Christian Vernet : «La Compagnie supprime ses vols sur New York jusqu’au 13 avril »

La compagnie 100% affaires opérant sur New York au départ de Paris et Nice (ligne saisonnière), a pris un certain nombre de mesures à la suite de la décision de Donald Trump d’interdire l’accès au territoire américain à toute personne étrangère venant d’Europe. Christian Vernet, CEO de La Compagnie, revient sur cette situation de crise et les mesures prises par le transporteur pour y faire face.

Quelles décisions avez-vous prises pour les prochains jours ?
Christian Vernet : Nous allons continuer à opérer nos vols jusqu’à jeudi prochain 18 mars inclus, probablement à raison d’un seul quotidien, au regard des remplissages faibles. Cela permettra aux passagers français et américains, dont le voyage est en cours, de rentrer sereinement dans leur pays d’origine. En revanche, seuls les ressortissants américains ou détenteurs d’un titre de séjour sur le territoire américain pourront embarquer sur les vols au départ d’Orly.

A compter du 19 mars, nous suspendons l’intégralité de nos vols. Nous redémarrerons avec un seul avion et reprendrons l’exploitation d’un aller-retour quotidien entre Paris et New York dès que sera levée l’interdiction d’accès au territoire. Celle-ci est prévue le 13 avril. L’ouverture de la ligne Nice-New York, après le succès de cette ligne saisonnière l’an dernier, était par ailleurs prévue le 1er mai, elle est repoussée au 1er juin prochain.

Quid des mesures immédiates à l’adresse des passagers ?
Ceux qui sont concernés par l’annulation de leur vol seront personnellement informés dans les prochains jours et se verront proposer des solutions de réacheminement, de report ou d’annulation de leur voyage. Nous proposons par ailleurs aux passagers détenteurs d’un billet pour des voyages jusqu’au 31 mai prochain de reporter leur départ sans frais d’échange ou de bénéficier d’un voucher valable pour une durée d’un an.

Comment La Compagnie se prépare-t-elle à surmonter cette épreuve ?
Nous avons conclu un accord avec GECAS, qui nous loue nos deux A321Neo, afin d’étaler les loyers sur une plus grande période. A partir de jeudi prochain jusqu’à mi-avril, nous allons entrer dans une période d’activité limitée pour une grande partie de nos 130 salariés. Nous sommes en discussion avec les partenaires sociaux, afin de mettre en place des mesures de chômage partiel, avec une prise en charge autant que faire se peut de l’État, pour soulager notre trésorerie.

La concurrence devait bientôt s’intensifier sur la ligne Paris – New York…
Corsair et French bee ont annoncé en effet le lancement de cette desserte en juin. Mais elles sont positionnées sur le loisir, la première ayant un peu de capacité sur le business mais sans comparaison avec nous. Il est sûr que la demande pour les États-Unis va reprendre graduellement. La vraie question aujourd’hui est d’ailleurs celle-ci : quelle va être la vitesse de rétablissement de l’activité. La priorité aujourd’hui est la gestion sanitaire, avec la volonté de limiter le pic épidémiologique. Et la disparition du virus prendra dans ce cas un peu plus de temps, même s’il existe beaucoup d’inconnues, dont des données climatiques qui nous échappent encore. Nous tablons plutôt aujourd’hui sur un retour à la normale de notre activité à la rentrée.

Qu’en est-il de votre activité habituelle à cette période de l’année ?
Mars est traditionnellement un mois de transition, avril un mois important de reprise pour l’activité corporate, juin un mois très fort sur le segment affaires, et juillet et août des mois de vacances. Mais nous ne nous inscrirons probablement pas cette année sur ce modèle linéaire. Et le besoin se fera vite ressentir, après des semaines de crise, de vouloir communiquer, dans ce monde très global. La rencontre, dans le monde des affaires, est une nécessite impérieuse. Il y a aura des effets de rattrapage. Mais il est clair que le business perdu ne sera pas intégralement récupéré.