Tribune JL Baroux – Pourquoi les politiques n’aiment-ils pas le transport aérien ?

Tribune JL Baroux - Pourquoi les politiques n'aiment-ils pas le transport aérien ?

Jean-Louis Baroux est un acteur reconnu du monde des compagnies aériennes. Créateur du World Air Transport Forum et de l’APG, il s'interroge sur les raisons du désamour des politiques et du transport aérien.

C’est un phénomène nouveau. Depuis quelques années, les responsables politiques se croient portés par la vague écologiste et, par voie de conséquence, le transport aérien leur est devenu indifférent, pour ne pas dire plus.

Or, l’essor de l’aviation n’aurait pu se faire sans le support considérable des gouvernements. La France, tout comme l’Allemagne et la Grande-Bretagne, sont des exemples particulièrement édifiants à cet égard. D’ailleurs, c’est également le cas de nombreux autres grands pays, tels que les USA, la Chine et même la Russie. Pendant longtemps, le transport aérien a été synonyme de prospérité, de liberté et, pour tout dire, de progrès.

Soutien

Les grands constructeurs n’auraient certainement pas pu exister sans l’appui constant des pouvoirs publics. Les compagnies aériennes n’ont pu se développer qu’avec le soutien des gouvernements qui les ont protégées pendant des années, à tel point qu’elles se sont trouvées impuissantes devant l’offensive des « low costs ». Le contrôle aérien ne saurait exister sans que les Etats ne confient à des organismes officiels la gestion de leur espace aérien. Et pour finir, les aéroports ont tous commencé par être des émanations des pays ou des grandes villes avant d’être progressivement privatisés, sans que le cordon ombilical avec les pouvoirs publics ne soit rompu.

Bref, sans les gouvernements, le transport aérien n’aurait certainement pas pu connaître l’essor qui a été le sien. Comment se fait-il que les responsables politiques s’en détournent maintenant comme s’il était devenu infréquentable ?

Le 17 mars dernier, un grand débat a été organisé par le think tank Transport Développement Intermodalité Développement (TDIE) entre les représentants des candidats à l’élection présidentielle. Je ne note d’abord qu’aucun des candidats n’a trouvé le temps pour venir défendre lui-même son point de vue, comme d’ailleurs cela s’est passé dernièrement pour un important colloque sur le tourisme. Cela a cependant permis de connaître la philosophie de nos responsables politiques vis-à-vis des modes de transport et plus particulièrement des choix à faire entre la voie ferrée et le transport aérien.

Constante

Il faut bien dire qu’une constante se dégage entre tous les partis politiques. Chaque fois qu’il y a une alternative entre le train et l’avion, c’est le premier mode de transport qui doit être privilégié et donc financé. J’ai été frappé de voir avec quelle désinvolture les candidats pouvaient promettre les financements du mode ferroviaire par milliards d’euros et avec quelle facilité ils proposaient de taxer un peu plus le transport aérien, le tout au nom de la sacro-sainte écologie.

Mais depuis quand le transport aérien n’est-il pas écologique ? Quel mode de transport a fait plus d’efforts et a investi autant que l’aérien pour diminuer la pollution qu’il génère ? Certes, la voiture a récemment fait une énorme conversion industrielle en passant progressivement au tout électrique, sauf que cela conduit à produire des batteries dont on ne sait que faire une fois qu’elles sont usées, si ce n’est à les envoyer par containers entiers dans les pays sous-développés et sans se préoccuper de leur devenir une fois éloignées de nos territoires.

Donc au nom d’une écologie qui devient punitive, nos gouvernants ont pour proposition d’abord la taxation du kérosène dont il faut répéter qu’il ne subit pas la TVA dès lors que l’on fait un trajet international, comme c’est d’ailleurs la règle générale pour tous les types de biens et de services. Pourquoi le transport aérien ferait-il alors exception ?

2h30

Et l’interdiction pure et simple d’opérer sur des lignes pouvant être desservies en 2 heures 30 pour le moment, mais pourquoi pas 4 heures voire 6 heures, par la voie ferrée. Qui se pose la question du libre choix des clients ? Qui se demande si le transport aérien ne serait pas plus adapté que le train pour desservir les villes de moindre importance ? En quoi ne serait-il pas plus intéressant que la voie de surface pour les liaisons transversales ?

Il semble bien que la vague écologiste a imprégné la pensée de nos responsables politiques actuels. Voilà qui est bien, mais en quoi cette pensée doit-elle être dirigée contre le transport aérien ? Celui-ci a intégré le coût des énormes investissements qu’il faudra consentir pour arriver à la neutralité carbone. En est-il de même des autres modes de transport ? Cela posé, ce n’est pas demain que les décisionnaires politiques renonceront à l’avion ne serait-ce que pour partir en vacances ou pour mener leurs campagnes électorales.