La situation du transport aérien aux États-Unis s'aggrave de jour en jour. Dimanche 27 octobre, plus de 8.700 vols ont été retardés dans l'espace aérien américain, selon les données de FlightAware. Cette dégradation spectaculaire s'explique par l'épuisement progressif des contrôleurs aériens, contraints de travailler sans rémunération depuis le début de la fermeture gouvernementale le 1er octobre.
Le secrétaire aux Transports Sean Duffy a tiré la sonnette d'alarme ce même dimanche, avertissant les voyageurs qu’ils devront faire face à davantage de retards et d'annulations dans les semaines à venir. « Samedi (26 octobre), nous avons eu 22 déclencheurs de problèmes de personnel, l'un des plus élevés que nous ayons vus dans le système depuis le début de la fermeture », a-t-il déclaré sur Fox News.
Cette situation critique se manifeste concrètement dans les principaux aéroports du pays. Lundi 28 octobre au matin, l'aéroport international Hartsfield-Jackson d'Atlanta, le plus fréquenté du pays, a enregistré des retards moyens de 60 minutes en raison de problèmes de personnel. Parallèlement, l'aéroport international de Los Angeles a dû imposer un arrêt temporaire au sol, provoquant des retards moyens de 25 minutes.
Des contrôleurs aériens en détresse
La situation des contrôleurs aériens devient de plus en plus précaire. Ces employés essentiels, qui ne peuvent légalement faire grève, voient leurs absences pour maladie augmenter drastiquement. Depuis le 1er octobre, au moins 264 cas de problèmes de personnel ont été signalés dans les installations de la FAA, soit plus de quatre fois les 60 cas enregistrés aux mêmes dates en 2024, selon CNN.
« Nous avons plus de personnes qui appellent pour se déclarer malades, plus de personnes qui ne se présentent pas au travail », a reconnu Sean Duffy, ajoutant que les contrôleurs « s'épuisent » et « prennent des emplois secondaires » pour joindre les deux bouts. Certains contrôleurs travaillent actuellement 60 heures par semaine avec seulement quatre jours de congé par mois en moyenne, rapporte Forbes.
Cette situation rappelle douloureusement la fermeture gouvernementale de 2018-2019, qui avait duré 35 jours. À l'époque, le vendredi 25 janvier 2019, c'est précisément l'absence d’une dizaine de contrôleurs aériens qui avait contribué à mettre fin au shutdown (Trump, déjà président, avait alors cédé au Démocrates), tant les perturbations du trafic aérien étaient devenues ingérables, selon CNN.
Jake Rosenfeld, professeur de sociologie à l'université Washington de Saint-Louis, souligne que « les contrôleurs aériens sont un véritable pivot de l'économie et leurs actions, même par un très petit nombre d'entre eux, peuvent causer de réels préjudices », cité par CNN.
Un système en surchauffe
Mardi 28 octobre marquera un tournant critique : les contrôleurs aériens recevront leur premier "chèque de paie zéro" complet, après avoir reçu un salaire partiel le 14 octobre. Cette échéance pourrait encore aggraver la situation déjà tendue dans les aéroports américains.
Au-delà du secteur aérien, cette fermeture gouvernementale, désormais la deuxième plus longue de l'histoire américaine, affecte des milliers d'employés fédéraux non payés ou mis en congé forcé. Elle menace également l'aide alimentaire pour des dizaines de millions d'Américains, les fonds d'urgence pouvant s'épuiser dès le mois prochain.
Paradoxalement, les experts soulignent que les retards témoignent du maintien de la sécurité aérienne. « Le système s'auto-corrige », explique Chad Mourning, professeur spécialisé en sécurité aérienne à l'université de l'Ohio, « mais attendez-vous à des retards », selon CNN. La FAA gère en effet les pénuries de personnel en utilisant des outils comme les retards au sol et les arrêts temporaires, réduisant le nombre de vols à un niveau gérable.
Alors que 70% des Américains se disent préoccupés par les perturbations de voyage qui pourraient affecter leurs projets de vacances cette année, la crise actuelle illustre la vulnérabilité des infrastructures critiques face aux blocages politiques à Washington. Sans perspective de résolution rapide du conflit budgétaire entre républicains et démocrates, les experts prévoient une aggravation continue de la situation, transformant chaque voyage en loterie pour des millions d'Américains.