Le secteur des voyages d'affaires britanniques connaît une transformation profonde, marquée par un recul significatif des déplacements vers l'Amérique du Nord et une préférence croissante pour les destinations européennes de proximité. C'est ce que révèle la neuvième édition du Global Business Travel Review, publiée par Advantage Travel Partnership en partenariat avec Travelogix.
Un recul spectaculaire vers les États-Unis
L'impact des tensions géopolitiques et des tarifs douaniers se fait clairement sentir : les réservations vers l'Amérique du Nord ont chuté de 25,67 % au premier semestre 2025. Cette baisse s'explique par la combinaison des tarifs douaniers, des frictions commerciales et de la hausse des coûts, poussant les entreprises britanniques à adopter une approche plus prudente.
Paradoxalement, si le nombre de voyageurs diminue, la dépense associée n'a baissé que de 7,03 %, avec une valeur moyenne des réservations en hausse de 25,08 %. Cette tendance suggère que seuls les cadres supérieurs ou les personnes impliquées dans des réunions stratégiques se déplacent encore outre-Atlantique, bénéficiant souvent de billets en classe affaires et d'options flexibles.
New York, qui occupait la deuxième position en 2024 en termes de volume de réservations, a glissé au quatrième rang en 2025. Los Angeles, présente dans le top 10 l'année dernière, a carrément chuté à la 22e position.
L'Europe et le Royaume-Uni en progression
À l'inverse, les voyages court-courrier, particulièrement au sein du Royaume-Uni et de l'Europe, affichent une croissance notable. Le nombre de routes UK-Europe dans le top 10 des destinations est passé de 5 à 7, témoignant d'un recentrage sur les voyages d'affaires régionaux.
Cette tendance reflète une évolution vers des voyages d'affaires plus courts et plus simples, avec une réduction de 9,3 % du délai moyen de réservation anticipée, passant de 40,42 à 36,66 jours.
Le rail peine à détrôner l'avion
Malgré des tarifs aériens significativement plus élevés que leurs alternatives ferroviaires, le transport aérien maintient sa préférence auprès des voyageurs d'affaires. Sur les routes où rail et avion sont viables (Amsterdam, Bruxelles, Paris), le rail ne représente que 42,74 % des réservations en 2025, en légère baisse par rapport à 43,61 % en 2024.
Pour les liaisons domestiques britanniques, la situation est préoccupante : les volumes totaux de réservations ont chuté de 15,25 % sur un an, avec une baisse de 16,3 % pour l'aérien et de 13,46 % pour le ferroviaire.
Une faille béante dans les réservations hôtelières
L'étude révèle un dysfonctionnement majeur dans les programmes de voyages d'entreprise : sur 456.121 réservations identifiées comme nécessitant un hébergement, seulement 69.993 étaient associées à une réservation d'hôtel, soit un taux d'attachement de 15,35 % seulement.
Cette situation représente une opportunité manquée de 254 millions de livres sterling et jusqu'à 25,4 millions de livres de commissions perdues pour les agences de voyages. Plus préoccupant encore, cette pratique contourne les politiques d'entreprise et les tarifs négociés, impactant le devoir de diligence et le bien-être des voyageurs.
Un secteur en croissance malgré les défis
Malgré ces bouleversements, l'industrie mondiale des voyages d'affaires poursuit sa croissance, passant de 1,46 milliard de dollars en 2024 à 1,57 milliard en 2025. Cette expansion témoigne de la résilience du secteur face aux défis géopolitiques et économiques actuels.
Comme le souligne Andrea Caulfield-Smith, directrice générale des voyages d'affaires mondiaux chez Advantage Travel Partnership : "Ces données reflètent les réalités d'aujourd'hui, pas des prédictions. La géopolitique a un effet notable, et les entreprises nord-américaines cherchent encore leur nouvelle normalité."
Cette transformation du paysage des voyages d'affaires britanniques illustre parfaitement comment les entreprises s'adaptent à un environnement géopolitique et économique en constante évolution, privilégiant la proximité géographique et la simplicité opérationnelle.