La société d'analyse aéronautique OAG révèlent dans son nouveau rapport un contexte tarifaire mondial divisé en 2025, avec une concurrence intense qui fait baisser les prix sur certaines des routes les plus empruntées au monde.
Les conclusions de l'étude publiée par OAG démontrent que le volume de passagers ne détermine plus à lui seul les prix des billets. Le nombre de compagnies concurrentes, les stratégies économiques régionales et les ajustements de capacité post-pandémie sont désormais les facteurs déterminants qui façonnent les structures tarifaires. La route aérienne la plus fréquentée au monde, Jeju-Séoul Gimpo, illustre parfaitement comment la concurrence érode le pouvoir de fixation des prix. Malgré un volume de 14,4 millions de sièges annuels, le tarif aller simple moyen le plus bas sur cette liaison a chuté de 11% pour atteindre 44 dollars en 2025. Sept transporteurs (Korean Air, Asiana Airlines, Jeju Air, Jin Air, T'way Air, Eastar Jet et Air Seoul) se battent les parts de marché sur ce trajet ultra-court de moins de 500 kilomètres, laissant peu de place à la hausse tarifaire.
Sur le marché vietnamien, la route Hanoï-Hô Chi Minh-Ville a vu ses tarifs baisser de 11% également, pour atteindre 67 dollars, plusieurs transporteurs se disputant les passagers sur cette ligne qui figure parmi les plus fréquentées d'Asie du Sud-Est. La pression concurrentielle s'étend également aux routes transfrontalières : Hong Kong-Taipei, la route internationale la plus fréquentée au monde avec 6,8 millions de sièges, a connu une baisse tarifaire de 6% pour s'établir à 115 dollars. Pendant ce temps, Kuala Lumpur-Singapour affiche le tarif moyen le plus bas parmi les dix premières routes internationales à seulement 62 dollars, résultat de la rivalité entre Malaysia Airlines, Singapore Airlines et plusieurs compagnies low-cost sur ce corridor très emprunté.
Les routes du Moyen-Orient résistent à la tendance baissière
Certaines régions résistent néanmoins à cette tendance baissière. La route Djeddah-Riyad démontre comment la croissance des capacités, combinée à une bonne stratégie économique peut soutenir des tarifs plus élevés. La route, qui occupe la cinquième place mondiale avec 9,8 millions de sièges, a vu ses tarifs moyens bondir de 27% pour atteindre 95 dollars en 2025. Cette augmentation de prix coïncide avec une expansion de capacité de 13%, faisant de Djeddah-Riyad la route à la croissance la plus rapide du top dix mondial. La route dépasse également de 22% ses niveaux pré-pandémiques de 2019, reflétant les investissements massifs de l'Arabie saoudite dans les infrastructures aéronautiques dans le cadre de sa stratégie de diversification économique, indique le rapport.
La concurrence internationale intensifie la pression
En parallèle, plusieurs lignes internationales majeures ont connu des baisses tarifaires à deux chiffres alors que les transporteurs ajoutaient des capacités et que les opérateurs low-cost élargissaient leur présence. La route Le Caire-Djeddah, deuxième route internationale la plus fréquentée avec 5,8 millions de sièges, a vu ses tarifs chuter de 12% pour s'établir à 145 dollars malgré une croissance de capacité de 5% en glissement annuel. Les compagnies low-cost contrôlent désormais 43% des sièges disponibles sur cette ligne, ce qui n'était pas le cas en 2019, modifiant profondément la dynamique concurrentielle. La Séoul-Osaka Kansai a quant à elle connu la baisse internationale la plus prononcée, avec des tarifs qui se sont effondrés de 16% alors que 9 transporteurs se disputaient le trafic passagers entre la Corée du Sud et la deuxième plus grande métropole du Japon.
Les États-Unis toujours en retard sur le trafic domestique
Aux Etats-Unis, les routes domestiques peintent à retrouver les niveaux de capacité pré-pandémiques, malgré une reprise qualifiée de "modeste". New York JFK-Los Angeles, la route américaine la plus fréquentée avec 3,4 millions de sièges, a progressé de 9% mais reste 20% en-dessous des niveaux de 2019. New York La Guardia-Chicago O'Hare a vu sa capacité augmenter de 7% mais opère toujours 13% de moins qu'en 2019. Selon OAG, le plus frappant est la route Honolulu-Kahului, qui a chuté de la première à la septième place du classement américain après avoir perdu 10% de sa capacité en glissement annuel.
Les routes premium tiennent bon
Mais toutes les routes internationales n'ont pas connu de pression à la baisse... La ligne New York JFK-Londres Heathrow, affichant le tarif moyen le plus élevé parmi les routes internationales principales à 585 dollars, a enregistré une hausse de 2%. La route bénéficie d'une forte demande corporate, de contraintes de créneaux dans les deux aéroports et de l'absence de concurrence ultra low-cost sur ce service transatlantique, permettant aux compagnies de maintenir une tarification premium.
L'analyse d'OAG souligne un changement fondamental dans l'économie des compagnies aériennes : la capacité seule ne détermine plus le pouvoir de fixation des prix. Les routes dominées par plusieurs transporteurs, particulièrement là où les opérateurs low-cost détiennent des parts de marché significatives, font face à une pression tarifaire à la baisse, indépendamment des volumes de passagers. À l'inverse, les routes alignées sur les priorités économiques nationales ou bénéficiant d'une concurrence limitée peuvent soutenir des augmentations de prix même lorsque la capacité augmente.