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TravelPerk élargit son périmètre et se renomme Perk

En se rebaptisant Perk, l'entreprise fondée en 2015 tourne une page de son histoire et affirme une ambition nouvelle : s'attaquer au "travail de l'ombre". Explications et interview du président Jean-Christophe Taunay-Bucalo.

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David Keller

David Keller

4 novembre 20259 min de lecture

TravelPerk élargit son périmètre et se renomme Perk
Jean-Christophe Taunay-Bucalo, président et COO de Travelperk, désormais Perk.© DKP

TravelPerk n'existe plus. Du moins sous ce nom. L'entreprise annonce ce 4 novembre sa transformation en Perk, un changement de marque qui traduit davantage qu'un lifting marketing. Il s'agit d'un repositionnement stratégique majeur pour ce spécialiste de la gestion des voyages d'affaires, qui élargit désormais son offre à l'ensemble de la gestion des dépenses professionnelles.

"Ce changement de marque reflète une mission élargie", explique l'entreprise dans un communiqué. Fini le focus exclusif sur les déplacements professionnels : Perk entend désormais éliminer l'ensemble de ce qu'elle nomme le "travail de l'ombre", ces tâches invisibles et chronophages qui plombent la productivité des entreprises, de la réservation de voyages à la saisie de notes de frais, en passant par le traitement des factures fournisseurs.

99 milliards

L'enjeu est colossal. Selon une étude menée par Forrester Consulting pour Perk, ce travail de l'ombre représente un coût annuel de 99,2 milliards d'euros en France. Chaque employé français y consacre en moyenne 4 heures par semaine, perdant 11 minutes de concentration à chaque fois qu'il tente de se replonger dans son "vrai travail".

Pour répondre à ce défi, la nouvelle plateforme Perk unifie la gestion des voyages et des dépenses dans une interface optimisée par l'IA, capable d'automatiser 67 % de ces tâches non essentielles. L'ajout de Perk Pay, un module de gestion des dépenses avec émission de cartes physiques, concrétise cette évolution vers une solution globale.

L’interview de Jean-Christophe Taunay-Bucalo

TravelPerk devient Perk. Pourquoi ce changement de nom maintenant ?

Jean-Christophe Taunay-Bucalo : C'est une vraie demande client. Fondamentalement, nos clients ne voulaient plus avoir trois logiciels différents pour gérer la partie voyage d'affaires, notes de frais et facturation. Pour une petite entreprise de 100 personnes, se retrouver avec trois logiciels, ce n'était plus tenable. Ils nous ont dit : "Non, j'en veux un seul."

Une fois qu'on a décidé de ne plus être spécialiste du travel uniquement, il était évident qu'on devait changer notre marque. On voit d'ailleurs cette même tendance dans d'autres secteurs, comme les ressources humaines où les logiciels RH gèrent désormais aussi le recrutement et la paie. Les entreprises en ont un peu marre d'avoir 20, 30, 40 logiciels différents.

Quelle est votre mission avec ce nouveau positionnement ?

Ce qui nous guide, c'est d'enlever toute cette bureaucratie, tout ce "travail de l'ombre". On a commandé une étude avec Forrester qui nous a révélé qu'en moyenne, les employés passent 7 heures par semaine à faire des tâches qui ne sont pas du tout leur métier. En France spécifiquement, on est autour de 4 heures par semaine. Quand on multiplie ça par l'ensemble des salariés, on arrive à des chiffres démentiels de perte de productivité.

Nous, on adresse pour le moment les deux tiers de ce temps perdu, en particulier sur le voyage d'affaires, les notes de frais et la facturation. À l'échelle mondiale, ça représente 1.700 milliards de dollars. En France, c'est 99,2 milliards d'euros par an.

Concrètement, quel gain de temps apportez-vous ?

Pour la réservation de voyage, on passe de 45 minutes à 5 minutes. Sur une note de frais, avec notre solution, vous prenez une photo et c'est fini. Il ne se passe plus rien, vous avez terminé. Sinon, vous devez aller sur votre Excel, votre directeur financier vous demande "Où étiez-vous ? Pourquoi ?"...

Notre thèse de base, c'est que le salarié veut faire son travail et être aussi indépendant que possible. La personne qui va faire un voyage d'affaires réserve directement dans la plateforme sans avoir à demander à son manager "Est-ce que je peux faire ci, est-ce que je peux faire ça ?" La notion de contrôle est intégrée au sein de la plateforme elle-même. Vous dites "Je dois aller à Marseille", le système sait que pour votre métier vous pouvez dépenser jusqu'à 150 € par nuit, et vous faites tout vous-même.

Vous avez racheté plusieurs entreprises. Quelle a été votre stratégie d'acquisition ?

Quand on a voulu se développer en Angleterre, on a acquis le leader du marché anglais, Click Travel. Pour les États-Unis, on a acheté le leader américain, Amtrav. Et pour la solution de paiement, notes de frais et facturation, on est allé chercher ce qu'on pense être la meilleure entreprise technologique : Yokoy, basée en Suisse.

On a uniquement racheté des entreprises très tech. On ne pense pas que racheter des TMC traditionnelles soit la bonne thèse pour nous. Les TMC traditionnels qui font du très haut service existeront toujours parce qu'il y a des marchés qui en ont vraiment besoin. Par exemple, le marché du voyage d'artistes, très particulier, qu'on ne touche pas. Nous, on veut les marchés très cadrés où les gens font des voyages standards.

Pourquoi la France a-t-elle été développée si tardivement ?

Nos plus gros marchés sont dans l'ordre : États-Unis, Angleterre, Allemagne, Espagne, puis France et Pays-Bas qui sont au même niveau. La France est le dernier marché qu'on a développé parce qu'il nous a fallu très longtemps pour avoir un très bon accord avec la SNCF.

Notre grande expertise, c'est de faire les marchés traditionnels où les gens ont tendance à faire beaucoup de voyages domestiques. Il nous fallait absolument une très bonne intégration directe à la SNCF. On aurait pu s'intégrer via des intermédiaires, mais ça cassait notre thèse : avoir les meilleurs prix et pouvoir faire toutes les modifications et annulations. On a vraiment lancé la France il y a 2 ans et demi, et maintenant c'est un de nos plus gros marchés en développement.

Vous n'avez pas de bureau en France ?

Non, pas pour le moment. Tous nos commerciaux français sont basés à Barcelone. Comme on a déjà une grosse équipe là-bas et que Barcelone-Paris, ça fait une heure d'avion, et qu'il y a beaucoup de Français à Barcelone... Je ne sais pas si on ouvrira un jour des bureaux en France. On a des bureaux en Allemagne, Angleterre, Pays-Bas. La France, comme on l'a développée récemment, est encore un marché en développement pour nous.

Quel est votre segment de marché cible ?

Nos clients ayant entre 100 et 5.000 employés représentent 80 % de notre revenu. Donc PME et mid-market. Et 60 % de nos clients n'utilisaient rien avant nous. On est généralement leur premier système.

Où en êtes-vous sur le NDC ?

On a 25 compagnies en connexion NDC, qu'on vient d'annoncer il y a quelques semaines. On en fait une par semaine. On a Air France, KLM, Delta, British Airways, Lufthansa...

Comment voyez-vous le rapprochement Amex GBT-Concur ?

Le marché se structure. Amex GBT-Concur prend vraiment le très haut du marché avec des contrats gigantesques, et je comprends leur approche stratégique. Nous, on est sur la partie PME, mid-market international. On fait Europe et États-Unis, on ne touche pas beaucoup l'Asie. Il y a vraiment une structuration du marché par segment.

Allez-vous diversifier au-delà du voyage d'affaires ?

Ce qui nous guide, c'est la mission. Notre développement, c'est d'adresser un par un chacun des éléments de toute cette administration dans l'entreprise. On a commencé par le voyage d'affaires, ajouté les notes de frais, la facturation. Je ne sais pas exactement où on sera l'année prochaine, mais ça continuera sur la même voie. Le voyage d'affaires, on y restera toujours parce que c'est de là qu'on vient, mais l'objectif c'est de rendre les gens plus productifs pour qu'ils puissent faire leur vrai métier, celui pour lequel ils ont été recrutés.

Quel est votre modèle de rémunération ?

Plutôt à l'abonnement. Une de nos particularités, un choix qu'on a fait dès le début qui était révolutionnaire à l'époque, c'est qu'on ne facture jamais les contacts avec notre service support. Toutes les modifications, annulations, c'est gratuit. Le modèle classique des agences de voyage, c'était de facturer très cher toute modification. Nous, on a utilisé la technologie pour ne pas avoir à facturer ça.

Généralement, les clients modifient directement dans la plateforme, comme vous le feriez sur le site d'une compagnie aérienne. Et même si vous passez d'une compagnie à une autre, vous n'avez pas besoin d'appeler Air France pour annuler, puis de réserver ailleurs. Vous allez à un seul endroit et vous modifiez. C'est pour ça qu'il faut être connecté directement à l'intérieur des compagnies aériennes.

Quelle place pour l'intelligence artificielle chez Perk ?

On l'utilise de manière très sélective depuis 2016, mais on l'a vraiment boosté à partir de 2022. On a deux principes : un certain critère de criticité et une validation humaine derrière. On évite les situations où l'IA décide sans qu'il y ait un deuxième système de contrôle. Il y a généralement toujours une validation.

Notre plateforme automatise désormais 67 % des tâches non essentielles les plus frustrantes : réservations de voyages, saisie des dépenses, gestion des factures, organisation d'événements. Notre laboratoire d'IA interne apprend en continu des voyages, reçus, factures et paiements réels et anonymisés de nos 10 000 entreprises clientes.

Comment acquérez-vous vos nouveaux clients ?

La réalité est beaucoup plus simple que nos discours marketing. Le cas le plus fréquent, c'est un directeur financier très en colère parce qu'il a regardé son budget, s'est rendu compte qu'il a dépensé beaucoup trop en voyages d'affaires et notes de frais, et ne sait pas où il a dépensé son argent. C'est là qu'on récupère la majorité de nos clients.

L'autre cas, moins fréquent, c'est des employés qui disent "Ce n'est pas possible, je perds un temps fou sur chacun de mes voyages" et demandent à leur office manager de trouver une solution. C'est moins sexy pour un communiqué de presse, mais la réalité, c'est que c'est comme ça qu'ils nous parlent : "Ce n'est plus possible de perdre autant de temps" ou "Je ne sais pas où va mon argent."

Êtes-vous plus une fintech qu'une travel tech aujourd'hui ?

Je ne me considérerais pas vraiment comme une fintech. La partie fintech proprement dite représente moins de 10 à 15 % de notre revenu. On est plus proche d'une plateforme logicielle comme Workday ou Salesforce. La majorité de notre revenu ne vient pas de flux financiers mais de l'abonnement logiciel et des commissions fournisseurs.

Quelle est la gouvernance de Perk ?

On a un vrai conseil d'administration. Notre fondateur Avi Meir s'occupe de la partie externe : investisseurs, vision long terme. Moi, je m'occupe de toute la boîte en interne, tout me reporte. On a fait ce changement il y a quelques années parce qu'à notre taille, on avait besoin de quelqu'un qui passe son temps dans le business et de quelqu'un qui passe son temps avec les investisseurs et le conseil d'administration.

Une cotation en bourse est-elle envisagée ?

Je ne sais pas. On n'a pas d'horizon pour le moment. On est juste concentrés à développer la boîte. On prend nos décisions en fonction de ce qui fait sens pour le client, pas en fonction de ce qui va faire plaisir aux investisseurs.

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