Le coronavirus fait-il les affaires des jets privés ?

Entre fortes réductions des espaces aériens, offres drastiquement réduites des compagnies aériennes et volonté de ne pas se rassembler, la crise du coronavirus devrait faire les affaires des loueurs de jets privés. Est-ce si sûr ?

Alain Leboursier, directeur commercial du courtier suisse en jets privés Luna Jets, expliquait il y a peu sur CNN que sa société avait enregistré une augmentation impressionnante des demandes d'informations et des réservations : "en février, 15 % des demandes étaient liées à l'épidémie de Covid-19 et elles atteignent, depuis, les 30 %", affirmait-il.

« A toute chose, malheur est bon », pourrait-on hâtivement en conclure… Sauf qu’information et demande de réservation ne font pas vente. Car si l’on s’en tient au témoignage de Charlotte de Beaumont, marketing manager Europe de PrivateFly, la réalité est beaucoup plus nuancée.

« Au début de la crise du coronavirus, nous avons eu un afflux massif de demandes supplémentaires, concernant des rapatriements d’expatriés dans leur pays d’origine. Puis, depuis que la situation se détend en Chine, des demandes d’Européens pour y retourner. »

Habitués ou primo-clients, particulièrement nombreux, font donc appel au loueur en fonction de l’actualité de la crise sanitaire dans tel ou tel pays (propagation brutale ou, au contraire, reflux ; fermeture des frontières…). Résultat : « Ces demandes liées au Covid-19 sont massives : la semaine dernière (semaine du 9 mars, ndr), nous avons même battu un record. Mais ces demandes massives se concentrent sur une période courte, sont toutes similaires et nous ne pouvons donc répondre qu’à une partie d’entre elles, par manque de disponibilité d’appareils ou de créneaux dans les aéroports ».

Quelle proportion de ces demandes sont-elles satisfaites et, en conséquence, quel chiffre d’affaires est généré ? « Nous ne communiquons pas là-dessus, c’est très délicat. », reconnaît Charlotte de Beaumont. Une façon de ne pas apparaître comme des « profiteurs de guerre »… Cette attitude low profile à l’égard de la communication extérieure se retrouve par ailleurs dans les messages qui sont passés à la clientèle : « On se contente de proposer des solutions, sans en faire trop. »

Alors le coronavirus fait-il les affaires des jets privés ? Pas sûr car en plus des caractéristiques de la demande supplémentaire – massive, uniforme, concentrée dans le temps, l’autre problème majeur, c’est que cette crise sanitaire, c’est avant tout « l’arrêt presque total des déplacements et événements professionnels ». Et ça, les rapatriements auront du mal à le compenser.