Vol Flydubai vers Tel Aviv : l’incident soulève de nouvelles questions sur la sûreté aérienne

L’incident survenu ce 30 septembre à bord du vol FZ1073 de Flydubai, entre Dubaï et Tel Aviv, met en lumière une vulnérabilité particulière de la sûreté aérienne.

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David Keller

David Keller

2 octobre 20264 min de lecture

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© Archives DéplacementsPros.com

Rappel des faits : le Boeing 737 MAX 8 de Flydubai avait décollé de Dubaï le mercredi 30 septembre à destination de Tel Aviv lorsqu’un incident est survenu dans le cockpit. Le copilote aurait agressé le commandant de bord avec une arme blanche alors que l’avion se trouvait en vol. Les données de trajectoire montrent une brutale perte d’altitude avant que l’appareil ne retrouve une trajectoire stabilisée. Un code 7500, correspondant à une intervention illicite à bord, a également été émis.

L’appareil a alors été dérouté vers Tabuk, en Arabie saoudite, où il a atterri sans dommage. Flydubai a confirmé l’incident et indiqué que tous les passagers étaient sains et saufs. La compagnie précise que ses équipes travaillent désormais avec les autorités compétentes. La General Civil Aviation Authority (GCAA) des Émirats arabes unis a de son côté qualifié l’événement d’« incident de sécurité » et indiqué que certains membres de l’équipage avaient été blessés. Une enquête doit déterminer les causes et les circonstances de l’événement, notamment sous ses aspects opérationnels et sécuritaires.

La menace interne au cœur des interrogations

Ces éléments, qui devront être établis par l’enquête, posent une question différente de celle traditionnellement associée à la sûreté aéroportuaire. Depuis les attentats du 11 septembre 2001, une grande partie des dispositifs vise à empêcher un passager ou un individu extérieur d'accéder au cockpit. Le cas de FZ1073 interroge au contraire la possibilité qu’une personne autorisée à accéder à toutes les zones sensibles de l’appareil constitue elle-même la menace.

Les Émirats disposent pourtant d’un dispositif spécifiquement consacré à cette problématique. La GCAA organise notamment des programmes de sensibilisation à la « menace interne » destinés aux personnels de l’aviation civile disposant d’un accès aux zones sécurisées des aéroports. L’objectif affiché est d’identifier et de réduire les risques liés aux personnes travaillant au sein du système aérien.

La question est donc moins celle de l’existence de procédures que de leur capacité à détecter un comportement individuel dangereux avant qu’il ne se traduise par un acte à bord.

Le contrôle des équipages en question

L’autre interrogation concerne le filtrage des personnels navigants. Un pilote ne suit évidemment pas le même parcours de contrôle qu’un passager : il possède des autorisations permanentes, connaît les procédures et dispose d’un accès direct au cockpit et à des équipements auxquels les voyageurs n’ont pas accès.

L’enquête devra notamment déterminer comment l’arme utilisée lors de l’agression a pu se retrouver à bord et si elle a été introduite par le pilote ou était déjà accessible dans l’environnement sécurisé de l’avion. Il serait toutefois prématuré d'en tirer une conclusion sur une éventuelle faille du contrôle à l'aéroport de Dubaï.

Le problème de la menace interne n'est d'ailleurs pas nouveau dans l'aviation. Les autorités de l'aviation civile des Émirats l'identifient explicitement comme un risque de sûreté nécessitant une vigilance spécifique.

Au-delà de Dubaï

L’incident intervient sur une liaison particulièrement sensible entre les Émirats arabes unis et Israël. Il pose donc également la question de la coordination entre les différents dispositifs nationaux de sûreté lorsqu’un vol international est opéré par une compagnie étrangère.

Un rapport du contrôleur de l'État d'Israël publié en 2024 avait déjà identifié la sécurité de l'aviation civile internationale comme une problématique nécessitant une approche globale. Son audit portait notamment sur la sécurité des vols israéliens à l'étranger et celle des avions civils étrangers entrant dans l'espace aérien israélien. Le contrôleur recommandait la mise en place d'une réflexion interministérielle couvrant l'ensemble de ces dimensions.

Le rapport est antérieur à l'incident de Flydubai et ne permet évidemment pas d'établir un lien direct avec celui-ci. Il rappelle néanmoins que la sûreté d'un vol international ne repose pas sur un seul aéroport ou une seule compagnie : elle implique une succession de contrôles, d'évaluations et d'échanges d'informations entre États, aéroports et opérateurs.

Pour l'heure, les autorités émiraties indiquent que l'enquête doit encore établir les circonstances exactes et le mobile éventuel de l'incident - les autorités ne parlent d'ailleurs pas, pour l'heure, d'acte terroriste. La principale question pour le secteur aérien sera donc de déterminer si FZ1073 relève d'un acte isolé ou s'il révèle une vulnérabilité plus structurelle dans la gestion de la menace interne.

Dans le premier cas, les procédures existantes pourraient être renforcées à la marge. Dans le second, c'est une partie du modèle de sûreté aéroportuaire, largement construit autour de la détection d'une menace extérieure, qui pourrait être appelée à évoluer.

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