Parlons Maas

Christophe Drezet, consultant associé au sein d’EPSA GROUPE conseille les entreprises entreprises sur les tendances du moment. Il nous livre sa vision de l’impact environnemental des déplacements d’affaires.

Comme toute industrie, celle de la mobilité est empreinte d’acronymes que tous ses acteurs se plaisent à utiliser comme véritable marqueur d’appartenance à une communauté. Ainsi, un des acronymes parmi les plus usités en ce moment dans l’industrie du voyage d’affaires est le MaaS (notez bien la casse).

Qu’appelle-t-on le Maas ?

MaaS pour Mobilité as a Service désigne une application qui intègre différents modes de transports pour faciliter le déplacement. On parle ici d’un agrégateur d’offres existantes et qui permettraient un paiement en une seule fois et une validation de tous les moyens de transport. Il s’agit avant tout d’un concept urbain, car c’est dans les villes que l’on trouve les plus grandes diversités dans les moyens de se déplacer. Outre les classiques transports publics (métro, tram, bus), l’offre s’est considérablement élargie ces dernières années avec l’apparition successive de vélos en libre-service il y a déjà une quinzaine d’années (Vélo’v dès 2005 à Lyon, Vélib à partir de 2007 à Paris) puis de voitures (Autolib en 2011), de VTC (Uber arrive à Paris fin 2011, ce sera la première ville hors US) et plus récemment de scooters électriques (2016) et de trottinettes (2018). Difficile de s’y retrouver devant tant de solutions, d’autant plus que pour chaque mode de transport plusieurs acteurs sont apparus…et ont parfois déjà disparu (il suffit de regarder le nombre de sociétés exploitant ou ayant exploité des vélos en libre-service ou des trottinettes sur la seule ville de Paris). C’est face à cette offre pléthorique que s’est développé le concept du MaaS, pour permettre de combiner et comparer les solutions disponibles sur une zone géographique.

Le MaaS, pour quels usages ?

A priori, le MaaS semble concerner avant tous les déplacements du quotidien. Face à des transports publics parfois saturés, défaillants voire en grève, un contenu multimodal gagne tout son sens. On l’a vu lors des récentes grèves des transports où il a fallu faire preuve de créativité pour se déplacer en ville. D’ailleurs à Paris, dès le début du mouvement social mi-septembre, la RATP avait mis en place des partenariats avec 7 acteurs de la mobilité, offrant des codes promotionnels sur la location de vélos et scooters électriques, des trajets gratuits en covoiturage et des remises sur les parkings. 60.000 utilisateurs y avaient eu recours, ce qui a encouragé la régie à reconduire l’action au travers d’un appel d’offres lancé en octobre, avec un panel plus large incluant aussi des acteurs de l’autopartage, des trottinettes et des VTC. La durée du mouvement a permis à de nombreux utilisateurs de découvrir ces alternatives.

Mais le MaaS ne se limite pas aux seuls déplacements domicile-travail : lors d’un déplacement à l’étranger, on sait généralement comment aller à la gare ou à l’aéroport de départ ; en revanche à l’arrivée pour peu que l’on ne soit pas un habitué de la destination, c’est une autre histoire. Par défaut, le voyageur a souvent recours à un taxi, avec une facturation sur une base distance & temps difficilement prédictible, voire à une location de véhicule. Or la congestion routière n’épargne aucune grande ville et les mesures pour limiter l’usage de la voiture vont continuer à s’accélérer dans nos métropoles (développement des zones piétonnes, mise en place de péages urbains, interdiction à certains types de véhicules). Il est alors pertinent de permettre au voyageur de comparer les différentes options qui s’offrent à lui et de faire son choix sur des critères de durée, de prix, de confort et, de plus en plus, d’impact environnemental. Tout cela sans avoir à se questionner sur le nom de la régie des transports locale, sur la présence ou non des VTC sur la destination (plusieurs grandes villes, et pas des moindres, les ont purement interdits), et éviter d’avoir à jongler entre les applications de toutes les autres formes de mobilité présentes. C’est aussi cette gestion du dernier kilomètre que vise à permettre le MaaS. Cela présage-t-il d’un ‘come-back du door-to-door’ qu’un éditeur d’outil a plébiscité, mais peut-être arrivé trop tôt ou sous une forme pas suffisamment aboutie ?

En quoi le MaaS concerne-t-il les entreprises ?

Pour l’entreprise, une telle méga-application a aussi une utilité pour gagner en visibilité sur des petites dépenses locales qui, mises bout à bout, peuvent représenter un budget important et sont peu maîtrisées, car elles sont quasi systématiquement passées en note de frais et non exploitées.

Dès lors qu’une application permet de consolider les données, celles-ci peuvent être exploitées pour déterminer les usages des collaborateurs. Ainsi, l’entreprise peut comparer l’utilisation de sa flotte de véhicules et celles des autres modes de transport et rationaliser son parc, négocier des tarifs avec des sociétés de taxis ou des VTC ou encore mettre en place un pool de véhicules partagés sur ses principaux sites. On retrouve ici la notion de Mobility Management qui vise à gérer communément les déplacements et la gestion de la flotte automobile dont on aperçoit bien les synergies. Elle peut aussi plus facilement mettre en avant les résultats de réduction de son empreinte carbone, en accord avec ses objectifs RSE, en ayant recours à des modes de transports plus durables. Elle peut enfin assurer son devoir de protection (le fameux ‘duty of care’) même sur de petits déplacements qui aujourd’hui ne sont pas suivis.

A plus long terme, l’intégration par l’entreprise de ces nouvelles formes de mobilité lui permettra d’être en conformité (en France) avec la toute récente Loi d’Orientation des Mobilités (LOM – encore un acronyme !), promulguée…le 24 décembre 2019, et qui vise à sortir de la dépendance automobile, accélérer la croissance des nouvelles mobilités et réussir la transition écologique. L’objectif d’une neutralité carbone des transports terrestres d’ici 2050 y est inscrit et se traduit notamment par l’interdiction des ventes de voitures à énergies fossiles carbonées (essence ou diesel) d’ici 2040.

La LOM instaure également un forfait mobilité durable avec pour conséquence pour les entreprises d’inclure dans les négociations syndicales une discussion sur le versement d’un montant pouvant atteindre jusqu’à 400€ par an et pour les collaborateurs se rendant à leur travail en vélo ou pratiquant le covoiturage. L’État généralisera ce forfait à ses agents dès cette année, à hauteur de 200 euros par an.

Le MaaS est-il encore une nouvelle mode passagère ?

Pour se convaincre de l’avenir du MaaS, il suffit de regarder quelques exemples concrets. Le plus abouti est sans doute celui de Whim. Lancée fin 2017 à Helsinki, Whim, qui est une filiale du français Transdev, réunit toutes les offres de transport disponibles, y compris le taxi, au sein d’une seule application et permet de payer en fonction de son usage, du simple ticket occasionnel à l’abonnement sous forme de forfait valable aussi bien pour les transports en commun que pour le covoiturage ou le taxi. Plébiscitée en Finlande, la solution se développe à l’international avec à date l’Angleterre (Birmingham), l’Autriche (Vienne), les Pays-Bas (Anvers) et bientôt hors Europe à Tokyo et Singapour. Mais finalement beaucoup d’acteurs s’y mettent, il suffit de regarder leur application pour se rendre compte qu’elles intègrent des offres multimodales, à l’instar de Sixt qui propose des VTC et de l’autopartage en plus de ses véhicules de location, ou encore Uber qui intègre outre ses VTC et ses vélos & trottinettes JUMP, des scooters électriques en partenariat avec Cityscoot à Paris.

Ces intégrations de modes de transports parfois complémentaires, parfois concurrents, témoignent des changements dans notre façon de nous déplacer. Nul doute qu’ils seront toujours plus plébiscités par les jeunes générations qui arrivent sur le marché du travail et qui y trouvent une liberté dans leurs déplacements et sont adeptes des comparatifs. Il faudra comme à chaque fois travailler sur de nombreux aspects (assurances, paiement centralisé, reporting, etc) pour que les entreprises adhèrent totalement au concept et inscrivent le MaaS dans leurs usages et leurs politiques, mais à la clé les avantages sont nombreux et la Loi d’Orientation des Mobilités les y encouragera.

Pour approfondir le sujet, nous vous donnons rendez-vous le 26 mai 2020 dans le cadre d’une conférence AFTM.