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La SNCF fera son arrivée sur les liaisons à grande vitesse italiennes en 2027

Avec une flotte de 15 TGV M et une capacité de 10 millions de sièges par an, l'opérateur français entend reproduire son succès espagnol sur deux axes majeurs.

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Margot Ladiray

Margot Ladiray

6 mars 20264 min de lecture

Ouigo : la hausse de 73% est-elle justifiée ?
© AdobeStock

Avec une flotte de 15 TGV M et une capacité de 10 millions de sièges par an, l'opérateur français entend reproduire son succès espagnol sur deux axes majeurs. Mais pour atteindre son objectif, le groupe doit encore lever les blocages techniques et réglementaires imposés par le gestionnaire du réseau italien.

Quatre ans après l'arrivée de Trenitalia sur le marché français en décembre 2021, la SNCF s'apprête à franchir les Alpes dans l'autre sens. SNCF Voyageurs confirme son intention de lancer ses opérations en Italie en septembre 2027, avec un an de décalage sur le calendrier initial en raison des retards de livraison du TGV M. L'Italie représente un terrain de jeu particulièrement attractif pour l'opérateur français. Selon les données officielles de SNCF Voyages Italia, le marché domestique italien de la grande vitesse transporte plus de 56 millions de voyageurs par an. "L'Italie représente un marché naturel et pertinent", justifie la compagnie. Si l'Italie reste une priorité, Jean Castex, le nouveau PDG du groupe, a tenu à rappeler lors de la dernière conférence de presse que ce marché n'est pas le seul visé. Le président a confirmé l'offensive italienne tout en l'inscrivant dans une stratégie de conquête européenne plus large.

Contacté par la rédaction, l'opérateur confirme avoir obtenu le soutien de l'AGCM (l'autorité italienne de la concurrence) et s'apprête à introduire 15 rames du nouveau TGV M, spécialement adaptées aux contraintes techniques des lignes à grande vitesse italiennes. Pour rappel, ces trains nouvelle génération, produits par Alstom, entreront en service commercial en France le 1er juillet 2026 sur l'axe Paris-Lyon-Marseille après des retards de livraison. Ils permettront à SNCF Voyages Italia de proposer plus de 10 millions de sièges par an dans le pays. Et la compagnie compte démarrer fort en proposant 13 allers-retours quotidiens répartis sur deux axes majeurs dès son lancement : 9 A/R entre Turin, Milan, Rome et Naples, et 4 entre Turin et Venise. Au total, dix villes seront desservies : Turin, Milan, Brescia, Vérone, Padoue, Venise, Bologne, Florence, Rome et Naples. Selon nos confrères des Echos, SNCF Voyageurs aurait fait le choix stratégique de déployer sa marque low-cost Ouigo pour attaquer ce marché de la grande vitesse, qui compte déjà des compagnies comme Trenitalia et NTV-Italo. Son objectif serait de venir attaquer le marché italien avec des prix compétitifs et réussir à capter 15% de ses parts à travers le pays dès 2030. Une information qui n'a pas été confirmée par la compagnie, mais qui n'a pas été non plus démentie.  

SNCF Voyageurs appelle l'Italie à tenir ses engagements

Cependant, l'opérateur français semble encore avoir quelques difficultés à valider ses plans initiaux. Contrairement à l'Espagne, où SNCF Voyageurs a pu déployer son offre rapidement, l'Italie oppose une résistance. Au cœur du litige : l'accès aux sillons ferroviaires et aux infrastructures de maintenance. SNCF Voyages Italia a formulé en juillet 2023 une demande d'accord-cadre de 15 ans auprès de Rete Ferroviaria Italiana (RFI), l'équivalent italien de SNCF Réseau, qui gère le développement et l'exploitation du réseau ferroviaire transalpin. Mais selon l'opérateur français, les propositions faites en matière de volume et d'horaires ne correspondent pas aux ambitions du projet.

Face à ce qu'elle considère comme une entrave à la libre concurrence, SNCF Voyages Italia a saisi l'AGCM l'été dernier. Le 21 mars 2025, celle-ci a officiellement ouvert une enquête pour abus de position dominante à l'encontre de Ferrovie dello Stato et de sa filiale RFI. "L'accès à l'infrastructure ferroviaire nationale et, par conséquent, l'entrée du nouvel opérateur SNCF Voyages Italia sur le marché du transport de passagers à grande vitesse semblent ralentis, voire entravés", indique l'autorité dans un  communiqué. Le gendarme de la concurrence et la police financière ont effectué des inspections dans les bureaux de RFI, Ferrovie dello Stato, ainsi que de Trenitalia et Italo, "qui étaient considérés comme étant en possession d'éléments utiles à l'enquête".

Désormais, le transporteur assure que si la décision de l'autorité de la concurrence et du marché représente un pas en avant, celle-ci n'est toutefois pas suffisante pour permettre la réalisation de l'ensemble du plan industriel. "Sans ce niveau minimal d'activité, la société ne dispose pas des conditions nécessaires pour justifier l'investissement et poursuivre ses opérations", peut-on lire à travers un communiqué. La SNCF appelle ainsi le gestionnaire à lui garantir la mise en "œuvre rapide des engagements supplémentaires, en révisant l'évolution des critères d'allocation de la capacité", pour lui permettre d'assurer l'accès aux sillons ferroviaires. Ces engagements supplémentaires inclus l'accès aux installations de maintenance en Italie et l'obtention d'homologation des trains TGV M. 

Le modèle espagnol comme référence

Cette stratégie italienne s'inscrit dans la continuité du succès espagnol. Lancé en 2021, Ouigo España a réussi à capter 20% du marché de la grande vitesse dans la péninsule ibérique, confirmant la pertinence du modèle low-cost sur des liaisons déjà bien desservies. Après quatre années d'exploitation et environ 150 millions d'euros de pertes cumulées, l'opérateur a franchi le cap de la rentabilité en 2025, dégageant pour la première fois un résultat d'exploitation positif. "Ouigo España poursuit sa montée en puissance avec une hausse de 44,3% de voyageurs par rapport à 2024 et parvient à générer pour la première année un EBITDA positif", précisait le groupe lors de la présentation de ses résultats annuels 2025. Cette performance intervient dans un contexte concurrentiel intense, face à l'opérateur historique Renfe et à Iryo, une filiale de Trenitalia.

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