Déplacements longs du quotidien : les grands défis de la décarbonation !

La Fabrique de la Cité a réuni élus, universitaires et professionnels, lors d’une matinée consacrée à la décarbonation des déplacements longs du quotidien. Avec un éclairage particulier sur les autoroutes et les périphéries des villes où devraient se déployer de nouvelles solutions de mobilité, covoiturage, voies réservées pour des cars express, parkings-relais, articulation avec les gares des réseaux ferrés…

L’heure est à la décarbonation des transports. Et les zones urbaines sont en pointe, avec une offre alternative qui ne cesse de croître. Qui aurait imaginé, il y a encore dix ans, disposer aujourd’hui d’un choix aussi vaste en termes de mobilité partagée et de modes de transport électrique (voitures, scooters, vélos, trottinettes) ? «De grandes entreprises américaines nous montrent qu’on peut radicalement changer la donne en quinze ans sur les modes de transport», a d’ailleurs rappelé Fabien Leurent, directeur de recherche CIRED et École des Ponts, lors d’une matinée d’échanges consacrée à la décarbonation des déplacements longs du quotidien, qui s’est tenu ce vendredi dans les espaces du Leonard:Paris rassemblant intrapreneurs de Vinci, startups et innovateurs. Un événement organisé par La Fabrique de la Cité, think tank dédié à la prospective urbaine, fondé en 2010 à l’initiative du groupe Vinci, son mécène.

Pas toujours facile, cependant, de changer les habitudes, réflexes et comportements des usagers. Mais les résultats sont au rendez-vous. Et le télétravail contribue aussi fortement à l’impact carbone positif du moment, deux journées de télétravail par semaine correspondant à 40% de réduction des kilomètres parcourus. D’autres freins persistent néanmoins quand il s’agit de favoriser la multimodalité, dont le prix des terrains aux alentours des gares pour y agrandir les parkings.

On peut en revanche clairement parler d’angle mort sur les déplacements interurbains courte distance et urbains diffus, dans lesquels prédomine l’usage de la voiture individuelle. Un constat : les transports en commun sont presque absents des couronnes périurbaines. André Broto, ancien directeur de la stratégie chez Vinci Autoroutes, dont la sortie du livre Transports : les oubliés de la République (Éditions Eyrolles) était l’un des fils rouges de la matinée, a pourtant rappelé qu’un conducteur sur deux souhaitait abandonner sa voiture. Et peut-être plus encore aujourd’hui alors que flambe le prix de l’essence.

Géraud Guibert, président-fondateur de la Fabrique écologique, a résumé la situation en notant qu’il y avait des modèles économiques pertinents «quand c’est dense ou quand c’est loin», c’est-à-dire pour la longue distance et pour les déplacements à l’intérieur des villes. «En revanche c’est plus compliqué quand c’est peu dense et sur des distances intermédiaires. Sur ce point, il faut que les collectivités publiques et locales en arrivent à subventionner des solutions d’usage, comme l’autopartage, tout autant que des équipements lourds, même si c’est moins valorisant ».

L’une des deux tables rondes, animé par Pierre Delaigue (à l’extrême gauche), a réuni (de gauche à droite) Géraud Guibert, président-fondateur de la Fabrique de l’écologie, Fabien Leurent, directeur de recherche, CIRED, École des Ponts, Hervé Novelli, ancien ministre, ancien maire de Richelieu, et Patrice Geoffron, économiste, Université Paris-Dauphine

Anne-Marie Idrac, ancienne ministre et PDG de la RATP et de la SNCF, aujourd’hui présidente de France logistique, a indiqué pour sa part que les solutions de mobilité devaient être « désirables » sur les périphéries où se jouent la lutte contre la pollution, qu’il était nécessaire de favoriser le covoiturage et l’autopartage. Hervé Novelli, un ancien Secrétaire d’État au tourisme (entre autres), a d’ailleurs évoqué le cas de la ville de Richelieu au fin fond de la Touraine, dont il fut longtemps maire. Un grand parking-relais s’est constitué de manière empirique après la fermeture de la gare. Et Hervé Novelli de souligner les solutions en germe dont l’une vise à relier cette aire de co-voiturage à l’agglomération par le biais d’un service d’autocars.

L’autoroute constitue un autre grand défi pour la décarbonation des transports. Pierre Coppey, DGA de VINCI et président de la Fabrique de la Cité, a rappelé que 87% de l’activité de transport en France était réalisée par la route. «Et l’autoroute représente 30% du transport routier». Sur les déplacements longs du quotidien, l’une des solutions préconisées est la poursuite du développement des cars express. Un exemple : la ligne entre Massy Palaiseau et Dourdan par l’A10, avec l’ouverture l’an dernier d’un pôle multimodal à Longvilliers. Mettre en place des voies réservées, verdir les flottes en proposant tous types de carburant : les options envisagées pour les cars concernent aussi les autres véhicules. D’autant que la voiture électrique est au cœur de la plupart des problématiques. Quid notamment des bornes de recharge ? Patrice Geoffron, économiste de l’Université Paris-Dauphine, a rappelé qu’il fallait une demi-heure aujourd’hui pour recharger un véhicule électrique sur une aire d’autoroute. Et il serait nécessaire à terme d’y dédier au moins cinq fois plus d’espace sur ces aires pour répondre à la demande.

D’autres leviers peuvent être activés pour décarboner les autoroutes, dont le développent des services de mobilité partagée, la fluidité du trafic par l’innovation, leurs transformations en centre de production verte, qu’il s’agisse de solaire ou d’hydrogène. Le coût pour décarboner l’ensemble des 12 000 km du réseau autoroutier français est toutefois assez élevé, estimé entre 60 et 70 milliards d’euros. Mais quand on aime…