Alors qu’American Airlines choisissait, il y a trois ans, le forcing pour accélérer l’adoption de sa NDC, Delta avance à un rythme différent. La compagnie américaine veut d’abord sécuriser ses intégrations avec les GDS et les agences avant de lancer publiquement sa solution. Une approche plus progressive, mais aussi radicalement différente de celle de sa concurrente.
C’est en effet après plus de deux ans après avoir dévoilé sa feuille de route NDC, que Delta a communiqué, lors d’une réunion clients organisée à Atlanta, au Delta Flight Museum, son intention de lancer sa solution NDC d’ici la fin de l’année 2026. Mais au-delà du calendrier, c’est donc surtout la méthode choisie par Delta qui mérite d’être observée.
Car là où American Airlines a longtemps cherché à contraindre son écosystème à adopter sa NDC, Delta fait le pari inverse : multiplier les connexions, travailler avec ses partenaires et ne lancer la solution que lorsque les intégrations seront suffisamment solides. Une stratégie qui rappelle, par certains aspects, l’approche collaborative défendue par d’autres compagnies, à commencer par Air France-KLM, plutôt que la méthode forte expérimentée par American.
3 “GDS” + GBT dans la boucle
Delta dispose d’accords de distribution NDC avec les trois principaux GDS que sont Amadeus, Sabre et Travelport, ainsi que de connexions directes sélectives. La compagnie se donne ainsi les moyens de toucher la grande majorité des agences de voyages d’affaires qui continuent de s’appuyer sur les GDS pour leurs réservations.
En parallèle, American Express Global Business Travel (Amex GBT) s’est engagée à intégrer le contenu NDC de Delta dans son propre marché de réservation. Pour mener à bien cette transition, Delta travaille également avec quatre partenaires concepteurs : Accelya, Airlines Reporting Corp. (ARC), l’IATA et Google.
Ce dispositif particulièrement large donne une indication de la philosophie de Delta. La compagnie ne cherche pas simplement à faire basculer rapidement les agences vers un nouveau canal de distribution. Elle veut s’assurer que l'ensemble de la chaîne fonctionne avant de généraliser le dispositif. C’est précisément là que le contraste avec American Airlines est le plus frappant.
Le bras tordu” contre la méthode douce
American Airlines avait choisi une stratégie nettement plus offensive. Après avoir retiré en 2023 une partie de ses vols du système EDIFACT, la compagnie avait ajouté un deuxième levier de pression en s’attaquant au programme de fidélité AAdvantage Business. À partir de mai 2024, les conditions d’accès aux avantages du programme ont notamment été liées au canal de réservation : billet acheté directement auprès d’American, entreprise sous contrat ou réservation effectuée auprès d’une agence dite “preferred agency”, elle-même soumise à des objectifs de vente NDC.
L'objectif était clair : faire pression sur les entreprises, les TMC et, in fine, les voyageurs pour accélérer l'adoption de la NDC. Une stratégie qui avait suscité de fortes critiques dans l’écosystème du voyage d’affaires. Surtout, elle s’était retournée contre American : en mai 2024, son PDG Robert Isom reconnaissait que la nouvelle stratégie de vente et de distribution avait contribué à faire fuir des clients et annonçait la volonté de les faire revenir.
Delta semble avoir tiré une leçon différente de cette expérience : la NDC ne se décrète pas, elle se déploie.
Des tests grandeur nature avant le lancement
La compagnie a confirmé avoir lancé des tests en situation réelle avec des agences de voyages. Elle progresse parallèlement dans ses intégrations avec ses partenaires GDS et souhaite prendre en charge plusieurs méthodes de connexion afin de répondre aux besoins des clients dans leur canal habituel.
Dès novembre 2025, Sara Reid, directrice managing des ventes et de l’innovation chez Delta, avait indiqué au média américain BTN que la compagnie avait entamé sa phase de tests et ses intégrations et qu’elle procédait notamment à des règlements de commandes avec ARC. “Notre grand objectif pour 2026, c'est le changement et la garantie d'un service client de premier ordre”, expliquait-elle alors. Et d’ajouter que lorsque Delta aurait “le sentiment d'avoir bien fait les choses”, elle procéderait à un lancement public.
La compagnie indique aujourd’hui que ses capacités NDC actuelles “traversent les dernières étapes de préparation”, la rapprochant du lancement d’une nouvelle manière d’acheter et de servir le contenu Delta. Le choix des mots est révélateur : pas de date couperet, pas de menace adressée aux distributeurs, pas de retrait massif de contenu des canaux historiques.
Le Lièvre et la Tortue
Cette approche s’appuie sur un credo : la NDC ne consiste pas uniquement à proposer de nouveaux tarifs ou davantage de contenu. Elle implique de modifier en profondeur les flux de réservation, de paiement, de servicing et de gestion des données entre la compagnie aérienne, les GDS, les agences et les entreprises. Plutôt que d’imposer ces changements profonds à l’écosystème, l’idée est de le rendre suffisamment fluide pour que celui-ci l’adopte naturellement.
Mais cette stratégie a évidemment un inconvénient : elle prend du temps. Plus de deux ans après la présentation de sa feuille de route, Delta n’a toujours pas officiellement ouvert sa NDC à l’ensemble du marché. Reste maintenant à savoir si cette stratégie plus consensuelle permettra à Delta de rattraper le retard accumulé face aux compagnies ayant déjà déployé leur NDC.
Pour lever cette incertitude, la tenue du prochain Delta Business Showcase à la fin du mois de septembre 2026 pourrait être bienvenue. Les dirigeants de la compagnie devraient en effet, à cette occasion, apporter davantage de précisions sur le timing du lancement NDC et présenter une feuille de route actualisée. Une mise en production d’ici la fin 2026 est l’objectif, mais Delta reste prudente : aucune date précise n’a été communiquée et le lancement public demeure conditionné à la réussite des tests et des intégrations en cours.
Mais ce sera donc ce rendez-vous de septembre qui sera donc particulièrement scruté par les TMC et les travel managers. Il permettra notamment de vérifier si Delta est désormais prête à transformer cette stratégie prudente en déploiement opérationnel à grande échelle, si partir à point vaut mieux que courir.