Tribune Ch. Drezet – De la décarbonation des déplacements professionnels en 2021

Christophe Drezet est associé du Cabinet EPSA. Dans cette tribune, il rappelle l'enjeu de la réduction de l'empreinte carbone du voyage d'affaires. Et propose une stratégie pour y parvenir.

Est-il encore besoin de le dire, le développement durable est devenu le sujet de préoccupation numéro un de notre société moderne. En France, la dernière loi en date est la loi Energie-Climat promulguée en 2019. Elle impose aux acteurs publics et aux entreprises de plus de 500 salariés d’établir tous les quatre ans un bilan de leurs émissions de gaz à effet de serre ainsi qu’un “plan de transition” pour réduire leurs émissions sur les scopes 1 et 2 (émissions directes et indirectes liées à la consommation d’énergie). Le scope 3, qui regroupe l’ensemble des autres émissions indirectes - parmi lesquelles celles générées par les déplacements professionnels - reste encore optionnel mais recommandé.

Focus sur le voyage d'affaires

Ainsi la décarbonation est devenue l’objectif prioritaire des entreprises. C’est aussi l’indicateur le plus connu et le plus aisément identifiable pour qui se lance dans le sujet. Dans ce cadre, une stratégie efficace de réduction des émissions carbone liées aux voyages d’affaires doit être anticipée selon un plan d’action en quatre étapes : Mesurer / Communiquer / Réduire / Compenser. On va voir quelles sont les actions à mettre en place à chacune de ces étapes. Nous verrons également comment les acteurs historiques du tourisme d’affaires et les nouveaux entrants se positionnent sur ce nouveau sujet ainsi que les outils et services qu’ils proposent.

La mesure des émissions carbones est clé dans l’établissement d’un reporting. En effet, pour pouvoir diminuer efficacement ses émissions de gaz à effet de serre, encore faut-il connaitre la quantité et l’origine desdites émissions.  Un travail minutieux de collecte des données et d’estimation réaliste devra être effectué sur l’existant. De nombreux acteurs généralistes et d’autres spécialisés dans le voyage d’affaires proposent d’accompagner les entreprises dans leur transformation durable. On peut notamment citer l’organisme de notation EcoVadis et le cabinet de conseil spécialisé en développements durables Ekodev.

Les services consulting de la plupart des TMC ont également développé cette expertise. Citons encore The Treep, start-up créée en 2016, qui vient de lancer sa plateforme MOI (Mobility Impact Observer) : outil SaaS de mesure d’impact environnemental dédié aux ETI et grands groupes. Une fois le référentiel établi, il s’agit de s’équiper d’un outil pour mesurer les émissions à venir au fur et à mesure et obtenir un reporting en temps réel des émissions. Bonne nouvelle, les TMC ont aujourd’hui largement intégré l’indicateur de consommation carbone dans leurs reportings.  

Une fois le reporting et l’outil de mesure en place, il s’agit de définir des objectifs de réduction réalistes et concrets qui seront répercutés à tous les niveaux de l’entreprise. Des organismes tels que la Science Based Target Initiative peuvent aider à la définition de ces objectifs. S’agissant d’une stratégie impactant l’ensemble de l’entreprise, il est primordial de s’assurer un sponsorship fort auprès de la direction. Un programme de réduction des émissions de carbone dans les voyages doit être communiqué de manière efficace et cohérente. Là encore, le travel manager pourra s’assurer du concours de sa TMC dans cette démarche.

Entre "voyager moins" et "voyager mieux"

Pour aborder la réduction effective des émissions carbones des déplacements, deux stratégies sont possibles : réduire le nombre de déplacements et/ou leur impact carbone ou bien miser sur les nouvelles technologies pour des transports et des logements plus « propres ». La première stratégie sera mise en œuvre au travers d’une politique voyage plus restrictive ou orientée carbone : privilégier le train plutôt que l’avion, passer des réunions physiques à la vidéoconférence, choisir les options de voyage en fonction des émissions et pas seulement du prix, réduire la classe de vol…

Les TMC se tournent résolument du côté des outils de visioconférence adaptant une fois de plus leur business model de « réservataires de voyages » à « facilitateur de rencontres ». Les hôtels, les transporteurs et en bout de ligne, les outils de réservation en ligne, affichent de plus en plus l’empreinte carbone du voyage envisagé, aidant ainsi le voyageur à faire un choix informé. Mais au-delà, ces acteurs du voyage misent sur la technologie pour décarboner leurs offres à long terme.  Les hôteliers construisent plus durable avec performances énergétiques optimales et panneaux solaires. Ils installent potagers et ruches sur leurs toits. Énergie électrique, hybride ou hydrogène, carburants alternatifs, nouvelles technologies telle la sustentation magnétique… les acteurs du transport développent des modes de propulsion plus propres. Citons Virgin Hyperloop, le premier test de train à lévitation magnétique, Cassio, l’avion hybride conçu par Voltaero ou encore Airbus qui s’est officiellement lancé dans la course à l’hydrogène et dans la conception d’une aile volante…

Cependant, la décarbonation technologique est un travail de longue haleine. En attendant, les acteurs du voyage d’affaires s’organisent pour proposer la compensation. Les annonces fleurissent ces derniers mois avec des initiatives variées de la part de hôteliers. On peut citer entre autres le programme de fidélité MeliáRewards permettant désormais l’échange des points contre des crédits carbone certifiés par l’ONU. L’industrie aérienne, sous pression des gouvernements qui multiplient les taxes compensatoires, n’est pas en reste. L’Aviation Carbon Exchange - premier marché centralisé en temps réel pour l’échange des compensations de carbone de l’aviation – vient d’être créé dans le cadre du programme mondial CORSIA. Les TMC se sont également positionnées sur le nouveau marché de la compensation. Ainsi Amex GBT propose à ses clients d’acheter des compensations carbones auprès d’organisations à but non lucratif.

On le voit, en 2021, la décarbonation a clairement investi le secteur des déplacements d’affaires.