La flambée des cours du kérosène provoquée par la guerre au Moyen-Orient pousse certaines compagnies aériennes à réduire leur programme de vols, par stratégie de survie économique.
En 10 jours, le prix du kérosène a doublé, passant d'environ 85-90 dollars le baril à plus de 150-200 dollars dans certaines régions. Cette explosion des prix n'est autre qu'une des conséquences de la guerre déclenchée fin février entre les États-Unis, Israël et l'Iran, qui a provoqué la quasi-fermeture du détroit d'Ormuz et des attaques contre plusieurs installations pétrolières du Golfe. Le cours du Brent a franchi la barre symbolique des 100 dollars le baril le 8 mars, marquant une hausse de plus de 60% depuis le début de l'année. Pour les compagnies aériennes, dont le carburant représente généralement entre 20 et 25% des coûts d'exploitation, l'impact financier est immédiat et brutal.
SAS et Air New Zealand font le choix d'annuler des vols
Face à l'augmentation des coûts, Air New Zealand a annoncé l'annulation de 1.100 vols entre mars et début mai, affectant plus de 44.000 passagers. La compagnie néo-zélandaise a également décidé de réduire sa capacité globale de 5% sur cette période. "Il s'agit d'une situation sans précédent en ce qui concerne les prix du carburant, mais la gestion des pics de prix du carburant est un sujet bien connu lorsque l'on dirige une compagnie aérienne", a déclaré le directeur général Nikhil Ravishankar à Radio New Zealand. La compagnie néo-zélandais, qui n'opère aucun vol vers le Moyen-Orient, justifie clairement cette décision par des considérations économiques liées au prix du carburant, et non par des perturbations opérationnelles dans la région.
De son côté, la compagnie scandinave SAS a annoncé mardi l'annulation d'environ 1.000 vols en avril, après avoir déjà supprimé plusieurs centaines de liaisons en mars. Les coupes concernent principalement des routes court-courriers dans la région nordique, notamment en Norvège où une centaine de vols hebdomadaires ont été retirés du programme au départ d'Oslo, Bergen, Stavanger et Trondheim. "Le prix du carburant aviation a doublé en dix jours", a déclaré Anko van der Werff, directeur général de SAS, au quotidien économique suédois Dagens Industri. "Même si nous essayons d'absorber autant que possible les hausses de coûts, il s'agit d'un choc qui frappe directement l'industrie aérienne.", a-t-il ajouté.
Une vulnérabilité amplifiée par l'absence de couverture
La violence du choc pour ces deux compagnies s'explique en partie par leur choix en matière de couverture financière. SAS a indiqué l'an dernier avoir "ajusté temporairement" sa politique de couverture et ne pas avoir couvert sa consommation de carburant pour les 12 mois suivants, la laissant entièrement exposée à la volatilité des prix. Chez d'autres compagnies aériennes européennes, la stratégie adoptée est différente. Dès février, Air France-KLM a étendu sa protection financière en couvrant 87 % de sa consommation annuelle de kérosène sur un horizon de deux ans. Lufthansa couvre ses besoins sur 24 mois, avec environ 76% du carburant 2025 et 28% de 2026 déjà sécurisés fin 2024. Et le groupe IAG applique une politique de couverture glissante sur trois ans pouvant aller jusqu'à 75% des volumes à court terme. Une protection qui ne les a pourtant pas empêchées d'appliquer des surcharges carburant, pouvant représenter pour le voyageur final plusieurs centaines d'euros supplémentaires sur le prix du billet.
La stratégie alternative : celle de la surcharge carburant
Cette absence de couverture n'est pas un cas isolé à travers le monde... L'ensemble des grandes compagnies américaines, dont United, Delta, American et Southwest, ont abandonné cette pratique au cours des deux dernières décennies, la jugeant "coûteuse et peu fiable". Les transporteurs chinois, dont China Eastern Airlines, ont également renoncé à se couvrir.
Si les transporteurs américains n'ont pas encore procédé à des annulations massives de vols, l'impact financier annoncé est considérable. Delta Air Lines a révélé que la hausse des prix du carburant avait augmenté ses coûts de 400 millions de dollars rien qu'au mois de mars. American Airlines anticipe également une augmentation de 400 millions de dollars de ses dépenses au premier trimestre. Lors d'une conférence organisée par J.P. Morgan, le directeur général de Delta, Ed Bastian, a indiqué que la compagnie était "bien positionnée pour récupérer les coûts de carburant" et pouvait "ajuster sa capacité si les prix élevés persistent". Propriétaire de la raffinerie pennsylvanienne de Trainer, Delta échappe néanmoins aux marges de raffinage et s'assure ainsi une protection partielle, même si le brut lui est toujours facturé au cours actuel. De son côté, le directeur général d'United, Scott Kirby, a déclaré que les prix élevés du pétrole auraient un effet "significatif" et pourraient se prolonger au deuxième trimestre si la guerre se poursuivait.
Chez les compagnies de la région Asie-Pacifique, pour le moment, la tendance est également à l'augmentation du prix des billets, plutôt qu'à la réduction des programmes de vols. Thai Airways prévoit par exemple une hausse comprise entre 10 à 15%, tandis que le directeur financier Cherdchom Therdthirasak a conseillé aux passagers de "réserver dès que possible avant que les tarifs n'augmentent davantage". Cathay Pacific et Air India ont également annoncé l'introduction ou l'augmentation de surcharges carburant dans les prochains jours.
Perspectives et incertitudes
Même une désescalade militaire rapide ne suffirait pas à faire chuter le prix des billets à court terme. Les analystes prévoient en effet des tarifs durablement élevés, maintenus par une prime de risque pétrolière élevée et une redéfinition globale coûteuse des plans de vol. Sur les itinéraires alternatifs évitant le Moyen-Orient, la concentration de la demande et la raréfaction de l'offre contribuent également à maintenir les tarifs à un niveau élevé.
Sur la durée du conflit, si les tensions devaient perdurer au-delà du deuxième trimestre, les compagnies actuellement protégées par leurs couvertures se retrouveraient progressivement exposées au fur et à mesure du renouvellement de leurs contrats. Les transporteurs américains, aujourd'hui très exposés et essuyant des pertes opérationnelles significatives, pourraient être contraints de rejoindre SAS et Air New Zealand dans une stratégie de réduction de capacité pour limiter les pertes.