L'édition 2026-2027 Ground Monitor d'Amex GBT Consulting paraît dans un contexte singulier : instabilité géopolitique liée au conflit au Moyen-Orient, perturbations dans les chaînes d'approvisionnement automobiles, montée en puissance des technologies embarquées et consolidation accélérée du secteur des VTC. Malgré ce tableau contrasté, la tendance de fond reste à la stabilité, une relative bonne nouvelle pour les travel managers.
Les prévisions ont été élaborées à partir des données de réservation d'Amex GBT, croisées avec les modèles de séries temporelles Prophet et les projections macroéconomiques du Fonds monétaire international (FMI), qui table sur une inflation mondiale de 4,4% en 2026. C'est ce seuil qu'Amex GBT retient comme ligne de partage entre ses deux scénarios : en deçà, la borne basse des fourchettes s'applique; au-delà, c'est le scénario haut qui prévaut.
Quatre facteurs sous surveillance
Quatre variables structurent les tendances de prix pour 2026-2027. La première est relativement favorable : l'équilibre entre l'offre et la demande s'est amélioré à l'échelle mondiale, les livraisons de véhicules neufs ayant rattrapé leur retard post-pandémie. Ce rééquilibrage exerce une pression modératrice sur les tarifs - une rupture nette avec les années 2021-2023, marquées par une pénurie sévère de flotte.
Le conflit au Moyen-Orient constitue la principale variable de risque. Le blocus du détroit d'Ormuz perturbe l'approvisionnement en aluminium - dont les pays du Golfe assurent environ 9% de la production mondiale, et fragilise la filière des semi-conducteurs, via les tensions sur l'approvisionnement en hélium, dont le Qatar fournit approximativement un tiers de l'offre planétaire. Les pneumatiques subissent eux aussi une pression inflationniste significative.
À cela s'ajoute la sophistication croissante des véhicules : les systèmes d'aide à la conduite (ADAS) renchérissent les réparations : le remplacement d'un simple pare-brise pouvant entraîner un surcoût allant jusqu'à 1.500 USD (environ 1.365 €) pour recalibrer capteurs et caméras. Quatrième levier : la dépréciation des véhicules d'occasion, observable aux États-Unis comme en Europe sur les flottes électriques et thermiques, érode une ressource commerciale essentielle pour les loueurs et pourrait, à terme, alimenter une pression haussière sur leurs tarifs.
Des disparités par région
Les écarts régionaux sont marqués. En Amérique du Nord, les hausses attendues restent contenues : entre +1,5% et +2,0% aux États-Unis comme au Canada, dans un contexte de croissance économique modérée et d'offre améliorée. Un élément à surveiller cependant : la multiplication des surcharges urbaines dans les grandes métropoles américaines liées au jour de la semaine ou aux zones aéroportuaires tend à alourdir sensiblement le coût total de la location pour les voyageurs d'affaires.
En Europe, la stabilité domine. La France et l'Espagne affichent les prévisions les plus basses du continent, avec des fourchettes de 0 à +0,5%, certaines entreprises bien positionnées auprès de leurs fournisseurs pouvant même obtenir des conditions plus favorables. L'Allemagne (+1 à +2%) reste freinée par un parc encore inférieur d'environ un quart aux niveaux de 2019. Le Royaume-Uni devrait voir ses tarifs progresser entre +0,6 et +1,3%.
Exception notable : les Pays-Bas, où une réforme de la fiscalité automobile alourdit le coût de détention des flottes, avec des hausses attendues entre +4 et +5%. En Amérique latine, le Brésil et le Chili anticipent des progressions de +2 à +4%, portées par une demande corporate et loisirs dynamique. Le parc de véhicules électriques en location au Brésil illustre cette vitalité : il est passé de 2.545 unités en 2021 à 33.562 fin 2025, soit une hausse de 124,5% sur un an. L'Australie, enfin, devrait enregistrer parmi les plus fortes hausses mondiales, avec une fourchette de +3 à +3,4%.
Consolidation des VTC
Le secteur du VTC traverse depuis 2025 une vague de consolidations qui redistribue les cartes de la mobilité professionnelle. En juillet 2025, Lyft a finalisé l'acquisition de FREENOW, l'application européenne de mobilité multi-modale, avant de racheter TBR Global Chauffeuring, acteur du transport de prestige, en octobre 2025. De son côté, Uber a annoncé en mars 2026 l'acquisition de Blacklane, plateforme spécialisée dans le transport de direction haut de gamme. Lyft a, dans la foulée, finalisé en avril 2026 le rachat des activités londoniennes de taxis noirs de Gett.
Ces mouvements traduisent la conviction des deux opérateurs majeurs que le segment des réservations anticipées recèle un fort potentiel de croissance et de marges. Pour les travel managers, la question pratique est directe : les prestataires récemment absorbés peuvent-ils maintenir leurs engagements en matière de fiabilité, de confort et de tarification ? Le rapport recommande de valider explicitement ce point avec les fournisseurs concernés avant tout renouvellement de contrat, et d'adapter en conséquence la gouvernance des programmes de mobilité.
La mobilité vue d'en haut
L'édition 2026-2027 du Ground Monitor intègre une réflexion sur les véhicules à décollage et atterrissage vertical électriques (eVTOL), communément appelés taxis volants. Ces appareils, conçus pour des trajets courts en milieu urbain, notamment les liaisons aéroport–centre-ville, font l'objet d'une ouverture réglementaire progressive, principalement aux États-Unis, en Chine et dans les pays du Golfe. Dubaï pourrait voir opérer ses premiers taxis aériens électriques dès 2026.
L'intérêt de ces engins ne se limite pas à la rapidité des transferts : les eVTOL n'émettent aucun polluant à l'échelle locale et contribuent à réduire la congestion urbaine. Sur le plan du cycle de vie, les avancées récentes en matière de batteries ont déjà permis de réduire les émissions d'un véhicule électrique classique à environ la moitié de celles d'un véhicule thermique équivalent, une trajectoire que les eVTOL pourraient accentuer. Si le calendrier de généralisation de ces appareils reste difficile à estimer, leur irruption progressive dans les grandes métropoles mondiales pourrait, à terme, enrichir les options disponibles pour le dernier kilomètre des voyageurs d'affaires, en complément des solutions terrestres existantes.