Lorsque vous êtes arrivée à ce poste de directrice générale pour le marché France, en charge de la partie commerciale et de l'exploitation commerciale d'Air France-KLM cet été, quelle était votre feuille de mission ?
Nadia Azale : Ma feuille de mission est d'abord de poursuivre les nombreuses choses qui fonctionnent très bien sur ce marché, dans la relation d'Air France-KLM avec ses partenaires, qu'il s'agisse des distributeurs ou des entreprises. Plusieurs missions s'inscrivent dans la continuité : le dialogue, l'échange, la transformation vers les nouveaux modèles de distribution en partenariat, et une écoute attentive, étape par étape.
La deuxième mission consiste à continuer de promouvoir notre réseau et notre montée en gamme, tout en restant à l'écoute du marché français. C'est un marché clé et stratégique pour Air France-KLM, dont la contribution est très forte. Toutes nos décisions et orientations doivent être alignées avec ses besoins.
Enfin, le troisième élément est de rester très proche de nos voyageurs, ce qui inclut évidemment nos voyageurs d'affaires, aussi bien dans le segment des PME-TPE que dans celui des grands comptes. Il faut comprendre leurs besoins, les changements, les évolutions et les tendances. Nous vivons dans un monde qui se transforme, et nous devons adapter nos équipes à cette nouvelle réalité.
Cette clientèle d'affaires, centrale pour vous, on imagine que la montée en gamme actuellement à l'œuvre lui est en grande partie destinée ?
La montée en gamme bénéficie effectivement beaucoup aux voyageurs d'affaires. Cette année a été difficile pour notre industrie, compte tenu de la situation géopolitique, et c'est en partie grâce à eux que nous avons réussi à maintenir une partie de nos résultats.
Mais elle est également très importante pour un segment qui se développe de plus en plus : le « business leisure ». Ce sont des voyageurs qui partent pour des raisons personnelles mais choisissent les classes avant. Nous constatons d'ailleurs une demande importante pour la première classe. Notre dixième route est désormais équipée de la nouvelle cabine La Première, qui rencontre un succès considérable.
Quels sont, selon vous, les motifs de satisfaction et les axes d'amélioration qu'Air France doit encore travailler pour adresser ce segment affaires, qu'il s'agisse des voyageurs individuels, des travel managers, des TMC ou des entreprises clientes ?
Le réseau est fondamental. Nous proposons 170 destinations au départ de Roissy-Charles-de-Gaulle, avec de nombreuses fréquences quotidiennes. Nous avons beaucoup échangé avec nos partenaires au sujet des États-Unis : nous desservons désormais dix-neuf destinations sur le continent américain, auxquelles s'ajoutent des destinations secondaires que nous pouvons ouvrir.
L'expérience client représente également un investissement majeur. Nous continuons à développer nos salons : nous venons d'en ouvrir un à Londres Heathrow et un autre à Francfort, deux grandes plateformes business.
J'ai à ce titre le plaisir d'annoncer l'ouverture prochaine d'un nouveau salon à JFK, qui sera notre plus grand salon à l'international. Avec ses 2.700 m², il pourra accueillir plus de 400 clients, avec des espaces dédiés aux voyageurs de La Première et aux membres Ultimate de notre programme de fidélité. L'ouverture est prévue en 2027.
Ces investissements s'ajoutent à ceux que nous réalisons dans les avions et les cabines. Air France investit aujourd'hui plus d'un milliard d'euros par an entre l'acquisition de nouveaux appareils et la rénovation de ses cabines. Malgré les crises traversées par notre industrie, nous faisons le maximum pour préserver ces investissements, car ils sont essentiels pour satisfaire une clientèle exigeante, qui voyage fréquemment et dont les attentes sont très élevées.
Quelle est votre plus grande destination au départ de France pour la clientèle d'affaires ? New York, je suppose ?
Oui. Et la deuxième est Shanghai.
Parlons du domestique. Il y a eu un changement important l'année dernière pour les vols intérieurs d'Air France. Quel bilan en tirez-vous ?
Fin mars 2026, Air France a recentré son offre domestique sur Roissy-Charles-de-Gaulle, qui constitue notre plateforme principale. En parallèle, Transavia dispose d'une offre très forte sur les provinces françaises. Sur le périmètre de Marseille, Nice et Toulouse, cela représente une augmentation de l'offre de 11 % pour le groupe.
Ce changement ne s'est donc pas traduit par une baisse de capacité. Le transfert d'Orly vers Roissy-Charles-de-Gaulle s'est accompagné d'une augmentation de l'offre globale, en complément de toute l'offre de Transavia sur ces destinations.
Vous avez pleinement utilisé les leviers d'un groupe, en vous appuyant sur Transavia pour prendre le relais.
Exactement. Pour nos clients en province, qui comptent beaucoup pour nous, notre ancrage régional reste au cœur de l'ADN du marché français. Ils bénéficient d'une offre riche pour les trajets point à point, qu'il s'agisse des vols Transavia vers Orly ou des vols Air France vers Charles-de-Gaulle.
Je rappelle également que le CDG Express entrera en service en mars 2027, ce qui s'inscrivait pleinement dans cette perspective.
Par ailleurs, le recentrage sur Roissy nous a permis de développer les possibilités de correspondance pour les voyageurs en provenance des régions. Ils peuvent désormais accéder aux 170 vols quotidiens que nous opérons depuis Roissy-Charles-de-Gaulle, et bénéficier d'une connectivité vers le monde entier. Enfin, à Roissy, les clients accèdent au meilleur de l'offre Air France : salons, conciergerie, nouveaux avions, autant d'éléments qui rendent l'expérience client très positive.
J'ai l'intuition que les vols domestiques d'Air France au départ ou à destination de Roissy concernent principalement des voyageurs qui poursuivent ensuite leur trajet à l'international, davantage que des voyageurs d'affaires domestiques à proprement parler. Est-ce exact ?
D'après nos chiffres, la connectivité vers l'international a progressé de 10 %. Le reste, sur une capacité en hausse de 11 %, est resté consacré au trafic point à point. Les chiffres sont éloquents : le nombre de sièges a augmenté de 11 % sur ce périmètre - par exemple entre Paris et Nice, mais le nombre de passagers a progressé de 16 %, ce qui traduit une amélioration du taux de remplissage. Le bilan est très positif.
Il y a bien sûr toujours des axes d'amélioration. Dans le cadre de ma prise de poste, j'ai prévu de visiter les régions pour échanger directement avec les clients et les agences, et recueillir leurs retours. Les premiers chiffres sont encourageants, et nous restons naturellement à l'écoute.
Votre nomination cet été s'est accompagnée d'autres mouvements au sein de l'organisation. Hervé Kozar a notamment changé de poste, avec des fonctions qui regroupent désormais le secteur corporate et les agences de voyages. Qu'avez-vous à dire à ce sujet ?
Comme je l'ai mentionné, nous sommes très focalisés sur l'ensemble des segments des entreprises : PME, TPE, PMI et grands comptes. Le fait de regrouper le secteur corporate et les agences nous permet de renforcer la mutualisation, de favoriser les échanges et de travailler plus efficacement sur ces deux segments, qu'il s'agisse des distributeurs ou des entreprises clientes directement. Comme toute organisation, nous cherchons en permanence à améliorer notre efficacité collective, et cette évolution s'inscrit pleinement dans cette démarche.