Taxes aéroportuaires : l'Allemagne, nouvelle cible de Ryanair

Ryanair frappe de nouveau sur le marché allemand.

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Margot Ladiray

Margot Ladiray

16 octobre 20254 min de lecture

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© Adobe Stock

Ryanair frappe de nouveau sur le marché allemand. La compagnie a annoncé, mercredi 15 octobre, une réduction de plus de 800.000 sièges et l’annulation de 24 routes sur l’hiver 2025-2026, touchant neuf aéroports, dont Berlin, Hambourg et Memmingen, tandis que Dortmund, Dresde et Leipzig restent fermés.

Pour la saison hivernale 2025, Ryanair a annoncé un plan de réduction significatif de ses opérations en Allemagne, se traduisant par une coupe de plus de 800.000 sièges dans son offre. Cette décision implique la suppression de 24 liaisons internationales qui desservaient neuf aéroports allemands majeurs, incluant Berlin, Hambourg et Memmingen. En complément de ces suppressions de routes, la compagnie a confirmé que ses bases aéroportuaires de Dortmund, Dresde et Leipzig resteraient fermées.

Depuis des mois la low cost irlandaise taille dans ses opérations européennes et cette fois-ci, son plan cible l'Allemagne. L’addition des “coûts d’accès” (taxe aérienne, redevances aéroportuaires, frais de sûreté, charges de contrôle aérien) rendrait l’Allemagne “grossièrement non compétitive” par rapport à d’autres marchés européens. Selon Ryanair, la décision intervient sur fond d’engagements gouvernementaux non tenus. Berlin avait laissé entendre au printemps dernier vouloir revenir sur la hausse de 24% de la taxe aérienne entrée en vigueur en mai 2024. La marche arrière n'ayant pas eu lieu, la compagnie met ses menaces à exécution et réduit ses opérations dans plusieurs aéroports du pays. Dans son argumentaire, elle rappelle que le marché allemand n’a retrouvé que 88% de son trafic pré-Covid, "l’un des plus faibles taux de reprise parmi les grands pays européens". Pour Ryanair, l’équation est simple : tant que les taxes et redevances ne seront pas abaissées, l’offre baissera, les prix grimperont et l’écart de compétitivité avec des voisins plus “pro-growth” se creusera.

Comme un air de déjà vu

 La low cost appelle le ministre des Transports, Patrick Schnieder, à réduire “d’urgence” les coûts d’accès, promettant en échange un plan de croissance calibré, avec 30 avions supplémentaires basés (soit environ 3 milliards de dollars d’investissement), un doublement du trafic à 34 millions de passagers par an et plus de 1.000 emplois créés. La mécanique est désormais bien rôdée chez Ryanair et consiste à annoncer un retrait rapide et visible, corrélé à une fiscalité jugée punitive, puis mettre sur la table un “deal” de relance si les autorités s’alignent sur son cadre de compétitivité.

Au-delà de l’Allemagne, l’épisode s’inscrit dans un continuum européen. Il y a quelques jours à peine, Ryanair sabrait 160.000 sièges (-20%) de son programme hiver 2025 à Riga et supprimait sept liaisons internationales, dont Paris-Beauvais, en réaction à la hausse des redevances lettones. La compagnie avait déjà procédé à des coupes en France, en Espagne ou en Autriche, avec des arguments identiques : tantôt taxes augmentées, tantôt remises ou incitations tarifaires jugées insuffisantes, le tout opposé à des contre-exemples brandis comme modèles (Italie, Hongrie, Pologne, Albanie ou encore Irlande), où la fiscalité serait plus basse ou en baisse et les charges aéroportuaires mieux pilotées pour stimuler la demande.

Une stratégie assumée par Ryanair

Cette stratégie, Ryanair l’assume et la systématise. Elle repose sur une élasticité des prix très forte, inhérente au modèle low cost, et sur une allocation ultra-mobile de la flotte. L’entreprise redéploie en quelques semaines des avions vers des bases offrant des conditions économiques et réglementaires plus favorables. Elle s’appuie aussi sur une communication offensive, pouvant être perçue comme du chantage. A Riga, la promesse de la low cost était de doubler le trafic à cinq ans avec deux avions supplémentaires et 14 nouvelles lignes étaient conditionnées à l’abolition de la taxe aérienne et à la baisse des redevances. 

La question reste : jusqu’où les États et les gestionnaires d’aéroports doivent-ils aller pour soutenir la reprise du trafic, et à quel prix pour les finances publiques et les objectifs environnementaux ? Les pays cités comme exemplaires par Ryanair ont fait des choix explicites de stimulation, voire d’exemptions, des taxes aériennes, au moins à court terme. D’autres, à l’image de l’Allemagne ou la France, ont augmenté la fiscalité au nom de l’équilibre budgétaire, de la soutenabilité ou d’une réallocation des coûts environnementaux. Pour les voyageurs, cette décision resserre l’accessibilité de certaines villes secondaires et réduit les alternatives tarifaires sur les grands hubs. Sur des marchés, comme l'Allemagne, où Lufthansa est dominante, Ryanair lie explicitement la question des coûts d’accès à celle des prix payés par les consommateurs, affirmant que la combinaison “taxes élevées + concurrence réduite” mène aux “plus hauts tarifs d’Europe”, selon ses termes. À Riga, la fin de la ligne vers Paris-Beauvais coupe un canal direct vers le principal hub français de la low cost irlandaise, contraignant à des correspondances plus longues ou à des tarifs potentiellement supérieurs chez des concurrents.

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