Avec des volumes ayant officiellement dépassé les niveaux de 2019, le transport aérien entame un cycle de progression de long terme qui devrait le mener à 23,2 milliards de passagers en 2054. Le rapport "World Airport Traffic Forecasts 2025-2054" de l'ACI détaille cette trajectoire, marquée par une résilience globale du secteur et l'évolution des comportements des voyageurs d'affaires, qui pèse désormais sur les prévisions.
L'aérien mondial a officiellement clos le chapitre de la pandémie en 2024, le trafic passagers ayant finalement dépassé les niveaux de 2019. Selon les dernières prévisions de l'Airports Council International (ACI World) couvrant la période 2025–2054, le secteur entre désormais dans une phase de croissance "structurelle normalisée". Pour l'année 2025, les aéroports devraient accueillir environ 9,8 milliards de passagers au niveau mondial (un chiffre qui doit être confirmé officiellement en juillet 2026), soit une progression de 3,6% par rapport à l'année précédente et un niveau équivalent à 107% du trafic de 2019. Cette dynamique, bien que positive, s'inscrit sur une trajectoire inférieure aux projections pré-Covid, l'organisme estimant que l'industrie a perdu l'équivalent de quatre à cinq années de croissance potentielle à cause de la pandémie.
23,2 milliards de passagers en 2054
À long terme, le rapport anticipe un doublement du trafic aérien au niveau mondial d'ici le milieu des années 2040 pour atteindre 23,2 milliards de passagers en 2054. Toutefois, cette expansion masque une redistribution géographique majeure des flux. La région Asie-Pacifique s'affirme comme la locomotive du secteur : elle devrait concentrer près de 10 milliards de passagers à l'horizon 2054, portée par une croissance annuelle moyenne de 3,6%. Elle est suivie par le Moyen-Orient, qui affiche la progression la plus rapide avec un taux annuel de 3,9%, pour atteindre 1,4 milliard de voyageurs. Les marchés émergents d'Amérique Latine et d'Afrique confirment également leur potentiel, avec des prévisions respectives de 1,9 milliard et 754 millions de passagers d'ici trente ans.
En contraste avec ces marchés en pleine effervescence, l'Europe et l'Amérique du Nord entrent dans une ère de "maturité" caractérisée par une croissance plus modérée. Le continent européen, bien que restant un pôle majeur du trafic aérien, devrait enregistrer une progression annuelle moyenne de 2,4% pour atteindre 5,1 milliards de passagers en 2054. Ces chiffres placent l'Europe juste devant l'Amérique du Nord, qui enregistre la croissance la plus faible des régions au niveau mondial avec 2,3% par an, pour un volume projeté de 4,1 milliards de passagers. Selon l'ACI, ces deux régions font face à des défis structurels similaires, notamment des contraintes de capacité aéroportuaire et une régulation environnementale plus stricte qui pèsent sur la demande à long terme.
Plus de trafic international, moins de trafic domestique
L'analyse de la typologie des flux révèle également une mutation profonde des motifs de déplacement. La reprise actuelle est principalement tirée par le trafic international, qui devrait croître de 5% à court terme, tandis que le marché domestique montre des signes de stagnation, particulièrement en Amérique du Nord. En Europe, certaines sous-régions affichent également une demande domestique affaiblie, notamment en France.
Cette tendance suggère une modification durable du mix passagers au détriment de la clientèle Affaires traditionnelle, notamment sur les liaisons intérieures où les alternatives ferroviaires et les outils de communication à distance modifient la demande. L'ACI note que la croissance est désormais soutenue majoritairement par le segment loisirs et les visites affinitaires, obligeant les acteurs du secteur à adapter leurs modèles économiques à cette nouvelle réalité de marché où les voyages professionnels ne jouent plus le même rôle moteur que par le passé.