Rencontrez les experts American Express au salon IFTM

Risques naturels : les entreprises face à l'impératif de protection

Selon une étude publiée par International SOS, l'augmentation de la fréquence et de l'intensité des catastrophes naturelles redéfinit les priorités stratégiques des entreprises en matière de sécurité et de santé au travail.

Nous suivre sur Google
David Keller

David Keller

12 février 20265 min de lecture

Risques naturels : les entreprises face à l'impératif de protection
Risques naturels : les entreprises face à l'impératif de protection© AdobeStock

Les catastrophes naturelles sont passées d'une centaine d'événements par an entre 1970 et 2000 à 500 occurrences annuelles entre 2001 et 2021. Cette évolution majeure transforme la perception des risques au sein des organisations. Le monde assiste à une multiplication sans précédent des phénomènes extrêmes, des tempêtes dévastatrices aux inondations historiques, en passant par des vagues de chaleur records et des incendies de forêts d'une ampleur inédite. Face à cette réalité, les entreprises doivent repenser intégralement leur approche de la protection de leurs collaborateurs et de la continuité de leurs activités.

Une multiplication alarmante des catastrophes

Les données de l'Internal Displacement Monitoring Centre révèlent que les risques naturels ont provoqué 45,8 millions de déplacements de personnes en 2024, un chiffre record depuis le début de leur surveillance en 2008. Les projections indiquent que le nombre annuel de catastrophes pourrait atteindre 560 d'ici 2030 si les tendances actuelles se maintiennent.

Plusieurs facteurs expliquent cette accélération : la croissance démographique, l'urbanisation rapide dans les zones littorales, les changements d'utilisation des sols et les conséquences du changement climatique. Avec 147 occurrences recensées en 2024, les tempêtes représentent le risque naturel le plus fréquent. Le World Economic Forum prévoit une augmentation de 10% à 15% du nombre de tempêtes par an d'ici 2050. L'Asie, l'Amérique du Nord et centrale ainsi que le sud-ouest de l'océan Pacifique concentrent 90% de ces événements. Ces tempêtes génèrent des précipitations extrêmes qui provoquent directement le deuxième type de catastrophe le plus répandu : les inondations.

Des impacts financiers et humains considérables

Les dégâts matériels causés par les inondations ont atteint 325 milliards de dollars au cours des cinq dernières années selon Munich RE. L'inondation la plus coûteuse s'est produite en juillet 2021 en Europe centrale, causant près de 60 milliards de dollars de pertes. Les prévisions annoncent une augmentation de 35% des précipitations extrêmes d'ici 2050 par rapport aux niveaux actuels, et jusqu'à 77% d'ici 2100.

Au premier semestre 2025, les catastrophes liées aux aléas naturels ont entraîné des pertes mondiales totales de 131 milliards de dollars, dont seulement 80 milliards étaient assurés selon SwissRe. Ces chiffres reflètent un impact opérationnel croissant pour les entreprises. En octobre 2024, les inondations historiques dans la région de Valence en Espagne ont piégé 400 ouvriers dans une usine automobile, contraints de passer la nuit sur leur lieu de travail. L'usine a dû stopper sa production, mettant près de 6.000 personnes en chômage partiel.

La chaleur, nouveau défi stratégique

La chaleur constitue désormais la cause la plus importante de morbidité et de mortalité parmi les événements météorologiques extrêmes. Plus de 2,4 milliards de travailleurs subissent annuellement une chaleur excessive, entraînant plus de 22.000 blessures professionnelles et près de 19.000 décès liés au travail. Les auteurs du Lancet Countdown constatent une augmentation de 23% du nombre de morts liées à la chaleur depuis les années 1990.

Entre 2012 et 2021, celle-ci a causé 546.000 décès par an en moyenne. En 2024, année la plus chaude jamais enregistrée, chaque humain a été exposé au stress thermique durant 1.609 heures en moyenne, soit 36% de plus que dans les années 1990. Cette situation a occasionné des pertes de revenus estimées à quelque 1.000 milliards de dollars, près de 1% du produit intérieur brut mondial. La productivité chute de 2% à 3% pour chaque degré Celsius au-dessus de 20°C selon l'Organisation Mondiale de la Santé. Au-delà de 32°C, la perte atteint 40%, et près des deux tiers au-delà de 38°C. L'Organisation internationale du travail estime que la chaleur devrait engendrer une perte de 2,2% du total mondial des heures travaillées en 2030.

Des conséquences psychologiques durables

Au-delà de l'impact physique immédiat, les risques naturels engendrent des traumatismes psychologiques profonds. Selon une étude du Black Dog Institute menée en 2021, entre 20% et 50% des personnes qui survivent à des événements climatiques extrêmes développent immédiatement des taux élevés d'anxiété, de dépression et de stress post-traumatique. Jusqu'à 10% à 20% d'entre elles peuvent souffrir d'un syndrome de stress post-traumatique dans les années qui suivent la catastrophe.

Ces troubles se manifestent par des flash-back, un isolement social, de la dépression et de l'anxiété, aggravant ainsi le traumatisme vécu. La culpabilité du survivant s'avère fréquente chez les personnes confrontées à ces événements. Ce poids psychologique constitue un facteur de risque durable pour les organisations, car il affecte la capacité opérationnelle des collaborateurs bien au-delà de l'événement lui-même. Les alertes médicales liées au climat émises par International SOS à destination de ses clients ont bondi de 80% en 2023 par rapport à 2022.

Préparer plutôt que subir

Les experts d'International SOS soulignent que le changement climatique constitue désormais un facteur structurant de la cartographie des risques. "Le risque climatique est devenu un risque stratégique à part entière", affirme Christophe Suptil, directeur Stratégie d'International SOS France. La première étape consiste à identifier et hiérarchiser les risques naturels auxquels sont exposés les collaborateurs. Cette analyse doit croiser les données climatiques avec les données RH pour évaluer précisément la vulnérabilité de chaque catégorie de personnel.

Un cariste dans un entrepôt, un technicien de maintenance en extérieur ou un voyageur d'affaires en escale dans une zone à risque n'ont pas la même exposition. Les plans opérationnels doivent être régulièrement enrichis de la prise en compte des risques climatiques locaux, de l'existence ou pas d'infrastructures adaptées et des mesures d'accompagnement médical et psychologique renforcées. L'adaptation peut être simple mais vitale : modifier les horaires, prévoir des zones d'ombre, fournir des vêtements techniques respirants, faciliter l'accès à l'hydratation.

Sur la même thématique

Voir tout