Parlement européen et le Conseil le 18 juillet 2025, prévoit pourtant des dispositifs permettant d'accompagner cette période de transition délicate. Ce texte établit des dérogations temporaires et fixe des seuils minimaux à respecter par les États membres. Les mesures de contingence permettent aux autorités frontalières de suspendre le système ou de limiter le nombre ou l'étendue des contrôles pour éviter des perturbations importantes et de longues files d'attente.
Le 30 janvier 2026, un porte-parole de la Commission avait d'ailleurs rappelé aux 29 pays européens participant au système EES qu'ils disposaient de ces mesures pour éviter les retards prolongés au contrôle des passeports. Le règlement prévoit également que les autorités frontalières tamponnent systématiquement les documents de voyage à l'entrée et à la sortie pendant la période de transition, car les données enregistrées dans l'EES peuvent être incomplètes.
Les États membres peuvent en outre suspendre totalement ou partiellement les opérations du système à certains points de passage frontaliers en cas de défaillance technique ou de circonstances exceptionnelles entraînant un trafic d'une intensité telle que le temps d'attente devient excessif. Mark Tanzer a déclaré : "Ce qui est frustrant, c'est que les autorités frontalières ont en leur pouvoir la capacité de réduire les files d'attente et de gérer les problèmes au fur et à mesure qu'ils surviennent, mais cela ne semble pas se produire de manière généralisée".
Au moins 2 heures avant le vol
Pour les voyageurs en provenance du Royaume-Uni se rendant dans l'espace Schengen durant le week-end de Pâques, le système EES s'applique aux séjours de courte durée, c'est-à-dire aux visites, vacances ou voyages d'affaires d'une durée maximale de 90 jours sur une période de 180 jours. Les contrôles EES ont lieu à l'arrivée dans le pays de destination européen et au départ, ce qui signifie que chaque voyageur devra passer par ces vérifications biométriques lors de ses déplacements pascaux.
Toutefois, pour les départs via le port de Douvres ou par train international depuis le Royaume-Uni, les contrôles se déroulent au Royaume-Uni en raison de la présence d'une frontière duale. Les voyageurs doivent se présenter au contrôle des passeports dès qu'ils ont franchi l'enregistrement et la sécurité pour effectuer les contrôles EES le plus tôt possible. Les compagnies aériennes conseillent d'arriver à l'aéroport au moins deux heures avant le départ pour un vol en provenance d'Europe, délai qui pourrait s'avérer insuffisant en cas de dysfonctionnements pendant la période pascale.
L'ABTA indique que l'application des mesures de contingence et une meilleure planification des périodes de forte affluence par les destinations et les autorités frontalières sont essentielles. Cela devrait inclure l'utilisation de gardes-frontières supplémentaires aux moments les plus chargés, une recommandation d'autant plus pertinente à l'approche du week-end de Pâques qui constituera un véritable test pour l'ensemble du dispositif. L'organisation appelle les autorités frontalières à planifier spécifiquement ces périodes de forte affluence et à utiliser pleinement les mesures de contingence disponibles.
Enjeu stratégique pour l'Europe
Le système EES fait partie du paquet Frontières intelligentes de l'Union européenne, qui vise à améliorer la gestion des frontières extérieures en utilisant des technologies de pointe et des solutions innovantes. Ce paquet comprend également le système européen d'information et d'autorisation de voyage (ETIAS), qui devrait être introduit vers la fin de l'année 2026. Henna Virkkunen, vice-présidente exécutive pour la Souveraineté technologique, la Sécurité et la Démocratie, a déclaré dans le communiqué de la Commission : "Le lancement du système d'entrée et de sortie le 12 octobre 2025 nous rapproche d'un pas de plus pour faire de l'UE la destination de voyage la plus avancée au monde".
Magnus Brunner, commissaire aux Affaires intérieures et à la Migration, a affirmé : "Le système d'entrée et de sortie est un élément clé de l'amélioration de la façon dont nous gérons nos frontières extérieures. Il nous aidera à suivre qui entre et sort de l'UE. Cela renforcera la sécurité dans l'espace Schengen en nous aidant à identifier les personnes en situation de dépassement de séjour, à prévenir les mouvements irréguliers et à réduire la fraude documentaire et d'identité". Le week-end pascal représente donc un moment décisif pour démontrer que ces objectifs ambitieux peuvent être atteints sans sacrifier la fluidité des passages frontaliers, particulièrement dans un contexte où le déploiement complet du système interviendra seulement quelques jours avant cette première grande épreuve de l'année.