Les tarifs de l’aérien vont forcément augmenter

Les tarifs de l'aérien vont forcément augmenter

La guerre en Ukraine raréfie les sources d'approvisionnement en pétrole, le baril de Brent s'envole et, pour de nombreux experts, les compagnies aériennes n'auront d'autre choix que d'appliquer des surcharges. Quand ce n'est déjà fait...

114,46 $. C'est le prix, ce mardi 22 mars, du baril de Brent. Certes, il a atteint les 130 $ le 8 mars, mais il n'était qu'à 70 $ fin novembre 2021. Les niveaux sont très hauts et la tendance, pas vraiment baissière. Guerre en Ukraine et inflation obligent.

Or, d'après Jean-Louis Baroux, le carburant représente pour une compagnie classique, de 15 à 30% du prix d'un billet en fonction du prix du pétrole. Pour les lowcosts, leurs autres coûts (salaires des personnels notamment) étant moindres, l'étiage se situe davantage entre 30 et 40%, d'après Didier Bréchemier, du cabinet Roland Berger.

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Dès lors, comment imaginer que tout ou partie de cette surcharge ne soit pas répercutée sur le prix du billet ? Ce serait une évidence si le carburant utilisé par un vol effectué ce jour avait été acheté au prix de ce même jour.

Deux pratiques tempèrent la volatilité des cours du Brent

La sécurisation : les compagnies paient des assurances leur sécurisant un prix du baril contractuellement déterminé. On est un peu au casino : si le prix assuré est de 80 $ et que le baril tombe à 40, on perd. S'il s'envole à 120 $, à défaut que ce soit jackpot, on ne regrette pas l'investissement consenti auprès de l'assureur.

La couverture, elle, est un simple jeu de spéculation, explique Jean-Pierre Sauvage (président du Board of Airlines Representatives) : "On achète du pétrole quand le cours semble bas" ou, du moins, moins haut que ce que les perspectives laissent présager. Pour cela, comme pour la sécurisation, il faut accepter un certain niveau d'incertitude mais aussi disposer de cash ! Pas évident après deux ans de pandémie. Bonheur et félicité à celles qui se sont le moins mal sorties de la crise sanitaire, les lowcosts, notamment. A titre d'exemple, comme l'explique Thierry Bréchemier : "(Easyjet) a acquis 80% de son carburant à l’avance à un cours d’environ 65 dollars le baril".

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Cependant, les réserves éventuellement achetées à un cours favorable s'épuisent et les contrats d'assurance ne durent qu'un temps et s'ils sont renouvelés, leur montant s'adapte évidemment à la donne. Pour tous les experts interrogés, une surcharge va immanquablement s'appliquer : le prix du billet d'avion va forcément augmenter.

Quoique le mode futur n'est pas le plus approprié : d'après Jean-Pierre Sauvage, "c'est déjà fait, pour certaines compagnies, depuis une quinzaine de jours". Reste qu'il faut trouver un point d'équilibre entre la répercussion sur le prix du billet et ce à quoi est prêt à répondre le marché. On entre ici dans la politique commerciale, propre, par nature, à chaque compagnie.

La classe business épargnée

"C'est avant tout, je pense, la classe éco qui va payer", estime Jean-Louis Baroux, président d'APG World Connect. La business class serait donc relativement épargnée pour deux raisons. Les tarifs, dans ces classes avant, ont, d'après le même, atteint une forme de plafond. Autre argument, plus mécanique : les taxes (comprenant les surcharges) pèsent un quart ou un tiers du prix du billet business. En éco, c'est davantage les deux tiers, voire les trois quarts.

A la conjoncture géopolitique s'ajoutent des éléments structurels déjà connus : la conversion écologique "qui va nécessiter de très lourds investissements", d'après Jean-Louis Baroux. Le Green deal européen, mais aussi son anticipation par la France avec la redevance incitative sur le SAF (sustainable air fuel) qui s'applique dès cette année. A ce titre, depuis le 10 janvier, le prix du billet d'Air France-KLM est majoré de 1 à 4 € en cabine Economy; de 3 à 6 € en Premium; de 1,50 à 12 € en cabine Business; et de 12 à 24 € en First, selon la distance. 

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Toutes les conditions sont réunies : le prix du billet d'avion va bien augmenter, de façon différenciée selon les compagnies. Reste à savoir dans quelles proportions et pour combien de temps.