Les compagnies aériennes indiennes annoncent des suppressions et réductions de vols sur leurs liaisons européennes, conséquence directe des restrictions des espaces aériens au Moyen-Orient.
La compagnie low-cost IndiGo a annoncé mercredi 4 février la suspension de sa liaison vers Copenhague, à peine quelques mois après son lancement en octobre 2025. Le dernier vol décollera le 17 février prochain. Dans le même temps, la première compagnie aérienne indienne ajuste sa desserte britannique avec une réduction progressive des fréquences entre Delhi et Manchester, qui passeront de 5 à 3 vols hebdomadaires d'ici le 19 février. Les services vers Londres Heathrow subissent également des coupes, avec une diminution de la fréquence hebdomadaire, passant de 5 à 4 vols à partir du 9 février.
Ces décisions interviennent alors que les transporteurs indiens font face à un contexte opérationnel particulièrement complexe. L'espace aérien pakistanais reste fermé aux appareils immatriculés en Inde depuis avril 2025, obligeant les compagnies à emprunter des itinéraires allongés pour rejoindre l'Europe et l'Amérique du Nord. Cette restriction, initialement temporaire suite à un conflit militaire entre les deux pays, a été prolongée à de multiples reprises et entre désormais dans son dixième mois.
Plus récemment, les tensions géopolitiques au Moyen-Orient ont contraint les opérateurs à éviter également l'espace aérien iranien. Air India a émis le 28 janvier une instruction opérationnelle urgente demandant à ses équipages d'éviter le survol de l'Iran "jusqu'à nouvel ordre". Les vols long-courriers à destination de l'Europe et de l'Amérique du Nord ont été réacheminés via les couloirs aériens irakiens, ajoutant entre 15 et 45 minutes aux temps de vol selon les destinations.
Des pertes considérables pour IndiGo et Air India
Pour IndiGo, qui exploite ses liaisons long-courriers avec des Boeing 787 Dreamliner loués à la compagnie norvégienne Norse Atlantic Airways, ces détours se révèlent insoutenables. L'allongement des temps de vol génère une surconsommation de carburant, complique la gestion des équipages et réduit les marges de manœuvre pour absorber les retards. La compagnie a expliqué que ces "contraintes opérationnelles externes continuellement changeantes" et la "congestion dans les aéroports en Inde et à l'étranger" l'ont conduite à anticiper des ajustements initialement prévus pour la saison estivale.
Et les conséquences financières de ces perturbations sont considérables. Air India estime que la seule fermeture de l'espace aérien pakistanais lui coûte environ 40 milliards de roupies (365 millions de d'euros) par an. Au total, près de 800 vols hebdomadaires au départ de l'Inde seraient affectés. Lors d'une précédente fermeture de l'espace aérien pakistanais en 2019, les compagnies indiennes avaient perdu 7 milliards de roupies en quatre mois seulement (environ 65 millions d'euros). IndiGo a également prolongé jusqu'au 28 février la suspension de ses liaisons vers Tbilissi, Almaty, Bakou et Tachkent. Ces routes, normalement effectuées en six à sept heures en survolant l'Iran, deviennent économiquement et techniquement impossibles à maintenir avec les détours imposés.
Une situation géopolitique sous haute surveillance
Les autorités de l'aviation civile indienne suivent de près la situation, exigeant des compagnies des rapports quotidiens détaillant les nouvelles trajectoires, les chargements en carburant et les impacts sur les temps de service des équipages. Pour les passagers, ces ajustements se traduisent par des suppressions de liaisons, des modifications d'horaires et des temps de vol allongés. IndiGo a indiqué qu'elle continuerait à "surveiller ces développements externes et à ajuster son réseau de manière flexible pour s'aligner sur les conditions évolutives", laissant présager d'autres modifications possibles si la situation géopolitique ne s'améliore pas.