Tribune JL Baroux – Vaincre la peur

Jean-Louis Baroux est un acteur reconnu du monde des compagnies aériennes, créateur du World Air Transport Forum et de l’APG World Connect.

Insidieusement, la peur est devenue le conducteur dominant des décisions prises à tous les échelons de la planète depuis le début de la pandémie. Elle a été alimentée par la faillite des grands organismes mondiaux incapables de juguler la fermeture des frontières à partir du moment où la Chine a commencé le processus. Il est étonnant que ni l’ONU, ni l’OMS, ni même l’Union Européenne n’aient été capables de faire vivre la coopération entre les États alors que c’est leur mission et que le virus touchait sans discrimination toutes les populations. On n’a d’ailleurs jamais vu une réunion du Conseil de Sécurité sur le sujet alors que la guerre avait été déclarée contre la Covid. Il n’est dès lors pas étonnant que les représentants du transport aérien : l’OACI et IATA en particulier aient mis si longtemps à réagir.

Dès lors on a assisté à un repli sur soi des pays, mais aussi des régions, des villes et même des individus. Les exemples abondent et particulièrement en France. Nos gouvernants tétanisés par l’épisode du sang contaminé ont manié à profusion le concept de précaution, ce qui les a conduits à faire des déclarations contradictoires et même mensongères que ce soit à propos du port du masque, de l’arrivée des tests et de la vaccination. Il s’est en permanence abrité derrière les divers conseils scientifiques et médicaux qui ont dicté leur loi à partir d’informations qu’ils n’avaient pas, comme cela a été plusieurs fois avoué. Et les médias ont abondamment relayé toutes les informations négatives. Depuis un an pas un seul journal télévisé ne fait son ouverture sur des nouvelles qui ne peuvent que propager la peur auprès des téléspectateurs ou des auditeurs.

Du Drame au psychodrame

C’est ainsi, par exemple, qu’on a pu, la semaine dernière, voir le psychodrame à propos du vaccin Astra Zeneca. Celui-ci était présenté comme la panacée, facile à administrer et à stocker et capable de donner un véritable coup de fouet à la vaccination, seule parade à la diffusion du virus. Il a été validé par l’Agence Européenne du Médicament. Or voilà que 27 individus sur 18 millions de personnes traitées ont développé des thromboses. Quelques pays de l’Europe du Nord ont stoppé sa diffusion et la France a suivi le mouvement sans attendre les résultats de l’Agence Européenne du Médicament, pour le remettre en circulation au bout de 3 jours. Comment veut-on après cela que les gens n’aient pas quelques doutes ? D’autant plus qu’une fois encore les médias ont complaisamment relayé le cas de ces 27 thromboses, pour s’apercevoir qu’elles n’avaient rien à voir avec le vaccin.

Alors, il faut bien sortir de cette situation. Le transport aérien est de loin le premier touché avec des conséquences terribles. N’oublions pas la colossale perte de valeur ajoutée causée par la mise au sol de milliers d’appareils dont chacun d’eux vaut en moyenne 100 millions de dollars et la désertification des aéroports. Gardons en tête que les passagers sont, eux aussi créateurs de valeur à la fois parce qu’ils font tourner la machine aéronautique, mais également parce que sans déplacements les affaires de ne se font pas. Les réunions tenues en vidéo-conférences n’ont jamais abouti à une signature de contrats. Sans compter que l’ensemble des données véhiculées sur Internet représentent un facteur de pollution beaucoup plus important que le transport aérien lui-même.

Passeport sanitaire : la cacophonie !

La fermeture des frontières et le repli sur soi sont la cause de la régression économique et du mal-être des populations. Le remède, c’est l’ouverture et la relation aux autres. La coopération internationale est indispensable. Comment expliquer que chaque pays veuille créer son propre passeport sanitaire alors que les effets de la pandémie sont mondiaux ? Pourquoi cet égoïsme ? Qui cela arrange-t-il ? IATA a fait une énorme avancée en proposant son Travel Pass. Il commence à être testé par plusieurs compagnies aériennes et non des moindres. Qu’attendent les autorités de chaque pays pour décider que les détenteurs de ce document pourront librement entrer et sortir de leur territoire ? Pourquoi faut-il que l’Europe attende de créer son propre document alors que même les pays signataires de l’accord de Schengen n’arrivent pas à se mettre d’accord ? Pourquoi les grandes chaines de radio et de télévision ne parlent-elles pas abondamment de cette possibilité ? Comment se le procurer ? Que faut-il présenter comme sécurité pour en bénéficier ? Bref, il est temps, grand temps de présenter des solutions concrètes pour que le transport aérien puisse enfin repartir. Il est prêt et il n’a pas été trop détruit par son inactivité. C’est un vrai miracle, mais cela ne peut pas durer indéfiniment.

Juste une remarque pour terminer. Notre actuel Premier Ministre a été de 2005 à 2006 Directeur de l’hospitalisation et de l’organisation des soins au Ministère des Solidarités et de la Cohésion Sociale. À ce titre il a été un des principaux initiateurs de la rationalisation des soins à l’hôpital et de la tarification à l’activité. En clair la recherche à la rentabilité a eu pour conséquence que nous n’avons plus à la disposition de la population un outil de santé apte à traiter la pandémie actuelle et que pour éviter un engorgement des lits de réanimation, on finit par confiner les populations.

Au fond nous avons maintenant à la tête de la plupart des pays des hommes politiques alors qu’il nous faudrait des hommes d’état.