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Aléas climatiques et mobilité : les travailleurs franciliens en première ligne

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Margot Ladiray

Margot Ladiray

2 juin 20264 min de lecture

neige-RATP
neige-RATP© Adobe Stock

Neige paralysante, canicules de plus en plus fréquentes, report modal quasi inexistant... La sixième étude annuelle de L'Institut Paris Region sur la mobilité en Île-de-France révèle un territoire sous pression, et des travailleurs inégalement armés pour y faire face.

Pour la sixième année consécutive, l'Institut Paris Region, la Mass Transit Academy, Transilien SNCF Voyageurs, Sustainable Mobilities, la DRIEAT et la CCI Paris Île-de-France publient leur étude sur les comportements de mobilité face aux aléas climatiques. Avec 12,5 millions d'habitants, 41 millions de déplacements quotidiens dont plus de 9 millions en transports en commun, et près d'un tiers des résidents vivant dans des îlots fortement vulnérables à la chaleur, l'Île-de-France concentre une exposition climatique sans équivalent en France. Entre septembre 2022 et février 2026, on dénombre 176 jours de conditions météorologiques exceptionnelles, nous rappelle-t-on lors d'une conférence de presse. Selon l'étude : le nombre de jours de forte chaleur passerait de 7 par an aujourd'hui à 19 en 2050, tandis que les épisodes de très fortes pluies augmenteraient de 30%. Les Franciliens l'anticipent eux-mêmes : 65% estiment les canicules de plus en plus fréquentes, et 64 % de plus en plus intenses.

La neige paralyse, la chaleur use

La neige reste l'aléa le plus redouté puisque 72% des Franciliens la citent comme le plus pénalisant, et 95% des entreprises la désignent comme l'événement le plus impactant sur la présence de leurs salariés (absentéisme ou retard important). A titre d'exemple, lors de l'épisode du 5 janvier 2026, la congestion routière a été quasiment triplée malgré un trafic en recul de 17%. Le mercredi suivant, après un appel des autorités à limiter les déplacements, le RER et le train perdaient 31% de fréquentation, le tramway 32%, contre une chute du trafic routier de 50%.

La canicule produit des effets plus diffus mais structurellement plus préoccupants, car c'est l'aléa dont la fréquence va le plus progresser. Lors des vagues de chaleur, le bus perd par exemple de 8 à 20% de fréquentation, le RER et le train jusqu'à 12%, soit près de 150.000 voyages par jour, davantage que la fréquentation totale de la ligne N. 61% des entreprises perçoivent directement les conséquences des vagues de chaleur sur la venue de leurs salariés, certaines pointant des impacts sur les conditions de travail et la productivité.

Le télétravail, premier réflexe mais pas universel

Durant ces épisodes de moins en moins exceptionnels, l'étude rapporte que 46% des actifs franciliens télétravaillent régulièrement, et 63% pourraient y recourir. Lors des canicules, deux tiers des télétravailleurs choisissent de rester à domicile, principalement pour éviter la chaleur pendant le trajet. Du côté des entreprises, 79% autorisent des départs anticipés en cas d'annonce de neige, mais seulement 28% abordent le sujet par anticipation avec leurs représentants du personnel.

Ce filet de sécurité ne couvre cependant pas tout le monde puisque 27% des actifs franciliens ne peuvent ni télétravailler ni bénéficier d'une flexibilité horaire. Ce chiffre recouvre une réalité genrée marquée : les femmes représentent les deux tiers de cette catégorie. Pour ces travailleurs essentiels, souvent dépendants des transports en commun, les aléas climatiques engendrent stress, fatigue et fort sentiment d'injustice. Un tiers des employés et ouvriers ont déjà perdu une partie de leur rémunération ou un jour de congé à cause d'un aléa climatique, contre 19% pour les autres catégories.

Le report modal, une option quasi inexistante

Face aux perturbations, les Franciliens adoptent majoritairement deux stratégies : réduire leurs déplacements (35%) ou les décaler dans le temps (33%). Le report modal arrive en dernière position, cité par seulement 15% des personnes interrogées, et particulièrement peu par les automobilistes. L'étude plaide pour un effort pédagogique en faveur de la multimodalité, d'autant que le mass transit s'avère nettement plus résilient que les modes routiers lors des aléas hivernaux.

Pour les professionnels, la priorité exprimée est claire : 67% des voyageurs réclament une meilleure communication en temps réel sur la circulation des trains, et 55% souhaitent davantage d'informations sur les alternatives en cas d'interruption de ligne. Les entreprises, de leur côté, demandent la poursuite de l'installation de la climatisation dans le matériel roulant et une meilleure desserte de banlieue à banlieue lors des aléas. Fait notable : 80 % des Franciliens consultent les prévisions météo plusieurs fois par semaine, et dans les entreprises, les alertes vigilance de Météo-France déclenchent 46% des décisions d'adaptation. L'intégration de ces alertes dans les applications d'information voyageurs constituerait une réponse directe à ce besoin.

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