Tribune JL Baroux – L’aérien ne vole pas, il marche sur la tête

Jean-Louis Baroux est un acteur reconnu du monde des compagnies aériennes, créateur du World Air Transport Forum et de l’APG World Connect. Il liste dans cette tribune les incohérences récemment constatées dans le domaine de l'aérien, comme si aucune leçon n'avait tirée de la crise sanitaire.

On se demande parfois si le bon sens est partagé par tous. Dès que l’on touche le transport aérien il semble que l’émotion prenne le pas sur la rationalité. Les exemples sont nombreux hélas et on ne voit pas ce qui pourrait faire revenir ce secteur d’activité à une gestion tout simplement normale. Voici quelques exemples qui, hélas, ne sont pas les seuls.

La course au volume est relancée

On aurait pu penser que c’en était fini des tarifs si bas qu’ils sont incapables de payer les prix de revient. C’est ainsi que les promotions pleuvent. Vueling pour ne parler que de cette compagnie du groupe IAG s’est lancée dans une offensive qui n’a pour but que d’augmenter le volume de passagers avec des promotions au-dessous de 10 € le trajet, en totale contradiction avec l'enjeu écologique. On nous serinait que c’en était fini des possibilités d’aller déjeuner à Rome ou de passer le week-end à New York. Alors comment expliquer que la DGCCRF (Direction Générale de la Concurrence de la Consommation et de la Répression des Fraudes), ne se saisisse pas du sujet ? On peut comprendre que les transporteurs concurrents aient quelques réticences à porter plainte car tous ont plus ou moins les mêmes pratiques. Mais l’Administration pourrait tout de même s’auto-saisir !

L’attribution des « slots » AF à Orly

Le Cohor (Association pour la coordination des horaires) vient de distribuer les créneaux d’atterrissage et de décollage qu’Air France à été dans l’obligation d’abandonner sous la pression de Bruxelles afin de recevoir la considérable aide de l’Etat.
Et curieusement ces 9 allers-retours quotidiens ont été attribués en intégralité à Vueling, laquelle justement mène une politique contraire aux impératifs écologiques. Alors on peut se poser la question : à quoi cela sert-il de déshabiller la compagnie nationale soutenue par nos impôts pour nourrir un concurrent qui appartient au groupe IAG ? On voudrait continuer à affaiblir Air France et ainsi rendre nécessaire la poursuite des aides étatiques qu’on ne s’y prendrait pas autrement.

Le cas du Bordeaux-Orly

Parmi les contraintes imposées à Air France, il y a l’abandon du Bordeaux-Paris au motif que le train met moins de 2h30 pour assurer le trajet. Sauf que le train arrive en gare de Palaiseau et que les passagers devront bien prendre un taxi pour rejoindre Orly, le tout dans des conditions de confort pour le moins aléatoires. Et ce n’est pas tout : dans le même temps, on autorise Ryanair à se renforcer sur l’axe Bordeaux-Beauvais, comme si la pollution engendrée était inférieure à celle de Bordeaux-Orly alors que c’est le contraire. Autrement dit, Air France subit la double peine : non seulement la compagnie se voit sortir d’une ligne somme toute intéressante économiquement, mais elle doit laisser la place à deux concurrents redoutables dont l’écologie est bien le dernier de leurs soucis.

Le rapatriement des malades du Covid

Neuf malades du Covid en réanimation, ont été rapatriés de Papeete à Paris pour un montant de 700.000 €. Je ne discute pas le prix, il correspond sans doute aux énormes charges nécessaires pour assurer la prestation. Ces malades étaient d’ailleurs accompagnés par une trentaine de soignants. Tout cela paraît justifié. Sauf que dans le même temps, les populations d’Outre-Mer rechignent à se faire vacciner, alors que cela ne leur coûte rien. Pour autant que l’on sache, les élus de la Guyane, par exemple, refusent de recommander la vaccination à leur population.
Combien de vols spéciaux faudra-t-il réaliser pour sauver des populations qui refusent de se protéger ? Le budget qu’il faut bien allouer à ces prestations serait sans doute mieux utilisé à augmenter le budget de la Santé dont on dit qu’il en a bien besoin.

Le cas d’Alitalia

Il est toujours intéressant de suivre la situation italienne et celle d’Alitalia en particulier. Après plusieurs faillites et de nombreux artifices pour assurer son redressement, le transporteur va définitivement mettre la clef sous la porte. Tout cela est très triste. Les autorités gouvernementales tout comme les syndicats se sont acharnés à tuer leur outil de travail. Ils y sont arrivés. Mais l’affaire n’est pas finie pour autant. Le Gouvernement cherche à revendre la marque Alitalia à la nouvelle compagnie ITA pour 300 millions d’euros. On peut toujours rêver. Mais Bruxelles lui a envoyé l’injonction de rembourser les 900 millions d’euros de prêts que l’Etat avait consenti au transporteur pour éviter une faillite pourtant inéluctable. Petite question : qui va recevoir les 900 millions si
toutefois ils sont un jour payés ? Cela fera peut-être les affaires de l’administrateur judiciaire.