Marietton va internationaliser son activité business travel avec “un partenaire très particulier”

En marge de l’APG World Connect, nous avons interrogé Laurent Abitbol, président du groupe Marietton, et Christophe Jacquet, DG de Havas Voyages. Au programme : acquisition de Supertripper, intelligence artificielle, situation du marché corpo, ou encore projet du groupe.

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David Keller

David Keller

3 novembre 202510 min de lecture

2025-2032 : les 7 glorieuses du voyage d'affaires
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Le marché business travel est en pleine ébullition en ce moment, et le groupe Marietton y participe avec la récente acquisition de Supertripper…

Laurent Abitbol (L. A.) : Je vais vous expliquer comment ça s'est passé, et ce n'est pas une blague. Christophe (Jacquet) et mon frère Arnaud (Abitbol) m'ont dit : "Viens, on va dîner avec quelqu'un." On est allés manger avec Maxime (Pialat, fondateur de Supertripper, ndr) au 114 Faubourg (un restaurant du 8ème arrondissement parisien, ndr). Je l'ai écouté parler pendant 2h30, au début je m’en foutais. Un jeune de 30 ans, dynamique, bien dans sa tête. Je n'ai pas dit un mot, j'avais mon poulet rôti. Puis à un moment donné, il était 21h30, je lui ai dit : "Écoute, je vais acheter ta boîte, combien tu veux ? Tu as 1 heure, jusqu'à 22h30."

Moi, je marche à l’intuition. Et Maxime, au lieu de se dire "C'est quoi ce fou ?", il a pris ça très au sérieux. Et il a eu raison. Vous savez, quand j'achète quelque chose, j'achète d'abord les êtres humains, avant la boîte. C’est une belle boîte, de toute façon : 50 millions de chiffre d'affaires, 2 millions d’EBITDA, en progression. On a négocié et la fin, on s'est mis d'accord. J’ai dit : “À 30 ans, tu vas être millionnaire, bravo”. On s'est tapé dans la main, et un mois après c'était fini. C'est mon acquisition la plus rapide.

C'est quelque chose de fort. J'aime son système totalement intégré. Il n'a besoin de personne, ce système. C'est un système parmi tant d'autres. Le groupe Marietton ne fusionnera jamais rien. On a tout. Combien de fois en finale vous avez Havas contre Ailleurs Business ? Mais j'ai tout. Ailleurs Business c'est Wondermiles, c'est KDS… Havas, c’est Goelett, c'est Supertripper maintenant. Mais je ne fusionne jamais les boîtes que j'achète.

Quel est le montant de la transaction ?

L. A. : Dans 5 ans, je pourrai en parler. Pas avant, c’est ma règle.

Vous dites "on a tout" : Wondermile, KDS, Goelett, Supertripper... Vous pensez que cet agnosticisme technologique est la réponse aux rapprochements entre acteurs tech et agences, du type Concur et Amex GBT ?

L. A. : Comme GBT, c'est notre cousin via Certares, on bénéficiera sûrement de tout ce qui existera via Certares, qui protège son petit bébé français qui leur rapporte : ils ont eu un bel LBO, il y a deux mois. On voit tout, on est partout et on ne s'interdit rien.

Christophe, concernant l’achat de Supertripper, Laurent Abitbol parle d’intuition, mais il y a quand même une stratégie derrière. Pouvez-vous me l'exposer ?

L. A. : Si vous saviez… Il n'y avait pas de stratégie ce jour-là, vraiment pas de stratégie. Moi je n'ai pas de stratégie…

Christophe Jacquet (C. J.) : Supertripper, c'est un très bel acteur du business travel qui opère depuis 6-7 ans en France. Il a connu une jolie croissance et est très présent sur le marché des PME, un marché historique pour les entreprises du groupe Marietton. C'est une façon pour le groupe de pouvoir apporter, en fonction des besoins des clients, des technologies différentes.

Une entreprise comme Havas Voyages propose la solution Goelett à ses clients. Dans le groupe Marietton, on aura aussi Supertripper qui va pouvoir proposer sa solution intégrée. C'est autant de diversité pour répondre aux attentes du marché et aux sensibilités de chacun de nos corporates. C'est une offre qui s'enrichit, qui est complémentaire et qui va permettre au groupe d'être encore beaucoup plus proche des besoins du client.

Le groupe Marietton fonctionne en partenariat avec les meilleures technologies à un instant T. Le parti pris de Supertripper est un tout petit peu différent puisque là, c'est le pari que le groupe soit propriétaire de sa technologie. Le pari d'une start-up. C'est la première fois que Laurent fait le pari d'une start-up dans le groupe, c'est important, ça montre aussi un changement de vision.

L. A. : De façon intuitive. Je m’intéresse au business travel depuis peu, environ un an. J'achète des boîtes où un client fait maximum 5% du chiffre d'affaires. C'était le cas chez Supertripper : le plus gros client fait 1%. Je ne peux pas aller au-delà de 5% parce que si vous prenez une boîte avec un client à 50% et que vous le perdez, vous avez acheté très cher. Donc moi je paie bien les boîtes, je suis très généreux, mais il faut que ça reste sous les 5%.

C. J. : Quand vous regardez certains portefeuilles clients de certaines TMC en France, c'est fragile. Souvent des portefeuilles publics. Supertripper, c'est autre chose

L. A. : Vous savez, dans le groupe, on n'appelle pas ça Supertripper, on appelle ça "Super Maxime" maintenant. J'ai besoin de jeunes, je vais intégrer des jeunes de 30-35 ans pour la suite, et on va aller dans ce sens-là.

KDS, Goelett ou Wondermiles, ok. mais la différence, c’est que Supertripper; c'est à vous, désormais. Qu’attend une grosse boîte traditionnelle d'une petite boîte technologique ? 

C. J. : Havas et Ailleurs sont nées du service et de l'humain, alors que Supertripper est née de la techno, c’est vrai. Il n'y a pas de confrontation entre ces solutions. Il y a juste des héritages qui ne sont pas les mêmes. Quand Supertripper doit de son côté faire des efforts sur la partie qualité de service sur laquelle ils sont très bons également, nous, on a fait le choix jusqu'à présent d'aller chercher et se servir sur le marché des meilleures technologies à un instant T.

C'est la raison pour laquelle on utilise du Goelett ou d'autres encore. Et on va continuer dans cette direction. Vous faisiez le parallèle, avec Laurent, avec la stratégie de GBT sur les grands comptes. GBT, c'est un groupe qui est propriétaire d'Egencia, qui a une solution totalement intégrée de la technologie jusqu'aux services. Mais GBT est aussi dans une démarche - même s'il y a des alliances en cours avec Concur par exemple - de mettre à disposition du client la technologie qu'il souhaite.

Il n'y a aucune volonté d'imposer une technologie à nos clients. Au contraire, on est là pour leur apporter des solutions qui leur permettent de choisir la meilleure technologie dans le groupe Marietton et le meilleur dispositif.

C'est, en l'occurrence, une stratégie inverse à ce rapprochement GBT/Concur… 

C. J. : C'est comme un portefeuille d'actions, il faut avoir un peu de tout. Il faut prendre du risque. Vous prenez du risque quand vous êtes propriétaire de votre propre technologie. Et puis il faut être aussi très agile sur d'autres technologies que vous pouvez switcher en fonction de la maturité du marché.

C'est la responsabilité de nos partenaires, en permanence, d'être best in class sur leur techno. S'ils le sont, on continue et on est de très gros partenaires pour travailler la feuille de route, faire du feedback client, les faire évoluer, etc. On est co-constructeur, on est très proche, on construit la feuille de route du produit.

Si à un moment donné le marché bouge, le groupe Marietton a cette agilité pour pouvoir s'équiper du meilleur acteur à un instant T. Je pense qu'il faut un peu des deux. Il faut prendre du risque, ce qu'a fait Laurent avec Supertripper en faisant le pari d'une technologie intégrée et le pari qu'on va être capable de la maintenir toujours au meilleur niveau. Et de l'autre côté, se donner de l'agilité pour pouvoir acheter pour nos clients la meilleure technologie ou celle qu'il souhaite à un instant T.

La technologie est au cœur d’enjeux majeurs à venir, tels que l’IA… Quel sera son impact dans le business travel, selon vous ?

C. J. : Celui qui est capable de nous le dire, qu’il fasse vite une conférence pour nous expliquer... C'est comme ceux qui, avant le Covid, disaient comment sera l'après-Covid. Vous avez remarqué, ils se sont tous plantés. C'est une bête qu'on ne maîtrise pas vraiment. Il y a beaucoup de fantasmes sur ce qu'elle va être capable de faire. Moi je suis un très gros consommateur d'IA au quotidien. Elle se trompe très régulièrement. Elle est loin, loin, loin d'être opérationnelle.

Elle progresse très vite, mais il y a quand même un gap énorme entre le fantasme et la réalité. Elle va progresser, c'est une certitude, elle va se nourrir. Ça sera la responsabilité de chaque entreprise de l'élever. Chacun aura son bébé IA qu'il va devoir faire grandir.

Je crois qu'il est urgent de se dire qu'il faut la dompter, apprendre à travailler avec, mais quand même observer beaucoup ce qui va se passer. Les alliances dont on parle - celle de Concur et GBT, ce sont probablement des acteurs qui, à l'échelle internationale avec les moyens qu'ils vont avoir, vont poser les fondations de ce que ça sera dans le futur. Il est urgent d'observer, il est urgent d'apprendre, mais il est urgent surtout d'attendre un peu avant de raconter des histoires qui ne sont pas encore opérationnelles sur l'IA.

Comment se porte votre activité business travel ?

L. A. : Nous, on fait cette année le même chiffre que l'année dernière. On a de nouveaux clients, mais il est vrai que depuis un ou deux mois, les boîtes consomment moins. Il y a moins de voyages dans les entreprises. Il y a des économies qui sont faites à cause de la situation française, de ce qui se passe politiquement, au niveau géopolitique. Mais on arrive au même niveau grâce à ces clients supplémentaires. 

Les acteurs français disent qu'il leur faut de l'internationalisation pour viser plus haut. Où en êtes-vous sur ce sujet ? Notamment sur une acquisition en Espagne…

L. A. : C'est en cours. Début 2026. Mais ce n’est pas très business travel…

C. J. : Il y a deux choses. Il y a des acquisitions à l'étranger de manière à pouvoir opérer sur d'autres pays. Et depuis plusieurs mois, on travaille sur une alliance très particulière qui sort du cadre des dispositifs historiques qui n'ont pas toujours marché. Les alliances avec l'approche "on va assembler les meilleurs TMC du monde autour d'un même support technologique", ça n'a jamais vraiment fonctionné parce que c'est très compliqué à coordonner. Là, on va faire naître dans les 6 mois qui viennent une solution qui va nous permettre de consolider des clients internationaux autour de nos entreprises.

C'est Havas qui pilote ça ou le groupe Marietton ?

C. J. : Le groupe Marietton avec un partenaire très particulier.

L. A. : Il y a un rapport avec notre actionnaire (Certares, ndr).

De quelle nationalité, ce partenaire ?

C. J. : International.

L. A. : Plutôt américain.

Ce serait avec Amex GBT ?

C. J. : Non.

L. A. : Ou oui (rires). 

C. J. : La particularité de cette alliance, c'est que ce dispositif n'existe pas aujourd'hui. Il n'est pas dans la continuité de tout ce qui a déjà été essayé et qui n'a pas fonctionné. C'est une nouvelle solution pour pouvoir s'appuyer non plus sur les acteurs internationaux étrangers mais pour préserver la souveraineté française pour les comptes globaux en France.

On aura la révélation au premier semestre 2026 ?

C. J. : Premier semestre 2026.

L. A. : Maintenant que je m’intéresse vraiment au business travel, il est sûr qu’on ne va pas s'arrêter là : le groupe Marietton va acheter des TMC à l'étranger et en France.

Il y a des projets en France ?

L. A. : Oui, mais pour l'instant je ne m'exprime pas dessus. Je peux dire les choses quand le personnel est au courant, jamais avant. C'est la loi. Mais il y aura des choses en France. En 2025, on a acheté trois boîtes : Supertripper, deux groupistes, plus d'autres petites choses. Et en 2026, on achètera des choses assez importantes dans le business travel. Il va y avoir des scoops !

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