Trains de nuit : le confort, clé de la conquête de la clientèle d’affaires

Les trains de nuit connaissent un nouveau départ, au niveau national et européen, avec en trois jours les (ré)ouvertures de Paris-Briançon, Paris-Tarbes-Lourdes et Paris-Vienne. Le ministre des Transports, Jean-Baptiste Djebbari, a présenté ce dimanche un ambitieux projet pour renforcer encore le développement des trains de nuit. Avec de lourds investissements prévus pour améliorer le confort à bord et ainsi séduire les voyageurs d’affaires…

Le train plutôt que l’avion ! L’heure est à la lutte contre le réchauffement climatique. Et le train de nuit lui aussi connait un nouveau départ. ÖBB opère ainsi dès ce mardi 13 décembre une liaison entre Paris et Vienne. La SNCF a pour sa part relancé deux dessertes ce week-end, le Paris-Briançon (après neuf mois de travaux sur la ligne) et le train-couchettes Paris-Tarbes-Lourdes, ligne interrompue en 2017. Et les projets de futures liaisons se multiplient. L’une doit relier Berlin à Paris en décembre 2023. Les opérateurs privés sont aussi dans les starting-blocks pour lancer des trains de nuit transfrontaliers, dont la future compagnie française Midnight Trains tablant sur une première ligne présentée comme un « hôtel sur rail » pour fin 2023.

Jean-Baptiste Djebbari veut aller plus loin : « Je souhaite que nous ayons une dizaine de lignes nationales de train de nuit à l’horizon 2030″, a indiqué le ministre délégué aux Transports ce dimanche soir, gare de Paris-Austerlitz, dans le cadre de la relance des deux dessertes de train de nuit hexagonales. Sont évoquées plusieurs lignes reliant Paris à Aurillac, Perpignan (et au delà Barcelone), Toulouse, Montpellier ou Marseille, la prolongation de la ligne de Rodez jusqu’à Albi, ainsi que des transversales telle Bordeaux-Nice.

Le ministre a également indiqué qu’il travaillait au lancement début 2022 d’un appel à manifestation d’intérêt pour multiplier les lignes au niveau européen. « Mon ambition, c’est que des trains de nuit relient Paris aux capitales européennes : Madrid, Rome, Copenhague, peut-être même Stockholm« , a-t-il précisé, signalant également l’existence d’un projet de ligne reliant Strasbourg et Luxembourg à Barcelone.

Le renouvellement du matériel va de pair avec la relance des trains de nuit. D’autant que le confort est primordial pour attirer la clientèle d’affaires. Sur le Paris-Vienne, pas de souci : les rames Nightjet (Siemens) offrent un bon niveau de confort, avec trois classes, l’une avec place assise dans un compartiment, les deux autres avec cabines dont l’une avec couchette et l’autre qualifiée de « premium », privatisable (single, double ou triple), avec linge de lit, possibilité de repas à la place, douches et toilettes à l’intérieur des cabines…

En France, le gouvernement avait déjà dégagé l’an dernier une enveloppe de 100 millions d’euros pour améliorer l’offre, dans le cadre du Plan France Relance annoncé par le gouvernement en septembre 2020. Sur Paris-Nice sont ainsi positionnées d’anciennes rames wagon-lits, sauvées de la casse, complètement désossées et remises à neuf. La modernisation des voitures passe par l’ajout du wifi et de prises électriques individuelles dans les compartiments, par des sièges et couchettes plus confortables, une climatisation performante et une meilleure insonorisation. Toutes ces améliorations manquent évidemment dans les rames Corail remises en service sur les autres axes, avec ses compartiments pour six personnes qui ne répondent pas aux besoins d’une clientèle un tant soit peu exigeante. « Je compte faire en sorte qu’un nouveau matériel roulant soit développé (…), livré entre 2025 et 2030« , a poursuivi Jean-Baptiste Djebbari, annonçant un investissement d' »au moins 800 millions d’euros » pour acquérir quelque 300 voitures, une trentaine de locomotives et deux ateliers de maintenance.

Difficile néanmoins d’anticiper sur les évolutions de la demande et des comportements futurs sur plusieurs années. Avec la libéralisation du rail européen vont se multiplier les offres concurrentes sur le TGV. A ce titre, on peut questionner l’approche de la compagnie italienne Trenitalia, laquelle lance samedi prochain sa ligne à grande vitesse Paris-Milan… six mois après que sa filiale Thello ait stoppé son desserte nocturne Paris-Venise…