Avant cette actualité SNCF, on n’entendait pas beaucoup parlé de Metis, si ce n’est en tant que partenaire du réseau Tourcom. C’est l’occasion de vous présenter…
Metis est un outil créé par trois entrepreneurs, dont moi-même. J'ai fondé Adenis il y a vingt-six ans, une SS2I spécialisée dans l'infrastructure, les télécommunications et la cybersécurité. Nous avons développé une forte activité dans le voyage puisque nous gérons Tourcom depuis vingt-cinq ans, AFAT pendant une dizaine d'années et Manor pendant environ douze ans. J'ai été membre du Comité consultatif des agences de voyage (CCAV) pendant quatorze ans, et, par exemple, c'est mon équipe qui a mis en place Opodo en France.
Comme beaucoup d'acteurs pendant le Covid, nous nous sommes interrogés sur l'avenir. En discutant avec Tourcom, nous avons identifié des besoins émergents autour de la NDC. Lors des réunions du CCAV, à chaque fois que nous abordions le sujet de la NDC, le GDS Amadeus répondait systématiquement qu'il gérait la situation. Or, je me suis dit que la NDC avait précisément été créée pour éviter que les GDS maintiennent ce monopole.
En quoi pensiez-vous apporter quelque chose de différent par rapport aux autres agrégateurs de NDC ?
Nous avons interrogé certaines agences de voyage et réseaux, et constaté un réel besoin. Nous avons donc créé Metis Digital fin 2022, et nous avons choisi de travailler d'emblée avec Air France - volontairement la compagnie la plus compliquée et la plus complète, qui représente 60 % de parts de marché en France pour les compagnies régulières. Et la production commence en janvier 2024.
Contrairement aux autres outils du marché conçus par des chefs de projet et des ingénieurs, nous avons inversé la démarche. Nous avons réuni un groupe de travail composé de plusieurs agences de voyages de catégories différentes : du loisir, du business travel pur, du mixte et de réseaux variés. Nous leur avons demandé de nous décrire leur outil rêvé, sans se soucier de la faisabilité technique. C'est ainsi que nous avons designé Metis.
À l'origine, Metis était un outil de front pour les agences de voyage, comparable au GDS - un outil de réservation. Nous avons livré une version pilote en France, qui s'est avérée concluante. Nous nous sommes spécialisés dans le business travel, car c'est le segment le plus complexe.
Mais aujourd’hui, vous n’êtes plus un agrégateur de NDC : vous êtes un SBT. Comment et pourquoi ?
Il faut un peu revenir en arrière. Nos agences de voyage clientes nous ont exposé deux problématiques majeures. Premièrement, le premier transporteur de France n'est pas Air France, c'est la SNCF. Deuxièmement, pour faire du business travel avec Metis, il fallait se connecter aux SBT du marché comme ce que font Amadeus, Sabre ou Travelport.
Début 2023, nous avons rencontré les principaux SBT - KDS, The Trip, Traveldoo… - et ils nous ont répondu que la NDC était un fantasme et que cela ne marcherait jamais. Fin 2023, nous sommes retournés voir les mêmes SBT. Les émissions NDC commençaient à se développer, mais ils nous ont répondu qu'ils n'avaient pas les budgets nécessaires et qu'ils n'étaient pas certains que cela perdure. Ils ont alors décidé de se connecter uniquement à Amadeus NDCX.
Et c’est à ce moment-là que vous réorientez votre projet vers la conception d’un outil de réservation…
Exactement. Début 2024, nos clients nous ont dit textuellement : “Si vous ne vous connectez pas aux SBT, vous allez disparaître, car le plus gros de notre activité corporate se fait sur les SBT aujourd'hui”. Ils nous ont suggéré de casser du monopole comme nous l'avions fait pour la NDC, en créant nous-mêmes un OBT. Nous avons donc constitué un nouveau groupe de travail incluant les corporate pour définir l'OBT rêvé.
Même question que précédemment : que proposez-vous de différent ?
J’ai déjà dit que notre démarche part de l’utilisateur, ça, c’est différenciant. Parce que notre outil a été construit par les agents de voyage, il est plus fonctionnel que tous les autres. Prenons un exemple : si vous cherchez un Paris-New York sur NDCX d'Amadeus, on vous liste des combinaisons aller-retour. Pour dix vols directs, vous obtenez quatre ou cinq pages. Chez nous, vous sélectionnez d'abord l'aller en un clic, le retour : deux clics, vous validez : trois clics et bookez : quatre clics. Terminé.
Mais il y a aussi un aspect “business model”... Tous les SBT existants ont plus de vingt ans. Ils reposent sur un ancien modèle économique. Un SBT comme KDS facture entre quinze et trente mille euros juste pour le setup, plusieurs milliers d'euros par mois d'abonnement et un coût au dossier. Pour ce SBT que nous construsions par nécessité, nous avons cassé ce business model. Aujourd'hui, le coût du setup se situe entre trois et cinq mille euros selon l'agence. Nous n'avons pas d'abonnement mensuel pour la plateforme, seulement un petit coût de trente euros par entreprise et par mois.
De plus, là où tous facturent entre deux et trois euros par dossier, nous avons décidé que tous les dossiers NDC et low cost réalisés sur notre plateforme auraient un coût SBT de zéro. Pourquoi ? Parce que vous ne passerez pas à la caisse deux fois : une fois dans le front et une fois dans le SBT. Chez nous, à partir du moment où nous avons été rémunérés une fois, c'est suffisant.
Aujourd’hui, à quelles compagnies êtes-vous connectés ?
Début 2025, nous avons lancé la SNCF en direct. Concernant l’aérien, nous sommes connectés directement aux principales low cost - EasyJet, Ryanair, les deux Transavia, Volotea, depuis quelques semaines. En termes de NDC, nous avons Aegean, American Airlines, Air France, Finnair, British Airways, Emirates, Iberia, KLM, les compagnies de Lufthansa Group. Et nous venons de certifier Turkish Airlines le mois dernier. Être connecté à la NDC des compagnies, c’est une chose, proposer des fonctionnalités nombreuses et efficientes, c’en est une autre.
Or, Air France a présenté un document lors de leurs NDC Days, où ils reçoivent tous leurs agrégateurs mondiaux. Ce document, qui date du 2 juin 2025, indique le niveau de certification de chaque agrégateur, c'est-à-dire le pourcentage de fonctionnalités de l'API Air France qu'ils ont développées. Vous y voyez les “ramp ups” - ceux qui viennent d'embarquer comme Sabre au printemps 2025. Au milieu, Amadeus, Travel Fusion, Travelport, et d'autres sont entre 50 et 70%. Wondermiles est entre 70 et 90%. Et Metis est à 97%.
Qu'est-ce que cela signifie concrètement ?
Prenons un exemple : sur Amadeus NDCX, si vous souhaitez faire un changement de nom ou de prénom après l'émission du billet, vous ne pouvez pas le faire directement. Vous devez téléphoner à la compagnie. De même pour ajouter votre carte Flying Blue. Environ 50% des fonctionnalités ne sont pas développées par ces agrégateurs.
Autre exemple… La fonction la plus attendue chez Air France en 2023-2024 était le split PNR : la possibilité de retirer un voyageur d'un dossier qui ne part plus, par exemple, sans téléphoner à la compagnie. Air France a travaillé deux ans dessus et l'a sortie le 30 octobre 2024. Metis l'a sortie la première semaine de décembre 2024. Amadeus l'a sortie fin mars 2025.
Dernier exemple récent : Air France propose des tarifs basiques sans bagage cabine. Ils ont sorti cette option mi-janvier. Le lendemain, nous l'avons déployée. Nous sommes les seuls au monde aujourd'hui à avoir cette fonctionnalité.
Les agrégateurs ont deux approches possibles : soit faire moins de compagnies mais toutes les fonctionnalités - notre choix, soit faire plus de compagnies mais moins de fonctionnalités, comme Amadeus ou Travel Fusion. C'est une question d'investissement financier et de temps.
La SNCF, l’aérien… Ca ne suffit constitue pas un outil de réservation corpo complet…
Effectivement, il faut la brique “hôtel” et la brique “location de véhicules” aussi. Sur les voitures, nous sommes les seuls en France à faire du direct connect avec Avis et Hertz. C'est l'équivalent de la NDC pour l'aérien. Aujourd'hui, toutes les réservations de voitures sur le territoire français passent obligatoirement par un GDS. Nous sommes les seuls à nous être connectés directement au cœur des loueurs. Il nous a fallu un an et demi pour les convaincre, mais c'est fait. Nous allons continuer avec Europcar, Sixt et CarBooker car il nous faut aussi un broker.
Pour l’hébergement, nous avons plusieurs bed banks, comme TBO ou WebBeds, ainsi que le groupe Gekko qui comprend Teldar et HCorpo.
En décembre 2025, nous avons lancé le pilote avec la TMC Impact Voyage et son premier corporate : un grand groupe de cliniques privées en France avec cent quatre-vingts établissements et mille voyageurs. Nous l'avons déployé en deux tranches, avec cinq cents voyageurs entre décembre et le reste début février.
Outre Impact Voyage, quelles autres TMC comptez-vous parmi vos clients ? Et sur quels marchés êtes-vous présents ?
Nous équipons aujourd'hui Spartner, une grosse agence qui gère environ trois cents fédérations sportives en France, ainsi que Voyage Feeling, pour qui nous avons développé un outil sur mesure. Nous sommes présents en France, au Royaume-Uni, en Tunisie, au Maroc et au Sénégal. Au Royaume-Uni et au Sénégal, nous équipons des agences loisir. Au Maroc et en Tunisie, des TMC.