L'opérateur ferroviaire espagnol Renfe vient d'annoncer un plan d'investissement de près de 1,8 milliard d'euros pour moderniser et étendre sa flotte à grande vitesse. Une offensive capacitaire, pensée pour consolider son leadership européen, qui tranche avec les difficultés opérationnelles majeures rencontrées par la compagnie sur le marché français.
Le conseil d'administration de Renfe a validé le lancement du "plus grand appel d'offres de son histoire." L'opération porte sur l'acquisition ferme de 30 rames à grande vitesse de dernière génération, avec une option pour 10 unités supplémentaires, représentant un engagement financier de 1,777 milliard d'euros. Conçus pour atteindre une vitesse commerciale de 350 km/h, ces trains d'une capacité minimale de 450 places intégreront les standards européens de signalisation ERTMS. L'urgence est de mise pour l'opérateur, qui précise qu'une "importance particulière à la rapidité des délais de fabrication et à la disponibilité des nouvelles unités" sera accordée afin que la flotte puisse intégrer le service commercial le plus rapidement possible.
Selon l'opérateur, le calendrier de livraison prévoit que les cinq premières unités devront être intégrées avant le 40ème mois (soit environ 3 ans), tandis que l'ensemble de la flotte devra être pleinement opérationnelle avant le 78ème mois (soit plus de 6 ans). "De même, les conditions fixées dans l'appel d'offres établissent un rythme de livraison d'un nouveau train tous les mois et demi", ajoute Renfe.
En France, Renfe rame toujours
Pourtant, il y a près d'un an, en avril 2025, la compagnie espagnole avait dû reporter l'inauguration de sa ligne Toulouse-Barcelone, seulement trois jours avant son lancement prévu le 7 avril. Ce coup d'arrêt soudain avait alors mis en lumière les profondes fractures entre l'opérateur et les autorités françaises. A ce jour, la liaison n'est toujours pas entrée en service et Renfe n'a jamais souhaité commenter cette décision, ni donner de précision sur sa feuille de route.
À l'époque, la direction de Renfe n'avait pas caché son exaspération, allant jusqu'à menacer de retirer l'ensemble de ses opérations de l'Hexagone. Au cœur du litige figurait un processus d'homologation technique décrit comme interminable par la partie espagnole.
La certification de ses rames pour opérer sur l'axe ultra-stratégique Paris-Lyon s'étirait depuis 3 ans, contre les 6 mois habituels. Sans l'accès à ce corridor, indispensable pour rentabiliser ses liaisons transfrontalières existantes entre Lyon et Barcelone, ou Marseille et Madrid, le modèle économique de l'entreprise en France était jugé intenable. Ce blocage institutionnel avait d'ailleurs pris une tournure politique en 2025 puisque le ministère espagnol des Transports avait dénoncé publiquement une asymétrie de traitement, rappelant que la filiale low-cost de la SNCF, Ouigo España, avait pu capter plus de 20% du marché de la grande vitesse espagnole en quelques années sans rencontrer de telles entraves administratives.