Rencontrez les experts American Express au salon IFTM

L'IA va tuer le voyage d'affaires de masse (selon Scott Gillespie)

L’expert reconnu du business travel prédit une compression inéluctable de la demande qui obligera les entreprises à repenser leurs stratégies de déplacement.

Nous suivre sur Google
David Keller

David Keller

19 octobre 20254 min de lecture

L'IA va tuer le voyage d'affaires de masse (selon Scott Gillespie)
L'IA va tuer le voyage d'affaires de masse (selon Scott Gillespie)© AdobeStock

L'intelligence artificielle s'apprête à bouleverser l'univers du voyage d'affaires de façon bien plus profonde que ne le laissent entrevoir les applications actuelles. C'est la thèse défendue par Scott Gillespie, fondateur et PDG du cabinet de conseil tClara, dans une tribune publiée début octobre dans le média américain The Company Dime.

Loin des promesses d'optimisation marginale, cet ancien principal du cabinet McKinsey A.T. Kearney annonce une transformation structurelle : l'IA va réduire drastiquement le nombre de voyages d'affaires, mais augmenter leur valeur stratégique.

Automatisation et suppressions d'emplois : l’effet ciseau

Gillespie identifie deux mécanismes par lesquels l'IA va comprimer la demande de déplacements professionnels. Le premier concerne l'automatisation des tâches collaboratives. "L'IA va automatiser de nombreuses tâches de cols blancs qui justifient actuellement les réunions en présentiel", explique-t-il. Collecte d'informations, partage de perspectives, synthèse, exploration de scénarios, planification : autant d'activités qui nécessitaient auparavant trois réunions et qui pourront désormais être accomplies en une seule - voire aucune - grâce aux agents IA.

Le second mécanisme est plus radical encore : la contraction de l'emploi tertiaire. S'appuyant sur une analyse de McKinsey de 2023, Gillespie rappelle que l'IA générative pourrait automatiser 60 à 70% du temps de travail des employés, mettant en péril un nombre significatif d'emplois de cols blancs. Une prédiction que Jim Farley, PDG de Ford, a récemment poussée à l'extrême en estimant que l'IA pourrait à terme remplacer la moitié des emplois tertiaires américains.

Conclusion logique : "Puisque la plupart des voyages d'affaires non essentiels sont effectués par des cols blancs, la réduction de ce vivier de talents par les agents IA signifie une diminution de la demande de voyages d'affaires”.

Le pari de la "marginal value add"

Face à cette compression annoncée, les directeurs financiers se retrouvent confrontés à un dilemme stratégique. "Les CFO myopes peuvent être tentés de réduire aveuglément (sic) les budgets, utilisant la compression des déplacements induite par l'IA comme prétexte pour sous-investir dans les voyages", met en garde Gillespie.

Mais pour les dirigeants visionnaires, la taille du budget voyage n'est pas la bonne métrique. La vraie question est de savoir si moins de déplacements peuvent générer plus de valeur. D'où l'impératif de distinguer clairement les voyages à faible valeur de ceux à forte valeur ajoutée.

Pour optimiser les budgets voyage dans ce nouveau contexte, Gillespie propose une approche révolutionnaire : attribuer une valeur monétaire à chaque déplacement prospectif via le concept de "valeur ajoutée marginale" (“margin value add”, MVA). Cette métrique se calcule en soustrayant le coût attendu du voyage de son "coût limite rouge" - soit le montant maximum que ce déplacement pourrait coûter tout en restant approuvable.

"Les voyages à faible valeur peuvent être définis comme ceux ayant une MVA inférieure à 1.000 dollars", précise l'expert. Une approche qui permettrait, selon les premiers modèles de tClara, de réduire les budgets voyage d'un tiers, de diviser par deux les émissions carbone et d'éliminer les trois quarts des déplacements à faible valeur - tout en obtenant une MVA globale légèrement supérieure.

Course contre la montre

Cette transformation impose aux travel managers et aux TMC de passer d'une logique de volume et de coût à une logique de "résultats" (outcomes). Les programmes voyage devront intégrer un cadre de "valeur du déplacement" avec objectifs, métriques attendues et seuils d'approbation, des outils d'aide à la décision alimentés par l'IA pour prioriser et estimer l'impact, un suivi post-voyage rigoureux pour mesurer les résultats, et une réallocation stratégique des budgets économisés vers les voyages "à fort enjeu".

Pour les compagnies aériennes et l'hôtellerie, cette évolution dessine un avenir contrasté. Si les volumes risquent de diminuer, le mix devrait s'orienter vers le premium sur les trajets conservés - clients stratégiques, comités de direction, projets critiques - soutenant ainsi les rendements sur certaines classes et produits.

Scott Gillespie, fort de ses 35 ans d'expérience dans l'industrie du voyage et de son passage chez des géants comme SAP Concur et Airlines Reporting Corporation, ne laisse planer aucun doute : "L'IA ne va pas développer les voyages d'affaires ; elle va les comprimer".

Le défi pour les CFO et les travel managers sera de choisir entre subir des coupes aléatoires ou orchestrer cette transformation vers "un programme de voyages à plus forte valeur, plus respectueux en termes d’émissions carbone et qui prouvent leur utilité". "La course à l'optimisation véritable des budgets voyage commence maintenant", ajoute-t-il en conclusion. Une course où les retardataires risquent de payer le prix fort dans un marché en pleine mutation.

Sur la même thématique

Voir tout