Tribune JL Baroux – L’IATA doit redevenir utile

L'IATA doit redevenir utile

Jean-Louis Baroux est un acteur reconnu du monde des compagnies aériennes. Créateur du World Air Transport Forum et de l’APG, il rappelle dans cette tribune la passé glorieuse... en lui souhaitant un avenir d'(utilité pour le secteur aérien.

Le transport aérien est gouverné par deux grandes organisations : l’OACI (Organisation de l’Aviation Civile Internationale) et l'IATA (International Airlines Transport Association), toutes deux créées juste avant la fin de le deuxième guerre mondiale : décembre 1944 à Chicago pour l’OACI et avril 1945 à Cuba pour l'IATA. Sans ces deux entités, le transport aérien n’aurait jamais connu ni la croissance qu’on lui connait, ni même son utilité. Elles ont développé les procédures mondiales qui sont à l’origine du formidable progrès de ce secteur d’activité.

L’âge d’or de l'IATA peut être daté des années 1960 à 1980. C’est la période où ont été mis sur pied les grands outils de la distribution et de la commercialisation du transport aérien. A cette époque, l’organisation des compagnies aériennes s’est transformée d’un outil de contrôle des pratiques tarifaires et des accords bi et multilatéraux entre les transporteurs, pour inventer les moyens modernes de sa commercialisation.

La création de deux systèmes, l’Interline et le BSP, marquent le début de l’incroyable croissance du transport aérien. Il faut bien imaginer l’énorme travail qu’il a fallu faire pour mettre sur pied ces pratiques qui nous paraissent tout à fait naturelles aujourd'hui mais qui étaient si innovantes à l’époque.

Deux systèmes lumineux

Prenons l’exemple de l’Interline. Cela parait tout simple et pourtant cela repose sur une mécanique très sophistiquée. Simple parce que son concept est finalement basique : les compagnies reconnaissent mutuellement leurs billetteries respectives. Sur le papier cela parait élémentaire, mais à l’exploitation, c’est une toute autre affaire. Cela consiste finalement à créer un système de paiement et d’échange qui repose sur du troc de services. Encore faut-il que les transporteurs partenaires aient confiance dans leur capacité respective à délivrer les services, mais également à leur volonté de régler les sommes payées qui sont en fait destinées à la compagnie qui délivrera le transport.

Pour ce faire, il a fallu créer une chambre de compensation pour éviter la multiplication des pièces administratives et comptables. Il faudrait un très long papier pour expliquer en détail tout ce mécanisme. Gardons à l’esprit que c’est ce qui a rendu le transport aérien vraiment mondial et voila la base de sa prospérité.

Le deuxième outil est le BSP (Billing & Settlement Plan). Tous les agents de voyages labellisés IATA et la quasi-totalité des compagnies l’utilisent. On oublie qu’avant le BSP, les compagnies distribuaient leurs propres stocks de billets dans chaque agence laquelle devait envoyer régulièrement, au moins une fois par mois, mais souvent toutes les semaines, un rapport de ventes, lequel devait être contrôlé par les services administratifs des transporteurs.

Aussi, beaucoup d’agences refusaient d’accepter les billets de plus de dix transporteurs pour de simples raisons administratives. Le BSP a bouleversé et simplifié à l’extrême ces procédures individuelles pour les transformer en une seule procédure collective. Le créateur de ce système, Brian Barrow, est toujours en activité de nos jours même s’il est depuis parti de l'IATA. Le premier BSP a été installé au Japon en 1971 et depuis la quasi-totalité des pays à la notable exception de l’Algérie et de certains pays encore gouvernés par un communisme archaïque, l’ont adopté.

Se renouveler

Et puis il ne faudrait pas passer sous silence les avancées considérables qu’ont permis la billetterie électronique, là aussi initiée et mise en place par IATA alors dirigée par Pierre Jeanniot qui disposait d’une équipe imaginative menée par Tom Murphy, hélas décédé juste après avoir pris sa retraite de l'IATA.

Depuis lors, l'IATA cherche à justifier de nouveau son utilité sans pour autant trouver la clef du succès. Le programme NDC, censé révolutionner la distribution et la commercialisation du transport aérien, peine à s’imposer. Surtout, il a de grosses difficultés à prouver une utilité en rapport avec les très gros investissements qu’il réclame aux compagnies aériennes. Et puis il n’y a peut-être plus grand chose à inventer dans les domaines commerciaux. Alors l'IATA doit retrouver une légitimité que cette belle association risque de perdre sous les coups de boutoir des GAFAs qui voient bien l’intérêt d’investir un secteur d’activité encore très prometteur.

L'IATA tient son congrès annuel à Doha du 20 au 21 juin. C’est peut-être le bon moment pour que l’association des compagnies aériennes reconnaisse enfin que son futur dépend aussi des agents de voyages et qu’elle arrive à les intégrer complètement et ne pas seulement leur proposer un strapontin.