Un curieux été pour le marché de l’aérien

Air France : le grand ménage
Jean-Louis Baroux

Cet été a fait souffler le chaud et le froid sur le transport aérien. Chaud pour les compagnies américaines qui accumulent des profits considérables, rien qu’au 2ème trimestre, Delta Air Lines affiche un résultat net de 1,9 milliards de dollars et United Airlines suit un peu plus loin avec 1,1 milliards de dollars. Cela montre à l’évidence que le marché intérieur américain est toujours dynamique et que les effets du « Chapter 11 » par lequel toutes les grandes compagnies traditionnelles des USA sont passées, ont un effet très bénéfique et pendant de nombreuses années  sur l’économie du transport aérien.

Mais grand froid toujours aux USA, cette fois dans la construction aéronautique. Le B 737 Max n’est toujours pas prêt à reprendre du service. On parle maintenant d’une échéance à la fin de l’année. Je rappelle qu’après de désastreux accidents d’Ethiopian Airlines qui a entraîné la mise au sol des B 737 Max, on prévoyait une remise en exploitation d’abord en mai puis au début de l’été. On en est loin et au fur et à mesure des analyses précédant le certificat de navigabilité, les experts découvrent d’autres problèmes, certes mineurs, mais qu’il faut bien tout de même résoudre. L’addition est plus que salée pour le constructeur américain qui a chiffré ses pertes à plus de 8 milliards de dollars, mais il serait très étonnant que l’addition s’arrête là. Et puis la grande interrogation reste dans l’attitude des consommateurs vis-à-vis de l’appareil. Accepteront-ils de monter dedans ou vont-ils le bouder ?  La réponse ne pourra être donnée qu’une fois la remise en opération effectuée.

Chaud en Europe avec une très bonne nouvelle ; la renaissance d’Alitalia. Telle le Phoenix, la compagnie renaît sans cesse de ses cendres. Cette fois-ci, après avoir frôlé la liquidation et avoir passé deux ans sous administration judiciaire, elle est revenue « in bonis » le 15 juillet 2019, après sa reprise par un consortium composé de la « Ferroviere dello Stato », les chemins de fer italiens, du groupe Atlantia qui appartient à Benetton et Delta Air Lines qui pousse ses pions en Europe. L’Etat italien garde la majorité absolue. Et la punition est très légère : réduction de la flotte de 117 à 102 appareils mais d’ici 2023 et 740 suppressions d’emploi sur 12.500 salariés. Il n’est jamais agréable de voir disparaître une compagnie aérienne surtout de la taille et de la renommée d’Alitalia. Son sauvetage est une excellente nouvelle.

Tiédeur pour ne pas dire froid en France. Deux compagnies ont annoncé de graves difficultés : Aigle Azur et XL Airways. Il n’est pas question ici d’analyser les raisons de leurs déboires économiques. Sans doute une stratégie pas forcément adaptée à leurs moyens. Mais il faut bien remarquer que l’une et l’autre se sont lancées dans le long courrier dans un environnement farouchement concurrentiel. Mais dans le même temps où XL Airways demande une recapitalisation à hauteur de 20 millions d’euros ce qui est tout de même peu important eut égard aux enjeux, la société sœur dans le même groupe : La Compagnie, semble tirer son épingle du jeu. Le " business model " low cost long courrier, business classe, serait-il en train de prouver sa pertinence ?

Tiédeur aussi pour le groupe Air France/KLM. Les résultats du premier semestre sont décevants et la filiale Transavia qui porte beaucoup d’espoirs a encore de la peine à s’imposer comme une machine à cash susceptible de jouer pour le Groupe, le même rôle que Vueling par exemple pour IAG. On pensait être débarrassés des conflits sociaux et voilà qu’ils renaissent là où on ne les attendait pas. Décidément la sérénité dans la gestion du personnel n’est pas pour demain, hélas. D’autant plus qu’il faudra bien s’attaquer à la réforme de HOP. Voilà un chantier qui va nécessiter beaucoup de doigté et de détermination.

Et coup de froid dans le comportement erratique du Gouvernement vis-à-vis du transport aérien. Alors que les Assises annoncées à grand son de trompe se sont terminées sur un échec patent, mais sur le constat de la fragilité du transport aérien français plombé par des charges dont ses concurrents peuvent se passer, voilà que pour des motifs purement démagogiques, les Pouvoirs Publics instituent une nouvelle taxe, celle-ci reliée à des motifs écologiques. Pour bien connaître pas mal de responsables des compagnies françaises, je peux affirmer qu’ils sont largement aussi compétents que leurs homologues étrangers. Placés dans un environnement identique aux concurrents, ils obtiendraient probablement les mêmes résultats. Alors que l’Etat regarde ses propres responsabilités. La plupart des pays supportent d’une manière ou d’une autre leurs compagnies aériennes, la France fait le contraire.

C’est vraiment à désespérer !