Les conducteurs de trains espagnols ont entamé lundi 9 février une grève de trois jours qui perturbe l'ensemble du réseau ferroviaire du pays. Ce mouvement social, prévu jusqu'au 11 février, fait suite aux deux accidents ferroviaires meurtriers survenus en janvier dernier, qui ont coûté la vie à 47 personnes et relancé le débat sur l'état des infrastructures ferroviaires espagnoles.
La mobilisation touche l'ensemble du système ferroviaire espagnol, des trains de banlieue aux lignes à grande vitesse. Les syndicats CCOO, UGT et le syndicat des machinistes SEMAF ont appelé conjointement à ce mouvement, dénonçant des années de sous-investissement et d'alertes ignorées concernant l'état du réseau. Malgré les services minimums imposés par les autorités, garantissant 75% des trains de banlieue aux heures de pointe et 50% le reste de la journée, ainsi que 73% des services à grande vitesse, les perturbations sont importantes. Les principales gares du pays, notamment celle d'Atocha à Madrid et de Sants à Barcelone, sont les plus touchées.
Deux catastrophes qui ont ébranlé le pays
Le 18 janvier dernier, l'Espagne a vécu son pire accident ferroviaire depuis 2013. À Adamuz, dans la province de Cordoue, deux trains à grande vitesse sont entrés en collision après qu'un premier convoi a déraillé sur la voie adjacente. Le bilan s'est élevé à 46 morts et 292 blessés. L'accident s'est produit sur une section de voie récemment rénovée en mai 2025, sur laquelle les investigations préliminaires ont identifié une rupture de rail comme cause probable.
Deux jours plus tard, le 20 janvier, un train de banlieue a percuté un mur de soutènement effondré près de Gelida, en Catalogne, provoquant la mort d'un conducteur stagiaire et blessant 37 passagers. Cet accident, attribué aux fortes pluies de la tempête Harry, a entraîné la suspension du service sur une ligne utilisée quotidiennement par 400 000 usagers, jamais entièrement rétabli depuis.
Des alertes restées sans réponse
Les syndicats affirment que ces tragédies étaient évitables. Le syndicat SEMAF avait alerté dès août 2025 sur l'usure importante des voies, notamment au niveau du tronçon où s'est produit l'accident d'Adamuz. Selon les organisations syndicales, aucune mesure corrective n'aurait été prise malgré ces avertissements. Dans un tract distribué aux voyageurs, le syndicat CCOO souligne que "les accidents récents ne sont pas des faits isolés, ils sont la conséquence de décisions qui privilégient les coupes et la fragmentation du service au détriment d'un chemin de fer public, sûr et bien géré". Cette critique vise directement la politique de libéralisation du secteur ferroviaire espagnol et les investissements jugés insuffisants dans la maintenance des infrastructures.
Impact sur les liaisons internationales
Si la grève concerne principalement le territoire espagnol, ses répercussions se font sentir au-delà des Pyrénées. Les liaisons ferroviaires entre la France et l'Espagne, subissent également des perturbations. La ligne à grande vitesse reliant Paris à Barcelone, exploitée conjointement par la SNCF et Renfe, connaît des suppressions partielles et des retards importants. Les voyageurs se rendant en Espagne depuis la France sont invités à vérifier l'état de leur connexion avant de se déplacer. Les trains internationaux, bénéficiant de services minimums spécifiques, maintiennent une partie de leur offre, mais les correspondances à l'intérieur du territoire espagnol restent fortement perturbées. Les compagnies aériennes Iberia et Air France ont augmenté leur capacité sur les liaisons entre Paris et les principales villes espagnoles pour absorber une partie des voyageurs bloqués.