M. Rochet (Dubreuil Aéro) : « Si j’avais 30 ans de moins, je monterais une compagnie startup »

marc rochet

Avec une baisse de "seulement" 40 % de son trafic en 2020, Air Caraïbes s'en sort plutôt bien par rapport à la concurrence. C'est peut-être ce qui donne cet allant entrepreneurial à Marc Rochet...

Marc Rochet, président de du groupe Dubreuil Aéro ne pratique généralement pas la langue de bois. Il était présent, la semaine dernière, lors du séjour de l'Association des journalistes du Tourisme (AJT) réunie en République dominicaine, alors qu'Air Caraïbes (l'une des compagnies, avec French Bee, propriété de Dubreuil Aéro) a repris cette liaison au départ d'Orly, délaissée par Air France.

Concernant l'entrée au capital de son groupe, à hauteur de 30 %, de la CMA-CGM, l'un des leaders mondiaux du fret maritime, il a admis que cette annonce, au mois de septembre dernier, avait été faite de façon prématurée : "Les fiançailles ne se transformeront peut-être pas en épousailles", sans entrer dans les détails de la scène de ménage - si ce n'est une étude de ce rapprochement par l'Autorité de la Concurrence, mais qui n'est pas en soi un motif de divorce. Le cas échéant, un autre partenaire pourrait-il être sollicité pour compenser la perte de la dot ? "Pas forcément". Le PDG a fait valoir, un peu paradoxalement, que Dubreuil Aéro avait les reins assez solides pour s'en sortir seul.

De façon plus informelle, il a évoqué "l'un des secrets les mieux gardés des compagnies" : le prix des avions. Ce secret, il ne l'a pas révélé totalement mais il a permis d'en savoir un plus sur les processus de négociation entre transporteurs et constructeurs : "Quand il s'agit d'un A350, on parle d'un montant supérieur à 100 M$... Et ça, c'est sans les moteurs ! Il faut en plus choisir parmi les trois constructeurs de moteurs qui équipent cet appareil. Et le prix total de l'avion équipé peut avoisiner les 350 M$".

S'engagent des négociations très serrées sur la variation du prix entre le moment de la commande et la livraison - de 2 à 5 années, environ - en fonction de l'évolution du prix des matières premières ou de la main d'œuvre, l'escalation process : "Et je peux vous dire que, vu les montants, on peut passer plusieurs jours et plusieurs nuits sur les quatre chiffres derrière la virgule". Les garanties sur les coûts d'exploitation et la maintenance sont également des éléments clés de ces discussions.

On est ici dans le cas de l'achat d'un avion neuf. L'appareil peut être de deuxième main... "Un A330 coûte environ 100 M$ neuf. Et environ 50 M$ au bout de 10 ans d'exploitation. Ca, c'est en temps normal. Avec la crise, on peut en acquérir d'occasion pour 10 M$. Si on ajoute à cela qu'avec les licenciements conséquences de la crise, il y a beaucoup de personnels aériens - notamment des pilotes - sur le marché... C'est le bon moment pour créer une compagnie startup avec des coûts beaucoup plus bas. Si j'avais 30 ans de moins, c'est ce que je ferais !"