Hertz ne veut plus seulement louer des voitures. Avec Oro Mobility, le groupe entend valoriser son savoir-faire dans la gestion de flottes au service de nouveaux modèles de mobilité, des véhicules utilisés par les chauffeurs de VTC aux robotaxis. Une opération financière annoncée à 80 millions de dollars doit donner à cette activité davantage de moyens et d’autonomie.
Une plateforme de 45.000 véhicules
Annoncée ce 20 octobre, l’opération fait entrer au capital d’Oro Mobility un consortium comprenant Cohen Private Ventures, ainsi que des fonds ou comptes affiliés à Certares Opportunities et Knighthead Capital Management. Selon Hertz, l’investissement doit financer l’expansion de la flotte, les infrastructures opérationnelles, les capacités technologiques, le recrutement et de nouveaux partenariats.
Oro exploite environ 45.000 véhicules sur les principaux marchés américains. Son activité couvre trois segments : la location de voitures aux chauffeurs de VTC, la gestion de flottes avec conducteurs et la gestion de flottes de véhicules autonomes.
La plateforme se positionne ainsi entre les propriétaires de véhicules, les opérateurs technologiques et les entreprises qui génèrent la demande de mobilité. Elle entend fournir les moyens matériels et opérationnels nécessaires au fonctionnement de ces services, sans se limiter à la mise à disposition de voitures.
Hertz présente Oro comme un levier de diversification destiné à élargir son activité au-delà de la location traditionnelle. Le groupe doit néanmoins rester un partenaire central de sa filiale, notamment pour les services liés aux flottes et aux entreprises.
80 millions de dollars, mais un montage à décrypter
Le montant annoncé mérite d’être précisé à la lecture du document transmis par Hertz à la Securities and Exchange Commission (SEC), le régulateur boursier américain. Les investisseurs ont versé environ 80,89 millions de dollars pour acquérir auprès d’une entité de Hertz des parts d’Oro représentant 50% des droits de vote, mais environ 15,86% de ses droits économiques, avant dilution liée au plan d’intéressement des dirigeants.
Il ne s’agit donc pas, au sens strict, d’une prise de participation économique de 50% dans Oro. Hertz conserve la majorité des droits économiques, tandis que les nouveaux investisseurs obtiennent la moitié des droits de vote. La structure de gouvernance prévoit par ailleurs un conseil de six membres, avec trois représentants désignés par Hertz et trois par les investisseurs.
Le document réglementaire précise également que Hertz a transféré à Oro certains actifs liés à l’activité, ainsi qu’environ 60,03 millions de dollars de trésorerie, avant la cession des parts aux investisseurs. Parallèlement, Hertz a racheté pour environ 20,86 millions de dollars de valeur nominale 51,1 millions de dollars de ses propres obligations échangeables, soit une décote de 60% par rapport au pair, auprès de fonds affiliés à Certares et/ou Knighthead.
Ces éléments montrent que l’opération ne se résume pas à une levée de fonds classique de versés directement à Oro. Elle combine la structuration de la plateforme, l’apport d’actifs et de trésorerie par Hertz, l’entrée de nouveaux investisseurs et une opération distincte sur la dette du groupe.
La gestion de flottes, nouvel axe de diversification
Pour Hertz, l’enjeu est de transformer ses compétences historiques - maintenance, logistique, financement et gestion de véhicules, en une activité susceptible de bénéficier de la croissance des services de mobilité. Les flottes de VTC et les robotaxis exigent des véhicules disponibles, entretenus et gérés à grande échelle. Cette infrastructure opérationnelle peut devenir un marché à part entière, à mesure que les plateformes de mobilité se développent.
Le groupe avait lancé Oro dans le cadre de sa stratégie de transformation. Uber avait alors été présenté comme son premier partenaire public, notamment autour de flottes destinées à ses activités de mobilité autonome. Le partenariat est non exclusif, et aucun autre partenaire n’a été annoncé dans le cadre de l’opération.
Pour les acteurs du voyage d’affaires, cette évolution reste indirecte à ce stade. Elle témoigne toutefois d’une recomposition plus large de l’écosystème automobile : la valeur ne repose plus uniquement sur la propriété ou la location du véhicule, mais aussi sur la capacité à organiser son exploitation. Reste à voir si Oro parviendra à transformer cette expertise en croissance rentable, dans un secteur où le déploiement des véhicules autonomes dépend encore du rythme d’adoption et des conditions réglementaires.