Lors d'une table ronde organisée sur le Club Affaires tenu par l'AFTM lors de l'IFTM, plusieurs acteurs du marché corporate sont venus débattre sur la problématique de la RSE dans le travel, entre ambition affichée et réalité mesurée. Si le volet RSE s’impose désormais comme un pilier incontournable de la politique voyages en entreprise, la route est encore longue entre l’affichage des ambitions et leur concrétisation sur le terrain.
La donnée occupe une place centrale dans cette transformation et l’ensemble des acteurs s’accorde sur l’enjeu de mesurer de façon plus précise l’empreinte carbone des déplacements professionnels. « Le reporting est devenu indispensable, il faut donner aux travel managers et aux voyageurs des outils fiables pour piloter la transition », insiste Maxime Pialat, CEO et co-fondateur de la solution Supertripper, qui souligne la nécessité de consolider et restituer la data de manière exploitable. Cette exigence de transparence est partagée par tous, mais la réalité du terrain révèle des écarts d’adoption. « On observe une vraie dynamique côté train, mais il faut que l’accès soit simple et que les outils soient mûrs, sinon personne ne les utilise vraiment », explique Cédric Dufour, directeur commercial chez Trainline Partner Solutions. Pour Enea Fracassi, chief operating chez Corsair : « Il faut simplifier la visibilité de l’empreinte carbone, rendre l’information plus accessible et lisible ».
Simplifier pour pousser l'adoption
La question des outils numériques et de leur adoption traverse tous les débats. Si la digitalisation s’accélère, l’efficacité dépend de leur appropriation par les entreprises et les voyageurs. « La simplification favorise l’adoption, c’est valable pour n’importe quel outil », souligne Cédric Dufour, tandis que Paulina Dziedzic, Manager Consulting chez Egencia, rappelle que, « les entreprises ont des niveaux de maturité différents, il faut accompagner le changement et remettre la RSE au cœur des PVE ». Or, la diversité des pratiques et la résistance au changement complexifient la tâche. Marie-Anne Estephan, Expert Manager Travel & Expense chez Odyssey by Axys, note ainsi que « les briques RSE sont obligatoires dans les appels d’offres, mais il n’y a pas toujours de suivi derrière ». Elle pointe également un « plafond de verre » : « On a avancé, certes, mais maintenant, comment aller plus loin ? »
La collaboration plutôt que l'opposition
Sur le terrain, la collaboration entre entreprises et fournisseurs s’avère indispensable, mais pas toujours évidente. « Il faut une relation de partenariat, pas d’opposition. Les fournisseurs ont aussi besoin de retours pour répondre aux besoins des entreprises », insiste Paulina Dziedzic. Un constat partagé par Marie-Anne Estephan : « Chacun se renvoie la balle, alors qu’on devrait marcher main dans la main ». Plusieurs voix appellent d’ailleurs à une implication accrue des directions dans la sensibilisation, et à une meilleure exploitation des outils et de la data disponibles, quitte à « faire intervenir les fournisseurs auprès des collaborateurs pour qu’ils comprennent les enjeux ».
Des intentions louables… mais difficilement mesurables
La mobilité verte affiche elle aussi un contraste entre intentions et réalité. Si la volonté d’agir progresse, l’adoption massive des solutions, notamment le véhicule électrique, demeure timide. Jacques De Villeplé, directeur commercial chez SIXT observe que, « l’intention est là, mais on est loin d’une adoption massive ». Un constat partagé par Frederi Villa Vega, CEO de Carbookr, chiffres à l’appui : « Selon une étude menée par OpinionWay, 72 % des business travellers déclarent avoir loué au moins une fois un véhicule électrique au cours des 12 derniers mois, mais chez nous, leur utilisation ne dépasse pas 6 %. Il y a une intention, mais elle ne se traduit pas dans les faits ».
Sur l’aérien, la modernisation des flottes et la réglementation poussent à l’innovation. « Les évolutions technologiques permettent des gains importants. Mais il faut un langage commun, et surtout, simplifier la compréhension pour les travel managers et les voyageurs », insiste Enea Fracassi. De cette table ronde, il ressort que la transition RSE avance, mais que la clé réside dans la simplicité, l’accompagnement et la collaboration. Si la data, les outils numériques et la volonté "de mieux faire" sont là, reste à faire tomber les derniers freins culturels et organisationnels pour que les ambitions affichées deviennent, enfin, une réalité mesurée.