L’aviation d’affaires rattrapée par les enjeux climatiques

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La polémique sur l’interdiction des jets privés lancée par les écologistes a connu un écho d’autant plus important que le secteur de l’aviation d’affaires est en forte croissance depuis deux ans. L’Autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires (ACNUSA) vient de sortir du bois en appellant à un développement raisonné et respectueux du secteur.

L’aviation d’affaires s’invite, depuis quelques jours, dans le débat sur le réchauffement climatique. Les écologistes demandent en effet l’interdiction des vols privés, coupables d’émettre dix fois plus de dioxyde de carbone qu’un vol à bord d’un avion commercial. Les plus riches sont notamment pointés du doigt, à l’heure où les plus modestes sont invités à faire preuve de sobriété énergétique.

Au sortir d’un été marqué par la sécheresse, les incendies et les innondations, le gouvernement n’exclut pas de prendre une initiative. Le porte-parole du gouvernement Olivier Véran reconnaissait d’ailleurs, ce mardi matin sur France Inter, l’importance symbolique de l’aviation d’affaires. Ce week-end dans Le Parisien, le ministre des Transports, préconisait lui aussi une régulation des vols privés “sans tomber dans la démagogie”. Et Clément Beaune de mentionner, comme solution possible, d’appliquer au secteur l’interdiction des vols en avion lorsqu’il existe une alternative en train, sur des trajets de moins de 2h30, comme inscrit dans la loi Climat et Résilience. Il a également invité à agir au niveau européen, et à fixer des règles communes au sein de l’Union pour plus d’impact.

Dans son rapport annuel 2022, l’Autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires (ACNUSA) a fait un focus à l’« aviation d’affaires ». Cette autorité de contrôle indépendante recommande à l’État stratège “d’accompagner les collectivités territoriales dans un développement raisonné de ce segment d’activités”, et à l’État régulateur “de prendre les dispositions nécessaires, au niveau local et au niveau national, pour que ce segment d’activités ne reste pas en dehors des efforts demandés à l’ensemble de la société pour réduire les externalités des activités humaines (bruit, pollutions atmosphériques, gaz à effet de serre) qui portent atteinte à la santé, à l’environnement et au climat”. L’ACNUSA encourage le gouvernement et le parlement à “prendre des initiatives aux niveaux européen, national et local, selon une approche réellement équilibrée”. Un équilibre qui doit tenir compte aussi du poids du secteur, lequel représentait l’an dernier un peu plus de 100.000 emplois directs et indirects en France, selon l’Association européenne de l’aviation d’affaires (EBAA).

L’ACNUSA relève que l’aviation d’affaires a renforcé son offre pendant la crise sanitaire. Depuis le mois de juin 2021, l’activité dépasse régulièrement le niveau atteint en 2019 (+ 10 % à + 30 % selon les semaines). Les vols privés sont les grands gagnants de la crise sanitaire. Leur part de marché, dans le transport aérien, a ainsi quasiment doublé en 2021 (12%), par rapport à 2019. L’aviation d’affaires savait vanter ses atouts avant la crise sanitaire, notamment sa flexibilité dans le choix de l’aéroport de départ et de destination, dans celui des horaires et dates des vols. Ce marché de niche s’est également démocratisé ces dernières années, avec l’arrivée des very light jets (VLJ). Pendant la pandémie, il a aussi su profiter de la peur du virus, de la promiscuité subie dans les grands aéroports, des contraintes sanitaires et administratives, des programmes des compagnies régulières soumis aux aléas des ouvertures et fermetures des frontières.

A la nouvelle clientèle de voyageurs d’affaires moins fortunés s’ajoutent les vols sanitaires, le transport de marchandises diverses dont également des médicaments. Il faut aussi noter le poids des affrètements pour les déplacements de groupes, dans le cadre d’événements corporate (incentives, séminaires…), lesquelles peinent toutefois à retrouver les niveaux d’avant-crise, du fait d’une sensibilité accrue des entreprises – et de leurs collaborateurs – aux problématiques environnementales, mais aussi d’une volonté bien souvent de réaliser des économies.