Le crédit mobilité sonne-t-il le glas de la voiture de fonction ?  

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Alors que les entreprises sont de plus en plus nombreuses à proposer à leurs salariés un crédit partiel ou un forfait mobilité durable, la voiture de fonction est-elle en passe de tirer sa révérence ? Entre le prix du carburant, les objectifs environnementaux et le développement de nouvelles mobilités, les collaborateurs ont désormais d’autres options pour se déplacer.

La mobilité est aujourd’hui l’un des sujets principaux pour chaque entreprise et ce pour trois raisons : l’enjeu RH, selon Denis Saada, CEO et co-fondateur de Betterway, 1 tiers des démissions seraient dues à une mauvaise gestion des trajets domicile-travail ; un enjeu RSE, avec l’entrée en vigueur de la loi LOM notamment et sociétal. « La mobilité a changé dans les centres-villes mais pas que. De nombreuses solutions de mobilité se sont développées ce qui fait que nous sommes passés d’une offre binaire où nous avions le choix entre la voiture et les transports en commun, à une offre bien plus complète et une situation plus complexe avec la généralisation du télétravail », explique Denis Saada. Pour lui, le principal défi pour les gestionnaires de flottes est de proposer de nouveaux avantages aux collaborateurs en matière de mobilité dans un monde qui a considérablement évolué. « Je suis d’accord avec le fait que de nombreuses personnes sont encore attachées à leur voiture mais beaucoup souhaitent se déplacer autrement », ajoute-t-il. Et selon une récente étude publiée par FREENOW, 59% des salariés ayant la possibilité d’accéder à une voiture de fonction se disent prêt à y renoncer en faveur d’un budget de mobilité équivalent.

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Urbains VS péri-urbains et ruraux 

Une donnée à nuancer selon Yann Barbizet, Président et co-fondateur de Corporate Mobilities, pour qui le crédit mobilité n’est pas LA solution : « Le constat aujourd’hui est que le parc français est constitué de 3 millions véhicules de fonction. Il y a une vraie réflexion autour du crédit mobilité mais il ne faut pas oublier qu’il existe des difficultés dans certaines entreprises pour sa mise en place ». Selon lui, ceux pouvant bénéficier de mobilités douces sont avant tout des travailleurs urbains : « Dès lors que l’on s’éloigne des villes, les travailleurs sont dépendants des véhicules de fonction. Il y a une réelle différence entre les besoins et la réalité sur le terrain entre les urbains et ceux vivant en périphérie ou en zone rurale. »

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Pour David Saada, le covoiturage est pourtant un exemple de mobilité douce qui fonctionne très bien sur certains sites en périphérie des métropoles. Mais ce dernier fait face à deux freins principaux : « Le premier est que nous observons que les gens veulent bien être covoitureur mais pas covoiturer, ils sont encore très attachés à leur voiture. Le second vient de la composition du foyer. Lorsqu’il y a un ou plusieurs enfants, selon devient encore plus compliqué à mettre en place », complète Yann Barbizet. Selon le Président de Corporate Mobilities, pour que le covoiturage fonctionne il faut que les bassins d’emplois soient suffisamment conséquents et que le maillage avec d’autres entreprises le permette.

Avoir le choix et l’accès à une mobilité multimodale

Pour les gestionnaires de flottes, la question est donc complexe. Mais le crédit et forfait de mobilité ne devraient-ils pas simplement permettre aux collaborateurs d’avoir le choix ? Le choix de se déplacer autrement, de façon plus responsable et selon ses besoins professionnels mais aussi personnels. Et cela ne concerne pas uniquement les personnes travaillant et vivant en ville. « Ce que nous proposons aujourd’hui n’est pas de tuer la flotte automobile, c’est illusoire et ça ne va pas se passer comme ça, mais il faut pouvoir donner le choix aux salariés. Proposer l’option voiture de fonction ou petite voiture électrique + un budget mobilité ou bien un forfait mobilité à 100%. Tout l’enjeu est de permettre au salarié d’accéder à cette multimobilité », déclare David Saada. Pour Yann Barbizet, la résistance au sein des entreprises est bien réelle : « Je pense qu’il s’agit avant tout de conviction. Nous avons un rôle à jouer pour accompagner les entreprises dans cette transition, tout n’est pas uniquement systémique ».

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Si le crédit mobilité vient répondre à une demande réelle de la part de nombreux collaborateurs en France, la transition vers une mobilité douce à 100% ne se fera pas du jour au lendemain. La faute à un attachement certain à la voiture individuelle, à des trajets domicile-travail de plus en plus longs (de 1,5km il y a 60 ans à 13km aujourd’hui en moyenne) mais également au manque d’infrastructures et de solutions existantes dès lors que l’on sort des villes. Absence de piste cyclable, de borne de recharge pour véhicule électrique, de gare ou tout simplement de navette ou bus pour résoudre la problématique des fameux derniers kilomètres. En revanche, non, choisir un mode de transport moins polluant n’est pas réservé aux urbains. Que cela soit par l’hybridation, l’électrification des flottes ou le développement du covoiturage, les solutions sont désormais multiples et de plus en plus accessibles.