Le salon d'été de la Malaysian Association of Tour and Travel Agents (MATTA) s'est tenu à Kuala Lumpur la semaine dernière. Cet événement biannuel constitue l'équivalent malaysien d'une IFTM qui serait aussi BtoC, où Malaysia Airlines joue à domicile et ne lésine pas sur les moyens. Le stand de la compagnie a battu tous les records pour cette édition avec une surface de 4.300 m². Pour donner un ordre d'idée, si l'on cumulait les stands d'Air France, de la SNCF et d'Amadeus lors du salon français, l'ensemble ressemblerait, en comparaison, à celui d’une startup spécialisée dans les goodies. Une autre façon de le dire : davantage que la surface totale du Carré Business de la Porte de Versailles… sur deux étages, tout de même.
Selon les déclarations recueillies à l’occasion d’une entrevue avec son CEO Bryan Foong, Malaysia Airlines ambitionne de figurer parmi les dix meilleures compagnies aériennes mondiales au classement Skytrax d'ici 2030. L’ambition confirmait celle affichée précédemment lors d’une conférence de presse réunissant plusieurs membres du board du Malaysia Aviation Group (MAG, qui comprend en outre les compagnies Firefly et Amal). Dixième du classement, alors que Malaysia Airlines occupe actuellement la 27ème position. Un challenge, donc, qui s'appuie sur un plan stratégique à long terme baptisé LTBP 3.0. “3.0” car après une phase de restructuration et de stabilisation entamée en 2017, la compagnie entame celle, quinquennale, d’une “expansion maîtrisée”.
C’est une santé financière renforcée qui constitue le socle de ces ambitions. En 2025, le MAG a en effet enregistré un bénéfice net après intérêts et impôts de 137 M$ (environ 126 M€), soit plus du double des 54 M$ (50 M€) réalisés en 2024. Cette performance marque la quatrième année consécutive de bénéfice opérationnel du groupe et témoigne, selon Nasaruddin A. Bakar, président et directeur général du MAG, d'une exécution rigoureuse de sa stratégie, qui s'appuie sur une équipe de 14.000 collaborateurs qui a acheminé environ 18,6 millions de passagers en 2025.
Trois nouvelles destinations
La stratégie d'expansion du réseau constitue un pilier central du plan LTBP 3.0. À partir de juillet 2026, Malaysia Airlines lancera trois nouvelles routes stratégiques vers l'Asie, avec Fukuoka au Japon, ainsi que Changsha et Shenzhen en Chine. Ces destinations porteront à neuf le nombre de villes chinoises desservies et à trois les destinations japonaises. Les marchés asiatiques affichent des performances présentées comme remarquables, avec un taux de remplissage moyen de 80% sur les routes chinoises au premier trimestre 2026 et d'environ 90% vers le Japon sur la même période.
Dernesish Aresandiran, directeur commercial du pôle aérien du MAG, précise que "ces expansions constituent des mouvements stratégiques importants qui renforcent notre réseau et positionnent la Malaisie comme une porte d'entrée clé vers l'Asie". Il ajoute que "ce que nous faisons avec ces trois routes, c'est construire un trafic point à point solide pour développer KLIA (Kuala Lumpur International Airport, ndr) en tant que hub".
Modernisation de la flotte
Le renouvellement de la flotte représente un investissement majeur pour accompagner la croissance. Malaysia Airlines a déjà réceptionné quatorze Boeing 737-8 et dix Airbus A330neo, avec un appareil supplémentaire attendu prochainement. La première phase de modernisation s'achèvera en 2028 avec un total de vingt-cinq Boeing 737-8 et vingt A330neo. À plus long terme, le transporteur vise une flotte principale de 160 appareils d'ici 2035, contre une centaine actuellement, permettant de desservir un réseau de 106 destinations.
Bryan Foong, directeur général du pôle aérien du MAG, indique que "l'A330neo a constitué un véritable changement de paradigme pour nous, nous permettant désormais d'offrir le meilleur service de sa catégorie à nos clients". La flotte comprendra notamment douze Boeing 737-10 équipés de sièges business avec couchette à plat.
Premiumisation
Malaysia Airlines opère un pivot stratégique vers le segment premium après avoir été positionnée comme transporteur de correspondance abordable. Bryan Foong explique cette transformation en déclarant : "il y a eu une période où nous avions sous-investi dans notre produit et où nous cherchions à être un transporteur de correspondance légèrement plus abordable via Kuala Lumpur. Et puis il y a eu le COVID qui a fondamentalement transformé le marché. Nous avons alors décidé de pivoter fermement vers le segment premium".
A ce titre, le dirigeant précise : "au cours des deux dernières années, nous avons mis en œuvre près de 140 initiatives à travers 12 points de contact de l'expérience client, de l'aéroport aux salons, en passant par la restauration en vol, le divertissement et la connectivité". Ces efforts ciblent notamment le voyage d’affaires.
Kuala Lumpur comme hub
Avant le COVID-19, environ 40% à 45% des revenus de la compagnie provenaient du trafic domestique, proportion tombée aujourd'hui à 20%. Le trafic international en correspondance représente désormais 80% de l'activité. Sur le marché européen, où la compagnie a repris ses vols vers Paris il y a un an, le transporteur lance des vols supplémentaires vers Londres dans les prochaines semaines. Bryan Foong souligne "nous sommes le seul vol direct entre Paris et Kuala Lumpur. C'est un avantage fondamental, et nous voulons capitaliser dessus". Il reconnaît toutefois : "nous ne sommes pas très connus à Paris, pas autant qu'Air France, évidemment. Nous devons donc construire cette dynamique".
Le développement de KLIA comme hub de correspondance constitue un axe stratégique majeur face aux géants régionaux que sont Singapour Changi et Bangkok. L'aéroport malaisien est déjà classé sixième meilleur hub de connexion mondial, position largement portée par les compagnies low cost. Bryan Foong explique que "le paysage aérien en Asie du Sud-Est est dominé par les compagnies à bas coût. C'est un espace très concurrentiel dans lequel nous ne pouvons pas évoluer. C'est pourquoi nous devons nous élever vers le segment premium". Il ajoute que "l'avantage, c'est que nous avons de la marge pour grandir. En termes d'infrastructure et de disponibilité foncière, KLIA a un potentiel énorme".
Bryan Foong conclut en réaffirmant l'ambition du top 10 des compagnies aériennes mondiales d'ici 2030 : "cela signifie être dans la même ligue que Singapore Airlines". Parallèlement, c'est le doublement du nombre de passagers transportés sur la même période qui est affiché comme objectif, pour atteindre environ 25 millions de voyageurs par an.