L’été 2020 promet d’être chaud

Jean-Louis Baroux, expert aéronautique et chroniqueur régulier pour Deplacementspros.com nous livre sa vision d’un prochain et probable été meurtrier. En cause, le paysage concurrentiel et les autorités française qui négligent le pavillon Français. 

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L’été 2020 promet d’être chaud pour le transport aérien français. Celui-ci perd régulièrement des parts de marché, eh bien gageons que la dégringolade va continuer sous l’effet des coups de boutoir des compétiteurs étrangers et d’abord des « low costs ».

Ryanair tout d’abord

Le transporteur irlandais a annoncé l’ouverture de pas moins de 35 nouvelles lignes au départ de la France. Voilà qui va faire un certain bruit et qui va donner encore un peu d’optimiste aux plateformes de province. Il sera difficile au pavillon français de ne pas se faire un peu plus grignoter. La puissance de Ryanair n’est plus à démontrer : 471 appareils, 142 millions de passagers en 2019, un chiffre d’affaires de 7,69 milliards d’euros et un profit net de 885 millions d’euros. Certes le résultat est en nette baisse par rapport à celui de 2018 qui s’est monté à 1,45 milliard d’euros, mais il ferait encore beaucoup d’envieux.

Bref, la compagnie a les moyens de ses ambitions. Il serait d’ailleurs surprenant qu’elle ne profite pas de l’attribution des « slots » laissés vacants à Orly par la disparition d’Aigle Azur, pour ne pas se porter candidate. Et elle aurait toutes ses chances en tant que nouvel entrant.

Les incertitudes sur le Brexit, les conflits sociaux latents, les restrictions des régions à supporter les dessertes obligeront Ryanair à repenser de fond en comble sa stratégie. Elle sera inéluctablement attirée par le marché français, tout comme elle l’a été par la manne italienne. Plus le pavillon national est faible et plus cela attire les prédateurs. Elle sera certainement freinée également par les difficultés rencontrées par l’appareil du futur qu’elle avait choisi, le Boeing 737 MAX. Elle en a commandé 134, excusez du peu, et on ne voit pas quand cette machine pourra être remise en service.

Et puis Norwegian

Ryanair va se concentrer sur le court-moyen-courrier et Norwegian va, elle, porter son attaque sur le long-courrier. Elle aussi doit faire face à de graves incertitudes sur le B 737 MAX dont elle a commandé 92 exemplaires. Mais elle pourra utiliser les Dreamliners dont elle en détient 31 en opération et 5 en commande, et aussi les 30 Airbus 321 Neo qu’elle pourra utiliser sur le transatlantique. Certes Norwegian n’est pas en bonne santé. Sa croissance a été trop rapide et pas assez maîtrisée. Les résultats des deux derniers exercices sont peu encourageants : une perte de 250 millions d’euros en 2017 et de 242 millions en 2018. Et puis le Brexit risque d’avoir des incidences très fâcheuses pour le transporteur norvégien qui a beaucoup misé sur le marché britannique.

Voilà pourquoi la compagnie cherche de nouveaux marchés afin de soutenir les énormes commandes qu’elle a passées. Et naturellement, elle se tourne vers la France et Roissy en particulier où elle va se heurter de plein fouet à Air France. Norwegian a annoncé 36 vols hebdomadaires entre CDG et les USA dont 16 vers Los Angeles et 9 vers New-York, le reste entre Boston en Denver. L’offre est significative et peut amener notre compagnie nationale à baisser encore ses tarifs, Norwegian annonce en effet des transatlantiques à partir 139,9 € en aller simple. Ces prix ne sont simplement pas raisonnables, mais pourquoi les clients les refuseraient-ils ? Les bêtes blessées sont les plus dangereuses, et on aurait tort de minimiser l’impact de cette offre sur l’économie du pavillon français.

L’Allemagne vient de décider le lancement d’un dispositif pour interdire le « dumping » sur les billets d’avion. Voilà qui est sage. Et pendant ce temps-là, que fait le gouvernement français ? Il lance une nouvelle taxe « éco-contribution » qui s’appliquera à tous les vols au départ de France sauf aux dessertes de service public. Son montant n’est pas anodin : de 1,5 € en éco à 9 € en business pour les moyen-courriers jusqu’à 9 € en éco et 18 € en business pour les long-courriers. Et plus fort, cette taxe sera destinée à soutenir les transports concurrents de l’avion !

Au fond le gouvernement français se fiche de son transport aérien. Il ne pourra pas se plaindre de son inévitable déclin s’il ne se décide pas à le soutenir au moins au niveau des autres pays européens.