Luis Maroto (Amadeus) : Voyager seul n’est pas une option

Luis Maroto, Président & CEO, Amadeus, signe une tribune où il fait le point sur l’impact de la crise liée au coronovirus sur le marché du Travel. Si la reprise est progressive, l’Union Européenne semble être prête à soutenir les acteurs du secteur et l’année 2020 pourrait bel et bien marquer un tournant décisif pour réinventer l’industrie. 

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Il y a tout juste quatre mois, lorsque les premiers cas de coronavirus ont commencé, personne ne pouvait prévoir que cela deviendrait l’une des pires pandémies de l’histoire. Notre priorité en tant que société doit être de contenir le virus le plus rapidement possible.

Dès le début, notre priorité a été d’assurer la santé et le bien-être de nos collaborateurs, ainsi que de protéger notre entreprise et de continuer à soutenir nos clients. Au cours des dernières semaines, nous avons lancé plusieurs initiatives dans ce sens, comme l’aide aux agences de voyage pour permettre le télétravail via des connexions à distance à nos services, et l’aide aux compagnies aériennes pour faire face à l’augmentation du volume des annulations et des changements de billets. Nous travaillons également avec les aéroports pour les aider à s’adapter aux nouvelles exigences en matière de distanciation sociale et nous leur fournissons des outils pour les aider à réduire les interactions humaines. De nouvelles formations en ligne et de nouveaux outils de gestion de crise sont disponibles pour nos clients du secteur de l’hôtellerie, avec lesquels nous travaillons également pour faciliter les réservations du personnel médical.

Cette pandémie a déjà un impact dramatique sur l’économie auquel nous devons faire face dès que possible. Des organismes internationaux tels que le Fonds Monétaire International (FMI) estiment que la croissance s’est contractée de près de 3 % dans le monde, avec comme conséquence des destructions d’emplois et une détérioration de la qualité de vie des populations partout dans le monde.

Le tourisme est la première industrie à ressentir l’impact du COVID-19. Les estimations préliminaires de l’Organisation de Coopération et de Développement Economiques (OCDE) indiquent une baisse de 45 % du tourisme international en 2020, qui pourrait atteindre 70 % si les efforts de relance sont reportés jusqu’en septembre. Selon l’OCDE, le secteur du voyage et du tourisme représente 10,3 % du produit intérieur brut (PIB) mondial, et joue un rôle essentiel dans les économies nationales. Le Conseil mondial du voyage et du tourisme (WTTC) a aussi estimé que jusqu’à 75 millions d’emplois sont menacés dans ce secteur qui emploie tant de personnes. Les autorités nationales commencent à travailler en étroite collaboration avec l’UE et l’industrie sur des mesures communes visant à protéger l’emploi et l’activité du secteur et à préparer la reprise.

En ce sens, nous nous félicitons du plan Marshall pour l’industrie du voyage que le commissaire Breton a annoncé en avril. Bien que nous attendions toujours les détails de ce plan, il semble évident que l’UE donnera la priorité au tourisme pour les plans d’urgence et de relance, ce qui est très encourageant. Le plan devrait s’attacher à répondre aux besoins immédiats du secteur en matière de liquidités afin de protéger l’emploi et les investissements. 

M. Breton a également souligné la nécessité de réinventer et de repenser le secteur du tourisme. C’est un point sur lequel je suis tout à fait d’accord. La situation actuelle offre une opportunité de transformer le secteur et d’évoluer vers des structures de voyage et d’entreprise plus durables. Il est important de souligner l’importance de l’innovation, en particulier avec les nouvelles technologies et l’amélioration des procédures, pour aider le secteur du voyage et du tourisme et l’économie en général à gérer des situations qui seront plus incertaines et plus complexes.

L’industrie du voyage et du tourisme a démontré sa force et sa résilience dans le passé. Nous sommes convaincus que, grâce à la coopération public-privé, elle se remettra de cette nouvelle récession. Nous ne savons pas combien de temps durera cette crise, mais il est clair que nous ne pourrons garantir la force et la longévité de l’industrie que si nous embarquons tous ensemble pour ce voyage.