Upclaim se charge, comme d’autres, de récupérer les indemnités dues par les compagnies aériennes en cas de manquement. Votre originalité : vous le faites aussi dans le cadre de déplacements professionnels.
Victor Boinet : Notre legal tech a aujourd’hui 3 ans, mais en réalité une année seulement de pleine activité, les deux premières années ayant été consacrées à de la rétroingénierie : on s’est rapproché d'agences de voyages pour comprendre leur fonctionnement, pour se connecter à leurs flux. Car nos clients, ce sont les agences de voyages. Au départ, pour des voyageurs loisirs. Puis nous avons vu le potentiel et les acteurs sur le marché du business travel et nous avons estimé qu'on pouvait faire mieux au niveau de la récupération d’indemnisation. Notre mission : détecter les dossiers nuisibles, les comprendre, faire une tentative de négociable à l’amiable mais aussi être en mesure d’assurer la partie juridique en cas d’échec.
Quels contentieux traitez-vous ?
Les annulations, les empêchements pour surbooking (ce qui revient à une annulation), les retards de plus de 3 heures, les ruptures de correspondance (qui peuvent être le résultat d’un retard de moins de 3 heures) et, moins intuitifs, les vols avancés de plus d’une heure.
Vous ne vous occupez pas des contentieux liés aux bagages ?
Non, car c’est du déclaratif et on évite le déclaratif pour que nos dossiers soient très solides. C’est d’ailleurs aussi la raison pour laquelle on ne fait pas de BtoC, qu’on s’appuie sur les données des agences même pour les voyageurs non professionnels. Ainsi on va devant le juge avec une excellente réputation et on gagne tout le temps.
Sur ce segment corpo, avez-vous de la concurrence ?
Oui et non. Oui, parce que beaucoup savent récupérer les remboursements de frais pour l’entreprise - généralement moyennant 50% de l’indemnité récupérée, seulement 10% chez Upclaim car notre partie contentieuse n’est pas externalisée. Non, parce qu’on ne se contente pas de récupérer les frais due à l’entreprise : nous nous attachons aussi aux indemnités dues au passager.
Outre ces 10% de commission, y a-t-il un système d’abonnement pour bénéficier de vos services ?
Chaque vol “surveillé” coûte quelques centimes suivant une grille dégressive en fonction du volume. L’agence refacture ces coûts à l’entreprise, éventuellement en prenant une marge limitée contractuellement.
Pouvez-vous détailler les remboursements auxquels entreprises et voyageurs ont droit ?
Pour l’entreprise, il s’agit du remboursement de l’achat effectué auprès de la compagnie (le billet, les options éventuelles) et des frais occasionnés par le manquement de la compagnie : hôtel, restaurant, compensation salariale… On peut aussi y ajouter des indemnités pour préjudice. Si le déplacement avait pour objectif la signature d’un contrat ou la rencontre d’un prospect, par exemple. Voilà pour la personne morale.
Pour la personne physique, le collaborateur, on s’appuie sur le droit des voyageurs qui considère très clairement les indemnités auxquelles il peut prétendre comme la réparation d’un préjudice moral. A minima, ces indemnités répondent à une grille forfaitaire : 250, 400, 600€ en fonction de la distance du trajet en question.
En général, les compagnies sont-elles rétives à s’acquitter de leurs obligations en cas de contentieux ?
Nous avons la vision biaisée de ceux qui ne s’occupent que des problèmes… Je pense que la plupart des compagnies s'acquittent des remboursements. Ce sont les indemnités supplémentaires qui posent problème. Concrètement, un grand nombre de compagnies font tout pour ne pas payer. On peut avoir un litige durant 8 mois pour récupérer 250€… Ces compagnies “mauvaises payeuses”, nous les faisons condamner fermement. Et avec les taux d'intérêt légaux à partir de la mise en demeure. Comme n'importe quel fournisseur, elles doivent payer quand le service n’est pas assuré.