« Il faut imposer un prix plancher de 350 € A/R pour les vols domestiques »

L'UNCAF, qui réunit une trentaine de compagnies aériennes françaises, formule une proposition radicale pour transformer le marché aérien et le conformer aux exigences environnementales. Guillaume Collinot, en charge du groupe de travail sur la transition écologique, répond à nos questions.

L'Union nationale des compagnies aériennes françaises (UNCAF) souhaite l'établissement d'un prix plancher pour les vols aériens. Pouvez-vous détailler cette proposition ?

Guillaume Collinot : Elle est assez simple dans son principe : le gouvernement doit mettre un terme aux pratiques du "monde d'avant" où des billets d'avion sont vendu 30 €, ce qui ne couvre même pas les taxes d'aéroports. Dans ce cas, se pose en outre la légalité d'une vente à perte. Pour cela, il n'y a qu'une solution : que soient fixés des prix planchers par billet. La France dispose du cadre juridique pour la mise en place d'une telle mesure. Nous proposons des prix planchers correspondant environ aux tarifs médians des compagnies non low cost, en l'occurrence : 350 € TTC aller/retour pour les vols nationaux; 450 pour les vols en provenance ou à destination de l’Europe; 550 pour les vols hors Europe.

Quel en est l'objectif ?

Il est avant tout de nature environnementale. On ne peut pas se contenter de vœux pieux sur les avions qui voleraient à l'essence de pissenlit, ni sur ceux, à hydrogène, qui verraient le jour en 2050. Même si c'est effectivement le cas, ce n'est que dans 30 ans. Et même si c'était avant, les compagnies sont tellement exsangues qu'on les voit mal investir dans les moteurs adaptés... Or, il y a urgence à diminuer l'empreinte carbone. L’impact des prix planchers sur la diminution des vols serait immédiate, et l’impact environnemental également immédiat, évitant ainsi de fabriquer des impôts et des taxes pour compenser…

Vous êtes, par ailleurs, DG de Twin Jet, vous n'êtes donc pas insensible au sort des compagnies aériennes. Comment leur développement peut-il être conciliable avec la mesure que vous proposez ?

L’avènement des low cost sur le marché français a eu pour conséquence une explosion du trafic aérien national et intra européen, sur fond de distorsion de concurrence de par le positionnement des sièges sociaux de ces acteurs du low cost dans les pays à fiscalité "complaisante" et incitant certains à parfois bafouer le droit social Français. Les compagnies "normales", notamment françaises, ne peuvent pas se battre avec les mêmes armes. Ce tarif plancher ferait cesser en grande partie ce sustème à deux vitesses. Ce serait bénéfique, à terme, pour les compagnies non low cost. Le contribuable aussi y gagnerait : l'Etat n'aurait plus à renflouer des compagnies qui, soumises à un tel système, perdent des milliards.

Mais si l'Etat ne compense plus les pertes des compagnies aériennes, cela se traduit par la fermeture de lignes utiles au développement des territoires...

Il faut avoir une vision rationnelle de la question. On sait effectivement que certaines lignes sont déficitaires mais qu'elles doivent exister car elles sont un vecteur de développement pour des régions difficiles d'accès - Le Puy-en-Velay, Rodez... L'Etat l'accepte et finance le déficit d'une douzaine de lignes domestiques. Que l'Etat continue à financer ces lignes nécessaires, qu'il arrête pour celles que le train peut remplacer et qu'il interdise les lignes déficitaires non compensées. Cela se traduira par des économies budgétaires et par une diminution des vols et donc de la pollution.

Vous êtes bien conscients qu'avec une telle proposition, on va vous traiter de fous ?

"Fous", je ne sais pas mais il est évident que certains vont trouver l’idée peu séduisante car cela impactera la démocratisation de l’avion; que les aéroports vont hurler en expliquant que leurs modèles de développement reposent sur le nombre d'avions et de passagers se posant sur leurs espaces, mais qu’ils ont des tracteurs électriques pour compenser; que les acteurs du tourisme low ocst argumenteront leur opposition en supposés milliards d’euros de perte (que personne ne pourra jamais vérifier). Mais je pose une question simple : qui, aujourd'hui, en dehors de certaines compagnies low cost, gagne de l'argent dans le transport aérien ? Alors, qui est fou ?