L’édito de Dominique Gobert : Ben Smith, génial patron… ou charmeur de serpents ?

Plutôt discret, Uncle Ben, depuis son arrivée à la tête d’Air France et pourtant… Malgré des résultats peu brillants, mais c’était avant le Covid, l’homme semble avoir amadoué syndicats et « résistants », établit l’ordre dans la stratégie de la compagnie…

C’était il y a tout juste deux ans, en août 2018. Jean-Marc Janaillac, son prédécesseur, tel de Gaulle en d’autres temps, avait remis son mandat en jeu face à la mauvaise fois des syndicats du groupe Air France. Désavoué, il avait démissionné, laissant la place à ce Canadien, jeune, lequel avait plutôt bien réussi à redresser Air Canada.

Discret, fuyant comme la peste les médias, sous prétexte qu’il ne s’exprime pas très bien en français (alors qu’il le maitrise parfaitement), il semble bien avoir réussi à charmer – ou du moins rétablir – un dialogue constructif avec les syndicats d’Air France, particulièrement avec le redoutable SNPL, lequel parait avoir abandonné ses velléités de diriger la compagnie.

Ca, c’était juste avant la crise sanitaire, alors que Ben se préparait à entamer sa stratégie de « remise à flots » de la compagnie. Remise à plat des différentes « compagnies » du groupe, harmonisation enfin entre Airlinair, Brit Air et Régional Hop, la filiale intérieure Air France, avec déjà cette idée de la faire…. Disparaitre en douceur.

Sans oublier cette grosse épine dans le pied social de la compagnie que représentait Transavia, appelée dans l’esprit de Ben à devenir la « low cost » d’Air France !

Et même si tout cela paraissait aller dans le bon sens, les résultats financiers étaient encore loin d’être au rendez-vous, avec, si je ne m’abuse quelque 1,3 milliards de perte d’exploitation au 1er semestre 2020.

Faut pas se faire d’illusions, le 2eme semestre de 2020 ne sera pas mieux, et pour cause !

Comme toutes les compagnies aériennes mondiales, Air France prend la crise plein le masque.

Peut-être, pour Uncle Ben, une formidable occasion de passer à la suite de son plan, muri depuis longtemps : abandonner toutes les lignes intérieures qui coutent un argent fou à la compagnie, développer un véritable réseau court et moyen-courrier à bas coûts, grâce à Transavia et surtout, comme le disent pudiquement de nombreuses compagnies « rationaliser » la masse salariale.

Et comme l’homme est aussi un « charmeur » (de serpents, peut-être), il réussi à séduire nos dirigeants et obtient « un prêt » de quelque 7 milliards d’euros !

On remarquera, au passage, que malgré ces milliards « d’aide », la poursuite de la « rationalisation » de la masse salariale se poursuit, sans que les syndicats y trouvent à redire…. Charmeur, va !

Et comme Ben est un optimiste, le remboursement de ces milliards n’est pas un vrai problème, comme il le disait très récemment à nos confrères de France Info, je cite : « Ce n’est pas le sujet aujourd’hui, le but de ce prêt pour l’instant est d’assurer la pérennité d’Air France, traverser cette crise avec une réserve de liquidités « . 

Pour la suite, on verra plus tard, en attendant, non pas Godot, mais la fin de la crise…

Et comme Ben est un optimiste, tout va bien, d’autant qu’il aura aussi réussi à mettre sur la touche la quasi-totalité de l’ancienne direction, préférant s’entourer de vieux copains venus eux aussi, du Grand Nord.

Et ce n’est pas du pipeau de charmeur de serpents !