Quel impact de la guerre en Ukraine sur le transport aérien ?

Les ciels russe et ukrainien sont presque entièrement coupés du monde. Le conflit oblige aussi de nombreuses compagnies à contourner la Russie lorsqu’elles relient l’Europe à l’Asie. Mais l’impact de loin le plus sérieux est la remontée des prix du kérosène, avec des conséquences multiples, comme l’ont souligné les invités d’un récent webinar organisé par GBTA Italy.

Après deux années de crise liée à la pandémie, le transport aérien commence à retrouver des couleurs. Les variants Delta et Omicron ne freinent que quelques semaines la reprise du secteur. Et voilà que survient l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Les professionnels s’interrogent aujourd’hui : quel peut être l’impact du conflit à court, moyen et long terme, pour les compagnies aériennes mais aussi pour le voyages d’affaires ?

Si l’on regarde les chiffres de IATA, l’impact est réel mais n’est pas énorme, comme l’a noté Andrea Giuricin, CEO de l’agence de conseil Tra Consulting, lors d’un webinar organisé ce jeudi par la GBTA Italie. On constate néanmoins des situations très différentes selon les zones géographiques. Un faible impact a par exemple été relevé sur le trafic aérien aux Etat-Unis au tout début de la guerre, ayant duré à peine dix jours, avant qu’il ne revienne à sa situation antérieure.

Il est plus important en Europe, du fait d’abord de liens commerciaux plus étroits avec la Russie, mais surtout de l’obligation de changer de route pour se rendre en Asie. Contourner la Russie coûte en effet cher en temps (de trajet) et donc en argent avec le renchérissement du carburant qui se répercute aussi sur les prix des billets. Les signes de reprise se multipliaient pourtant les semaines précédant le conflit, avec la réouverture des frontières du Japon – au profit notamment du segment affaires – et de la Corée du Sud, à défaut de celles de la Chine.

La situation est bien sûr très différente selon les compagnies aériennes. Finnair a par exemple annoncé jusqu’à 4 heures de vol supplémentaires entre son hub d’Helsinki et certaines de ses destinations asiatiques. Ce qui, au passage, représente jusqu’à 8 heures de présence en moins sur place lors d’un déplacement professionnel. Loin d’être négligeable ! Fatih Atacan Temel, General Manager de Turkish Airlines à Milan, a pour sa part indiqué que la compagnie turque n’était pas très affectée par la question des changements de routes, du fait de la position géographique de son hub d’Istanbul.

«Nous avons deux impacts, a de son côté souligné Flavio Ghiringhelli, Country Manager Italy de la compagnie Emirates. L’un à court et moyen terme, lié au détournement de certaines routes. L’autre s’inscrit dans le plus long terme, soit une dégradation des relations bilatérales entre la Russie et d’autres pays, qui affecteront les relations commerciales et donc les voyages d’affaires».

Fatih Atacan Temel prévient que les cours élevés du kérosène vont se répercuter pour un bon moment sur les coûts des compagnies aériennes. Lesquelles n’auront pas de choix que d’augmenter leurs tarifs. Avec une incidence sur les budgets voyages des entreprises. Et Andrea Giuricin d’anticiper les plus fortes hausses de tarifs plutôt pour l’an prochain au regard des couvertures des compagnies aériennes leur permettant actuellement de se prémunir contre les risques liés aux fluctuations du prix du carburant.

Quelles seront par ailleurs les comportements des voyageurs dans les prochains mois, voire semaines ? «Les gens n’ont pas pu voyager pendant presque deux ans, rappelle le dirigeant de Turkish. Pas sûr que les hausses de prix ne freinent les envies de départ d’un grand nombre d’entre eux». Autre inconnue : l’inflation. Quelles conséquences en effet pour les secteur des voyages et des transports, alors que les particuliers voient leur pouvoir d’achat – et les entreprises leurs marges – affectés par la hausse des prix de plusieurs matières premières (pour ne citer qu’elles) ?

A la dépendance de l’Europe aux énergies fossiles russes s’ajoute bien sûr l’urgence climatique. Le transport aérien doit investir massivement dans les carburants propres. Flavio Ghiringhelli a toutefois rappelé que le rythme de mise en place d’une filière SAF allait prendre du temps, que ce fuel vert allait coûter plus cher que le kérosène et n’allait pas aider à réduire les coûts des compagnies aériennes. «L’introduction du SAF ira plus vite que celle de nouvelles technologiques et modes de propulsion des avions. Mais il ne faut pas attendre d’effets à court et moyen terme liés à ces nouveaux carburants» a renchéri Fatih Atacan Temel. Andrea Giuricin a insisté sur la responsabilité des gouvernements pour soutenir cette transition. Et Flavio Ghiringhelli de souligner aussi celle des travel managers, à leur niveau, dans le choix des compagnies aériennes, des types d’avion, des itinéraires, afin que les voyages de leurs collaborateurs soient plus durables.