Tribune JL Baroux – L’aérien vers un nouvel équilibre économique

Jean-Louis Baroux est un acteur reconnu du monde des compagnies aériennes, créateur du World Air Transport Forum et de l’APG World Connect.

Depuis 1975 ou plus précisément 1978, l’année du « deregulation act » signé par Jimmy Carter qui libéralisait les droits de trafic et les tarifs aux Etats-Unis, le transport aérien a vécu sur un seul modèle : la croissance. Celle-ci était soutenue par une formidable avancée dans la construction aéronautique avec, entre autres l’arrivée des très gros porteurs, et par une nouvelle manière de multiplier les destinations en créant le concept de « hub ». Rajoutez à cela l’arrivée massive des « low costs » sur le segment court/moyen-courrier et vous avez toutes les composantes pour soutenir la croissance de ce secteur d’activité.

Grande consommation

Et les résultats ont été proprement incroyables. En 1975, les compagnies aériennes ont transporté 500 millions de passagers et en 2019 plus de 4,5 milliards. Le transport aérien est devenu un produit de grande consommation, accessible à beaucoup de nouvelles couches sociales sous l’effet de la baisse continue du prix des billets de 50% à 60% pendant la même période. Bien entendu, cette croissance a eu un effet sur les émissions de CO² et le transport aérien est devenu la cible facile des écologistes, même avec une part minime dans cette pollution, on l’estime à 2,5%. C’est infiniment inférieur au textile ou même au transport et au stockage des données digitalisées. Notons d’ailleurs que cette pollution a été fantastiquement diminuée par les avancées technologiques de la construction aéronautique et l’amélioration du tracé des routes aériennes.

Dernièrement une étude évidemment suédoise, menée par Stefan Gössling de l’université Linnaeus, a mis en exergue que seuls 1% des passagers voyageurs fréquents étaient la cause de 50% des émissions de CO² du transport aérien et que le coût des dommages climatiques était de 100 milliards de dollars. Voilà qui ne veut strictement rien dire. A ce petit jeu on peut faire des ratios sur tout et n’importe quoi. Ce qui m’étonne le plus est que cette étude ait été autant médiatisée, alors qu’elle n’apporte rien au débat si ce n’est de pointer encore une fois le transport aérien, source de tous les maux.

Taxe carbone

Seulement l’accumulation de ce genre de communication a fini par porter ses effets auprès non seulement du public, mais également des responsables politiques. C’est ainsi qu’on a pu voir le gouvernement néerlandais lever une nouvelle taxe de 7,5 € par passager pour compenser les avantages du transport aérien par rapport aux autres modes de transport. Il ne faut pas s’y tromper, dans un futur proche, ce secteur sera impitoyablement taxé car il est la cible la plus facile et que les systèmes d’encaissement sont performants et ce dans le monde entier. Et les taxes risquent d’être très élevées, supérieures même aux tarifs actuellement applicables. Après tout, pourquoi pas si les prélèvements servent à la recherche pour diminuer encore l’impact écologique du transport aérien ? Mais cela n’en prend pas le chemin, on s’achemine plutôt pour une utilisation des sommes engrangées au profit des modes de transport concurrents. Autant dire qu’on marche sur la tête.

Nos dirigeants oublient parfois que le transport aérien, par sa politique agressive de baisse des prix a permis au plus grand nombre d’individus de se déplacer certes pour faire des affaires certes, mais plus largement pour renforcer les liens familiaux et développer le tourisme facteur de croissance et de prospérité pour nombre de pays. Alors à quoi jouent les anti transport aérien ? Leur action va conduire inéluctablement au renchérissement considérable des billets d’avion. Et qui va en subir les plus désastreuses conséquences ? Les couches les moins favorisées économiquement. Celles qui économisent toute une année pour que les familles puissent se retrouver ou celles qui ont rêvé toute leur vie d’un voyage qu’elles ne pourront pas se payer.

Augmentation des prix

A bien analyser cette pression écologique, cela conduit à privilégier les populations les plus nanties au détriment des moins favorisées. Est-ce cela que veulent ceux qui ont lancé « la honte de voyager en avion » ?

Les prix du transport aérien vont inéluctablement augmenter sous le double effet des charges nouvelles qui vont s’abattre sur lui et sur la diminution du coefficient de remplissage suite au renchérissement des billets et ce en dépit des recherches pour arriver à la compensation totale des émissions de CO². En voulant protéger la planète, nos ayatollahs écologistes vont simplement priver les plus pauvres d’un droit élémentaire : la liberté de se déplacer.