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Bientôt votre atterrissage au "President Donald J. Trump International Airport" !

C’est le genre d’articles qu’on est content de ne pas avoir à publier le 1er avril, histoire de s’épargner les multiples demandes de confirmation des lecteurs… Oui, l'aéroport de Palm Beach, Floride, va vraisemblablement prendre le nom de l’actuel locataire de la Maison blanche.

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David Keller

David Keller

23 février 20265 min de lecture

Bientôt votre atterrissage au "President Donald J. Trump International Airport" !
(Image générée par l'IA)© Archives DéplacementsPros.com

Les autorités législatives de Floride s’en félicitent par communiqué ce 20 février : les parlementaires de l'État ont voté le changement de nom de l'aéroport international de Palm Beach en "President Donald J. Trump International Airport". Une décision qui intervient quelques jours seulement après que DTTM Operations LLC, la société de propriété intellectuelle de Donald Trump, a déposé des demandes de marque pour utiliser le nom du président sur... des aéroports. Ça tombe bien, du coup.

Le vote a été adopté à la Chambre des représentants de Floride par 81 voix contre 30, puis au Sénat par 25 voix contre 11, selon un strict découpage partisan. Les républicains ont applaudi cette initiative. Pas les démocrates. Ces esprits tordus ont pris en compte le fait que l’aéroport de Palm Beach, bien que seulement septième de Floride en termes de trafic, n’en accueille pas moins quelque 8 millions de passagers par an. Et son statut d’aéroport international laisse à penser qu’un certain nombre d’entre eux ne sont pas américains.

Raison pour laquelle lesdits démocrates ont eu la mauvaise grâce de soulever quelques objections, évoquant notamment les propos du président qualifiant les immigrants mexicains de "violeurs et criminels" ou encore les nations africaines et Haïti de "pays de merde". Sans que cela ne pèse efficacement sur les débats.

Le changement de nom de l'aéroport, qui se trouve à environ huit kilomètres de Mar-a-Lago, la résidence privée et club privé du président, devrait coûter jusqu'à 5,5 M$. Cette somme inclut la nouvelle signalétique, les éléments de marque et la refonte du site internet. Le Sénat de Floride a proposé d'en financer la moitié avec 2,75 M$ de fonds publics, mais la Chambre des représentants n'a pas encore pris position sur le financement.

La sénatrice démocrate Lori Berman a résumé la situation avec une pointe d'amertume : "Ce projet de loi existe pour une seule raison : satisfaire un ego démesuré. Et satisfaire cet ego n'est pas gratuit." Effectivement.

Naming

Le gouverneur républicain Ron DeSantis, ancien rival de Trump désormais rangé des voitures, mais pas, manifestement, des avions, devrait promulguer la mesure. L'approbation de l'Agence fédérale de l'aviation (FAA) sera ensuite nécessaire. Notons que l'administrateur de la FAA, Bryan Bedford, est un ami et allié de Trump. Ce qui nous épargne un insupportable suspense.

Cette initiative s'inscrit dans une campagne de naming d'une ampleur inédite. Trump, contrairement aux présidents qui l'ont précédé, n'attend pas patiemment que les générations futures lui rendent hommage. Il préfère s'en charger lui-même, de son vivant, et, même, de son mandat.

En décembre 2025, le conseil d'administration du Kennedy Center à Washington, nommé par Trump, a voté pour rebaptiser ce centre des arts du spectacle "Donald J. Trump and John F. Kennedy Memorial Center for the Performing Arts". Le centre avait été baptisé en l'honneur du président John F. Kennedy par le Congrès en 1964, après son assassinat...

Quelques semaines plus tard, en janvier dernier, un tronçon de 4 miles (environ 6 km) du Southern Boulevard, reliant l'aéroport de Palm Beach à Mar-a-Lago, a été rebaptisé "President Donald J. Trump Boulevard". Ainsi, le président pourra-t-il bientôt atterrir dans un aéroport et emprunter une route portant chacun son nom pour se rendre à sa résidence de Mar-a-Lago. De quoi rendre un homme heureux.

D'autant que le United States Institute of Peace (l'Institut américain de la Paix) s'est vu rebaptisé "Donald J. Trump United States Institute of Peace" en décembre dernier. Et pour ceux de ses sympathisants qui seraient davantage portés sur la guerre, qu'ils se rassurent : une classe de cuirassés, pas encore construits, portera le nom tant de fois éponyme.

Tous les projets n'ont cependant pas abouti. Trump aurait proposé au chef de la minorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer, de débloquer plus de 16 milliards de dollars de fonds fédéraux pour le projet Gateway, un tunnel ferroviaire reliant le New Jersey et New York, en échange de quoi Schumer accepterait de rebaptiser la gare de Penn Station à New York et l'aéroport international de Dulles à Washington au nom de Trump. Le démocrate a décliné l'offre. Pas chic, Chuck.

Pile ou face ?

Cette demande, évoquée plus haut, de la Trump Organization, déposée le 14 février 2026, auprès du bureau américain des brevets et des marques, pourrait d’ailleurs couvrir une gamme de produits bien plus vaste que le seul aérogare floridien. Notamment des montres, des bijoux, des vêtements, des navettes d'aéroport, des parapluies et même des combinaisons de vol. Mais, magnanime, ladite organisation a tenu à préciser que le président et sa famille ne recevraient "aucune redevance, aucun frais de licence ni aucune considération financière" liée à la rebaptisation de l'aéroport. Le plus formidable est certainement que cette déclaration n'ait convaincu personne.

La sénatrice démocrate Kelly Skidmore, qui représente le comté de Palm Beach, a en effet interrogé la raison pour laquelle l'organisation Trump ferait l'effort de déposer des marques si elle ne cherchait pas à en tirer profit. De son côté, la sénatrice républicaine Debbie Mayfield, co-sponsor du projet de loi, s'est trompé de réponse : "Le nom Trump est une marque déposée depuis un certain temps. Si vous commencez à lui dire qu'il ne peut pas commercialiser, c'est en fait une violation du marché libre." S'est trompé de réponse mais a clarifié les choses, honneur lui en soit rendu.

Autre projet audacieux : le département du Trésor a confirmé un projet d'émission d'une pièce commémorative d'un dollar à l'effigie de Trump pour célébrer le 250e anniversaire de la Déclaration d'indépendance. Ce projet viole une loi de 1886 exigeant que seul "le portrait d'un individu disparu" apparaisse sur la monnaie. Cinq sénateurs démocrates et le sénateur indépendant Angus King ont écrit au secrétaire au Trésor Scott Bessent le 26 janvier 2026 pour exprimer leur inquiétude. Ils ont souligné que placer le buste d'un président vivant sur une pièce célébrant le 250e anniversaire de la Déclaration d'indépendance "enverrait un message à l'Amérique et au monde qui contredit ce que nous sommes en tant que nation".

Mais le département du Trésor a estimé que la pièce était légale en vertu de la loi de 2020 sur la refonte des pièces de collection en circulation. Tant pis pour la tradition établie par George Washington, qui avait refusé que son image soit imprimée sur la monnaie de son vivant, considérant cette façon de faire comme "monarchique". Lors d'une réunion le 22 janvier 2026, la Commission des beaux-arts a voté en faveur d'un profil de côté du président. Précision : tous les membres d’icelle ont récemment été nommés par Trump. On n’est jamais mieux servi que par soi-même.

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